Coupes sombres dans les subventions de la COR
Fribourg, 26 juin 1997 (APIC) Le maintien du Service audiovisuel «Cinédia» à Fribourg n’est plus assuré. De gros nuages assombrissent son budget 1997 et noircissent celui de 98. La Fédération romande catholique romaine (FCR) ainsi que les évêques n’entendent plus subventionner «Cinédia», difficultés financières obligent. Les subventions allouées pour 96 représentaient près de 114’000 francs. Soit presque 40% d’un budget qui s’élevait à 290’000 francs. Une manne importante, indispensable à la survie de «Cinédia».
Le début de l’affaire remonte à novembre dernier. L’avenir de «Cinédia» sera à nouveau discuté vendredi 27 juin par les trésoriers des diocèses romands. Si elle se confirmait, la décision de tailler dans les subventions pourrait entraîner la disparition pure et simple de «Cinédia», alors dans l’obligation de cesser ses services de distribution en matière d’audiovisuel en Suisse romande auprès des catéchistes, des animateurs pastoraux et des centres catéchétiques.
Dans une lettre adressée à «Cinédia» le 12 novembre, la Conférence des Ordinaires de la Suisse romande (COR), par son président, l’abbé André Duruz, vicaire épiscopal à Neuchâtel, faisait connaître la décision de son organisme de diminuer de 20’000 francs (de 50’000 à 30’000) sa subvention 1997. D’autre part, il signalait qu’à long terme il ne sera pas possible d’assurer le salaire versé à «Cinédia». Cette contribution de la COR était versée en plus de la subvention. Le président A. Duruz faisait ainsi part de la nécessité de diminuer le budget de la Fédération romande catholique romaine alimenté par les Eglises cantonales dont certaines sont dans les chiffres rouges. Il suggérait à «Cinédia» de faire payer davantage ses prestations.
Manque de concertation
La COR est l’instance qui traite des questions ecclésiales concernant la partie francophone de la Suisse. Elle favorise en outre la coordination de toutes les tâches pastorales touchant l’ensemble de la Suisse romande. En font partie les évêques diocésains des diocèses de Bâle, de Lausanne, Genève et Fribourg, de Sion et l’Abbé de Saint-Maurice ou leurs représentants personnels, les évêques auxiliaires d’expression française, ainsi que les collaborateurs (vicaires généraux, vicaires épiscopaux, délégués épiscopaux) d’expression française, désignés par les évêques.
Selon Yvan Stern, responsable du service audiovisuel «Cinédia», la nécessité de diminuer le budget de la Fédération a conduit les évêques à répartir les organismes romands en cinq catégories. «Cinédia» et l’Agence de photos CIRIC, à Lausanne, notamment, ont été placés dans la cinquième. Parmi les organismes appelés à devoir se débrouiller à l’avenir sans subvention.
Dans une lettre adressée le 1er décembre à l’abbé André Duruz, Yvan Stern faisait part de son étonnement. Et protestait contre la méthode, c’est-à-dire le manque de concertation et d’information. Tout en demandant à la COR de revenir sur sa décision, il mettait en garde contre la menace de faire ainsi disparaître le centre audiovisuel.
Des solutions sont possibles
Dans le but de sauver l’essentiel, soit la continuité de cet organisme né de la recommandation du Synode 72 de mettre des moyens audiovisuels au service de l’annonce de la foi, le responsable de «Cinédia» proposait des solutions, à savoir: «La FCR – la Fédération romande catholique romaine – continue à prendre en charge un salaire à plein temps, équivalent à 60’000 francs, pour le travail d’animation pastorale et catéchétique en lien avec l’audiovisuel en Suisse romande»; «Tant que durent les difficultés financières de la FCR, le versement de la subvention de 50’000 francs est suspendu».
Pour équilibrer le budget de l’institution, Y. Stern proposait un certain nombre de mesures, dont la réduction du poste salaire, pourtant déjà effective en 1997; une participation de 20’000 francs des Centres de catéchèses (catholiques et protestants); des recettes supplémentaires de l’ordre de 20’000 francs provenant de l’augmentation des tarifs et des appels de fonds lancés aux paroisses.
Pas d’entrée en matière sur les recours
Face à la multitude de lettres des organismes concernés, désormais privés de subventions, face aussi à la vague de mécontentement des responsables, la COR se réunissait à nouveau le 14 mars. Les évêques décidaient néanmoins de ne pas revenir sur leur décision, de ne pas entrer en matière sur les recours formulés.
Pour les responsables touchés par ces mesures, le diocèse de Sion est pour beaucoup dans la décision de la COR et des évêques. Le diocèse, dit-on, connaît des difficultés financières, il n’est plus en mesure de dépenser un centime en Suisse romande pour des tâches autres que celles du diocèse.
Une économie qui n’en est pas une
Pour Y. Stern, si Cinédia disparaît, il en coûtera bien plus cher à chaque centre de catéchèse dans chaque diocèse. Il faudra rebâtir les services qui existaient il y a 25 ans, et qui demanderont un poste de travail de plus à Fribourg, Lausanne, Genève et ailleurs, dans la partie francophone du Jura par exemple ou encore à Neuchâtel. A l’exception du Valais, il est vrai, puisque le coût de l’éducation religieuse est prise en charge par l’Etat. Par l’Etat? Client précisément de «Cinédia». Selon le responsable du Centre, augmenter les tarifs pour récupérer les 114’000 francs équivaudrait à pratiquer des prix astronomiques. Impensable non plus d’imaginer que «Cinédia» puisse survivre avec deux postes en moins sur 4.
Décision vendredi?
Contacté par l’Agence APIC, l’abbé André Duruz ne désire pas s’exprimer sur la question avant la réunion, vendredi, des trésoriers des diocèses romands. Il se déclare néanmoins pour le maintien de «Cinédia», et exprime dans ce sens son espoir de voir une solution se profiler.
Pour l’abbé Bernard Broccard, vicaire épiscopal à Sion, les réticences affichées par le diocèse s’expliquent par les restrictions consenties à Sion pour équilibrer le budget. Le diocèse avait lancé l’an dernier un appel de fonds aux fidèles, des diminutions de salaires et de postes sont intervenues. «On ne comprendrait pas, en Valais, que semblables restrictions ne soient pas demandées ailleurs en Suisse romande». «Nous n’avons rien contre ’Cinédia’» ajoute l’abbé Broccard. Selon lui il faut avoir les moyens de sa pastorale. «Nous vivons au-dessus actuellement», affirme-t-il.
«Cinédia» est né en 1991 de la fusion du Service interdiocésain de l’audiovisuel (SIDAV) et de l’Office catholique du cinéma, deux organismes sortis des recommandations du Synode 72. Ce service sert de «grossiste» aux centres de catéchèses de Suisse romande en sélectionnant pour eux des produits audiovisuels (vidéos, montages dias, CD-rom) destinés à l’animation pastorale. Il propose en prêt des cassettes vidéo (environ 1’000 titres), des montages dias pour la catéchèse (600 titres). C’est aussi le dernier distributeur de films 16 mm en Suisse romande (plus d’une centaine de longs métrages).
«Cinédia» organise aussi des sessions de formation à l’utilisation de l’audiovisuel et produit ses propres programmes (souvent en collaboration avec d’autres organismes ecclésiaux de Suisse romande). En collaboration avec l’Office protestant du cinéma, «Cinédia» édite la revue «Ciné-Feuilles». (apic/pr)
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