Paris : Passage de témoin à la tête de la Fédération protestante de France
Paris, 20 juin 1997 (APIC) A l’occasion du changement de président de la Fédération protestante de France (FPF), les membres de l’Association des journalistes de l’information religieuse ont accueilli le pasteur Jacques Stewart, président sortant, et le pasteur Jean Tartier, nouveau président. Bilan et perspectives.
Jacques Stewart, quel est votre bilan après 10 ans à la tête de la FPF ?
Jacques Stewart : «Je distingue trois volets : L’actualité, l’œcuménisme, la vie fédérative. Notre implication dans les affaires du monde, nos réactions à l’actualité ont toujours requis toute notre attention et nos efforts. Peu après mon accession à la présidence, la FPF a accueilli Jean-Marie Djibaou qui voulait qu’on l’aide à sortir la Nouvelle-Calédonie de l’impasse dans laquelle elle se trouvait. Le rôle que nous avons pu jouer dans le dénouement de cette affaire a été incontestablement un temps fort.
Il y en a eu d’autres comme le miracle de l’évolution de l’Afrique du sud. Globalement je pense pourtant que nos Eglises, trop happées par l’actualité immédiate, ne prennent pas assez le temps de faire retour sur les grands moments de notre histoire récente, de les relire en se demandant si elles les ont abordés en fidélité au message évangélique.
Sur le plan de l’œcuménisme, nous avons été constamment animés par le souci du partenariat, avec cette conviction que le respect de l’altérité n’est pas contradictoire avec la liberté de s’exprimer au nom d’une Eglise plus particulière. Il n’y a pas de domaine réservé mais, de fait, nous avons des conceptions différentes de la parole sociale. Nous devons les uns et les autres nous affranchir de nos contenus normatifs sur l’Eglise universelle, aller vers une parole plus franche.
Quant à la vie fédérative, je crois que l’élargissement de la FPF à d’autres Eglises va dans le bon sens. Je me félicite que nous ayons renoué le dialogue théologique avec le mouvement pentecôtistes le plus important, les «Assemblées de Dieu». Je pense que nous devons relancer l’étude théologique à la base, car notre vocation à être un peuple de théologiens se perd. J’assiste à bien des partages bibliques dans des lieux publics autres que les églises. Exemple: Ce café théologique lancé à Montpellier».
«La non-venue à graz du Patriarche Bartolomé Ier ne met-elle pas le deuxième rassemblement œcuménique dans une situation difficile ?»
Jean Tartier: Il ne faut pas dire trop vite que Graz va être un événement plus ou moins raté, à cause de problèmes de diplomatie dus à une annonce prématurée. Graz n’est pas, loin s’en faut, qu’un rassemblement d’hiérarques d’Eglises. Cet événement est aussi une fête populaire qui rassemblera toutes les Eglises de toute la grande Europe.
J.S. «Ce qui me chagrine davantage, c’est la volonté annoncée de l’Eglise orthodoxe de Géorgie de se retirer de la KEK. Je souhaite ardemment que les orthodoxes de ce pays comprennent qu’ils n’ont pas intérêt à se replier sur eux-mêmes».
«Vous évoquez votre souci «constant» de l’œcuménisme. Est-il partagé par les autres Eglises ? N’est-il pas dû à votre situation minoritaire en France (ndlr : Les protestants représenteraient selon la FPF, 2% de la population française).
J.T.:» La sociologie religieuse joue un rôle certain. Je crois que l’éducation est également déterminante. En ce qui me concerne, mes parents ont toujours eu table ouverte, ils accueillaient toutes les confessions et les nationalités. Nous avons à travailler à l’éveil de la sensibilité œcuménique auprès des jeunes. Le terrain me paraît du reste favorable».
«Nous vivons différemment l’œcuménisme, certes, mais catholiques et orthodoxes s’en soucient vraiment. Même si, une fois de plus, je regrette que nous ne nous exprimions pas plus librement.»
«Ne faut-il pas réveiller le Conseil des Eglises chrétiennes en France ?»
J.T. : «Entre ses membres, une vraie confraternité s’est instaurée. Mais je crois que nous devons effectivement nous concerter pour savoir quelles paroles communes et quelles paroles séparées nous pouvons avoir, pour mieux délimiter les terrains sur lesquels nous pouvons nous engager ensemble».
La messe papale des Journées Mondiales de la Jeunesse le 24 août coïncide avec l’anniversaire du massacre des protestants à la Saint Barthélémy en 1572. Certains en ont été choqués. Les catholiques ont finalement proposé une démarche pénitentielle. La FPF s’y est-elle associée ?
J.T. : J’ai été contacté à ce sujet par Mgr Lustiger. Nous y sommes favorables, à condition qu’elle soit pensée de façon œcuménique et réciproque, et de la situer dans la démarche jubilaire avec par exemple une grande cérémonie de réconciliation entre les Eglises. Cela ne doit pas en tout cas être fait dans la précipitation. L’initiative du département «Jeunes» de la FPF avec la «Charte du vivre ensemble» s’est voulue une contribution importante de ces JMJ.
«Comment réagissez-vous, aux nombreux commentaires sur le «pouvoir protestant «faisant allusion à la confession du nouveau Premier ministre français Lionel Jospin?
J.S.: Cela m’agace dans la mesure où, plutôt que d’évoquer une certaine originalité protestante collective, au sens démocratique, on souligne toujours l’idiosyncrasie de cette personnalité ou de cette autre.»
J.T.: «Ca me flatte mais à condition que l’on précise que les protestants, croyants ou non, occupent des responsabilités de toutes sortes dans toutes les strates de la société, pas seulement les plus visibles. Ils sont très présents dans les associations par exemple. Cela a à voir avec une culture de la responsabilité et des affaires publiques, inculquée dès l’enfance. (apic/jcn /aa)
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