Le métropolite orthodoxe de Suisse Damaskinos Papandreou à Anvers :
Anvers, 18 juin 1997 (APIC) « Les actuelles évolutions politiques, idéologiques, sociales et spirituelles posent beaucoup de nouvelles questions auxquelles des réponses originales doivent être apportées. Les vieilles réponses ne suffisent plus. », estime Mgr Damaskinos Papandreou, métropolite orthodoxe de Suisse. De passage à Anvers, en Belgique, il a expliqué le défi devant lequel l’Eglise orthodoxe est occupée à repenser sa mission.
L’Eglise orthodoxe se définit d’abord comme communion d’Eglises locales. Celles-ci sont dites « autocéphales » quand elles élisent leur primat, ou « autonomes » quand le primat élu est confirmé par le Patriarcat oecuménique, qui jouit d’une primauté d’honneur et d’un rôle d’initiative et de présidence de l’Eglise orthodoxe.
Or, les Eglises locales orthodoxes ont beaucoup souffert au cours de ce siècle, spécialement sous le régime communiste. « Son corps ecclésial porte encore les marques des temps difficiles », constate le métropolite. Après avoir été cantonnée à la stricte liberté de culte, il lui faut « réorganiser à fond le travail pastoral et renouveler les relations spirituelles avec le corps social ». Une tâche d’envergure, qui demande un clergé plus nombreux, des chrétiens mieux formés et surtout une nouvelle « cohésion du corps ecclésial » trop tiraillé par des « conflits nationalistes et ecclésiastiques ».
Face à cette situation, « le premier devoir » des Eglises locales est d’être « solidaires », souligne Mgr Damaskinos. Deuxième tâche : repenser correctement « l’autocéphalie » ou « l’autonomie ». C’est une conception essentielle parce qu’elle affirme la plénitude de l’Eglise en un lieu. Mais elle est mal comprise ou quand elle conduit telle ou telle Eglise à se replier sur soi, à se confondre avec la nation, à neutraliser des influences ecclésiales extérieures sur la société. Le métropolite orthodoxe ne cache pas que l’interprétation abusive de l’autocéphalie, « alimentée de fanatisme religieux », a entraîné des Eglises locales sur la voie du nationalisme.
Un grand Concile à l’horizon
Ces problèmes touchant les relations inter-orthodoxes sont justement à l’agenda du grand Concile de l’Eglise orthodoxe que le Patriarcat de Constantinople aimerait convoquer – mais sera-ce possible ? – pour le début du 3e millénaire. Le Patriarcat oecuménique avait déjà pris l’initiative de convoquer quatre Conférences panorthodoxes entre 1961 et 1968. Pour préparer le futur Concile, des Commissions inter-orthodoxes se sont réunies (en 1971, 1986, 1990, 1993) et trois Conférences orthodoxes préconciliaires se sont tenues en 1976, 1982 et 1986. Le souci d’un témoignage ecclésial commun en est sorti renforcé.
Résoudre les problèmes internes de l’Eglise orthodoxe est « une condition primordiale de la mission », insiste le représentant du Patriarcat oecuménique, dont il rappelle le souci d’un « renouveau constant et crédible de l’unité du témoignage de l’orthodoxie dans le monde moderne ». A cet égard, Mgr Damaskinos relève l’importance du récent accord théologique obtenu dans le dialogue de l’orthodoxie avec les Eglises orthodoxes orientales (copte, éthiopienne, syro-jacobite, arménienne).
Mais l’Eglise orthodoxe, insiste-t-il, ne conçoit pas la quête d’unité interne sans celle de l’unité entre toutes les Eglises chrétiennes. Aussi se réjouit-il du « progrès théologique notable » des dialogues officiels de l’orthodoxie avec les catholiques romains, les anglicans, les luthériens et les réformés, ainsi que l’accord théologique constaté au dialogue accompli avec les vieux-catholiques.
Au-delà de l’oecuménisme, le Patriarcat de Constantinople veille aussi à stimuler le dialogue avec les autres religions, notamment avec l’islam et avec le judaïsme. Le Phanar, siège du Patriarcat à Istanbul, a d’ailleurs accueilli, du 3 au 5 juin, la 8e rencontre académique entre orthodoxes et musulmans, qui portait sur les « perspectives de collaboration et de participation des musulmans et des chrétiens en vue du troisième millénaire ».
« L’homme ne peut se désaltérer en rêvant qu’il est en train de boire »
Comment Mgr Damaskinos voit-il les perspectives qui s’offrent à la mission de l’Eglise pour demain ? Sa réponse s’appuie sur une lecture des deux premiers millénaires du christianisme. « Le premier millénaire de vie chrétienne, observe-t-il, a offert une base équilibrée de relation entre Dieu, l’homme et le monde avec l’apport des Pères de l’Eglise grecs et latins. Le deuxième millénaire a pris ses distances par rapport à cette base ou s’y est référé unilatéralement, que ce soit à Dieu durant ses cinq premiers siècles, avec la théologie scolastique, que ce soit à l’homme autonome durant ces cinq dernières siècles, avec surtout les Lumières.
Le troisième millénaire a la mission de délivrer l’homme du culte servile qu’il voue à son autonomie et de lui ouvrir des horizons nouveaux sur sa relation à Dieu, au monde et à lui-même. » A l’approche de l’an 2000, il invite à prendre conscience « que la revendication de l’homme des temps modernes de vouloir interpréter son identité et sa mission dans le monde a accumulé tant de problèmes dans l’humanité que l’homme moderne est incapable de les assimiler ou de les gérer dans l’intérêt de l’humanité. Sa prétention de bâtir la paix sociale des peuples sur la nécessité de la mort de Dieu s’est révélée en pratique non seulement une chimère, mais en plus un cauchemar défiant l’angoisse spirituelles de l’homme. » Mais, poursuit-il, l’Eglise doit tirer les leçons de l’histoire pour apporter sa contribution au troisième millénaire, afin que celui-ci soit celui d’un humanisme retrouvé, où se rejoignent dans le Christ « l’élan de Dieu vers l’homme et celui de l’homme vers Dieu ». Car c’est au coeur du mystère du Christ que l’Eglise doit redécouvrir sa mission si elle veut révéler à lui-même, un homme désenchanté par les « chimères de l’idéologie », car celles-ci ont démontré que « l’homme ne peut se désaltérer en rêvant qu’il est en train de boire ».
Vivre la mission ecclésiale comme un « fruit de l’Esprit » dans un témoignage commun rendu au Christ ne peut qu’inciter l’ensemble des chrétiens à rechercher la communion entre les Eglises. « Il nous faut examiner ensemble, suggère Mgr Damaskinos, si et dans quelle mesure les différences entre l’Orient et l’Occident justifient un refus réciproque de la communion ». Mais soulever cette question, dit-il, c’est aussi être renvoyé à l’exigence du respect, de la tolérance et de la reconnaissance mutuelle de l’autre, jusque dans « la spécificité de son identité religieuse ».
« Rien n’est plus important, conclut-il, que de se connaître mutuellement et d’avancer, à travers la compréhension mutuelle et la tolérance, vers un dialogue dans un esprit de collaboration et d’amitié. » (apic/cip/mp)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/le-metropolite-orthodoxe-de-suisse-damaskinos-papandreou-a-anvers/