Retour de Hongkong à la Chine

APIC – Dossier

Hongkong 1997, quel avenir, après l’heure de minuit du 30 juin?

Communauté chrétienne: entre la crainte et l’optimisme

Hongkong, 27 juin 1997 (APIC) Aussitôt après l’heure de minuit, dans la nuit du 30 juin, la colonie britannique de Hongkong retournera à la mère-patrie chinoise. Dans un mélange d’agitation et de goût des affaires, les commerces et les hôtels de Hong Kong préparent l’affaire touristique du siècle: les prix ont triplé, des guides exclusifs, des terrasses spéciales pour voir amener le drapeau de l’Union Jack, et voir se lever la pourpre de la «bauhinia», la fleur-symbole de Hongkong, sous le rouge flambant du drapeau chinois. Notre dossier, tiré de l’Agence internationale FIDES, de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, à Rome.

L’insistance avec laquelle Pékin parle du «retour de Hongkong» illustre le renversement d’une histoire humiliante. Le territoire a en effet été arraché par lambeaux à la Chine: Les deux guerres de l’opium et les traités «inégaux» de Nankin (29 août 1842) et de Pékin (24 octobre 1860), ont donné à la Grande-Bretagne le pouvoir sur l’île Victoria et la péninsule de Kowloon. En 1898, afin d’étendre ses activités commerciales, l’Angleterre a loué pour 99 ans les «Nouveaux Territoires», qui comprennent l’arrière-pays ainsi que 235 îles. Le 1er juillet 1997 correspond à l’échéance de cette location. Lorsque, en 1982, Margaret Thatcher s’est rendue à Pékin pour parler de l’avenir de Hongkong, la réponse de Deng Xiaoping a été claire: La Chine entend reprendre tout le territoire, regagner sa souveraineté et réparer l’humiliation infligée au peuple chinois par les étrangers.

«Rochers stériles» et succès économiques

Même si l’orgueil de la Chine impériale s’est senti blessé, la cession de l’île de Hongkong ne fut pas une chose importante car, aux yeux des chinois et des anglais, l’île Victoria n’était «qu’un amas de rochers stériles», peu habité et servant de refuges aux pirates. Mais la puissance maritime britannique et l’ouverture économique forcée de l’empire à la communauté internationale ont permis à Hongkong de se constituer peu à peu en un point stratégique dont il fallait absolument tenir compte sur l’échiquier international. Sa population a aussi constitué sa richesse, car presque entièrement constituée de réfugiés ayant fui la Chine impériale et communiste, offrant en même temps une main d’oeuvre bon marché ainsi que les meilleurs cerveaux économiques, les coolies du Guangdong et les riches de Shangaï. De 1949 (naissance du gouvernement communiste) à 1965, plus d’un million de Chinois sont passés de la République Populaire à la Colonie. Il convient de leur ajouter plusieurs centaines de milliers d’immigrants illégaux, ainsi que plusieurs dizaines de milliers introduits illégalement, aux termes d’un accord passé avec le gouvernement chinois.

Depuis 1980, Hongkong a aussi accueilli des réfugiés vietnamiens; quelques milliers d’entre eux se trouvent encore à Hongkong, tandis que le reste, soit près de 100’000, ont été rapatriés de force, à la demande de la communauté internationale et du gouvernement chinois qui ne souhaite pas avoir un problème de plus.

Le gouvernement colonial anglais a contribué lui aussi à faire de Hongkong une ville cosmopolite et dynamique. Au début notamment et avec un certain racisme, la bureaucratie, le système législatif et l’ordre public ont engendré le miracle économique de la «Baie Parfumée». Dans les années 80, avec les modernisations économiques en Chine, le bien-être de Hongkong s’est répandu dans la région chinoise du Guandong, devenue comme un arrière-pays industriel de la colonie. Den Xiaoping a toujours fait du retour de Hongkong à la Chine son plus grand désir.

«Une Nation, deux Systèmes»

Le «retour» ne sera pas aussi facile qu’on le dit. Hongkong possède une économie de pointe et elle est la quatrième Bourse du monde. Elle possède un système de lois et une bureaucratie efficaces, et fonctionne sous le régime du libéralisme social. La Chine par contre, même si elle a fait des pas de géant dans le domaine économique, se ressent toujours d’un fort héritage stalinien: centralisation de l’Etat, absence de lois ou corruption, mafia (guanxi), oppression systématique de la liberté de pensée, d’expression et de religion. Comment pourront cohabiter ces deux mentalités opposées ? La recette magique est due au pouvoir enchanteur de Den Xiaoping qui a forgé, dans les années 80, le mot d’ordre «Une Nation, deux Systèmes». Ainsi Honkong maintiendra-t-il son style de vie capitaliste et libérale, tandis que la Chine poursuivra sa route de «socialisme à la Chinoise».

Sur ces bases un peu vagues est née en 1985 la «Joint declaration» ou Déclaration commune, un texte de trois pages qui définit la fin de l’administration britannique et le début de celle de la Chine. Sous le titre «Hongkong will rule Hongkong», elle demande que ses propres habitants siègent au gouvernement de Hongkong, sauf pour les questions de politique étrangère et de défense, que Pékin se réserve. La «Joint Declaration» est remplie de promesses: Hongkong maintiendra le même système exécutif, législatif et judiciaire; le chef de l’exécutif (gouverneur) sera choisi par Pékin sur la base de consultations locales; le système économique, le style de vie, les libertés et les droits personnels resteront inchangés et seront garantis par la loi. La «Joint Declaration» a été complétée par la «Basic Law», UNE sorte de Constitution qui, de manière plus analytique, donne la ligne de ce que sera la vie dans la future «Région Administrative spéciale de Hongkong de la République Populaire de Chine». Cette «Basic Law» approuvée au VIIe Congrès National de Pékin du 4 avril 1990, entrera en vigueur le 1er juillet 1997.

La «Basic Law» établit que Hongkong aura un «haut niveau d’autonomie», la propriété privée sera défendue, le style libéral ne changera pas pendant cinquante ans au moins. Elle réaffirme que la politique étrangère et la défense sont de la compétence de Pékin, et qu’il revient à Hongkong de maintenir l’ordre public dans le territoire. Pour ce qui touche aux droits individuels, les résidents se voient reconnaître la liberté d’expression, de presse et de publication, d’association, de procession, de réunion, de manifestation; ils sont libres d’appartenir à une religion, de la prêcher et de la pratiquer publiquement. La loi garantit aussi la liberté d’enseignement et l’instruction religieuse dans les écoles dirigées par des Instituts religieux.

La «Basic Law» établit en outre que le chef de l’exécutif sera choisi par un comité de 800 membres appartenant aux différents milieux sociaux des résidents (industriels, professions libérales, travailleurs, employés des services sociaux, représentants religieux, etc…). Enfin la mini-Constitution souligne que le suffrage universel ne pourra intervenir qu’après 2007.

Les craintes augmentent

De 1990 à 1997, on a assisté à une recherche de soutiens, de garanties pour le retour le plus indolore possible de Hongkong à la redoutée mère-patrie. En 1991 a été publiéée la «Charte des droits pour Hongkong» (»Bill of Rights»), qui devait inspirer les lois futures du territoire. La Chine l’a refusée, sous prétexte qu’elle va à l’encontre de la «Basic Law».

L’attitude «soumise» et souple à la fois de l’Angleterre vis-à-vis de la Chine est compréhensible. Le souci de sauvegarder les intérêts de la Grande-Bretagne a déterminé sa politique mercantile vis-à-vis de Hongkong. Pendant plus de cent ans, Londres n’a jamais parlé de démocratie dans sa colonie. L’ensemble du LEGCO était composé de personnes choisies par le gouvernement parmi les différentes corporations. Le gouvernement anglais trouvait qu’Hongkong n’était pas mûre pour la démocratie, et encore moins pour l’indépendance. Hongkong est la seule colonie où il n’y a jamais eu d’autodétermination. Sa population n’a jamais été interrogée, pas même pour son retour à la chine. De ce point de vue, le 1er juillet marque plus le sommet de la période coloniale que sa fin.

Quelque chose a cependant changé dans la politiqe commerciale de la Grande-Bretagne à l’arrivée, en 1992, du nouveau Gouverneur du territoire, le conservateur Chris Patten. Agé de 48 ans.

Mais Paten rencontrera deux ennemis: La Chine, qui l’accuse de dénaturer la «Basic Law», et les hommes d’affaires de Hongkong, qui l’accusent d’être trop dur avec Pékin et de trop dépenser pour l’assistance sociale. Depuis 1993, année de la promulgation de ses réformes électorales, la Chine a déclaré la guerre à Patten, «un mauvais qui sera maudit pendant dix mille ans», et promet d’éliminer le Parlement démocratique qui naîtra des réformes. Ces hommes d’affaires ayant flairé l’air du temps, courtisent désormais Pékin. De nombreuses personnalités changent de position et se rangent du côté du nouveau pouvoir. Mais, aux élections de 1991 et 1995, le Parti Démocratique, une coalition de libéraux démocrates, dirigés par l’avocat catholique Martin Lee, obtient la presque totalité des sièges à pourvoir. Avec les parlementaires indépendants, ils parviennent à avoir une grande influence sur le LEGCO. Aux élections de 1995, les prochinois sont battus au profit des démocrates.

La démocratie hors-la loi ?

Pour Pékin, c’est là le signe que Hongkong lui échappe des mains. Mais, grâce à des pressions économiques, -(permis pour la construction du nouvel aéroport accordés avec lenteur, idem pour les routes et les chemins de fer en direction du continent)-, Pékin parvient à réduire l’opposition de Londres. Elle promet moins de démocratie et d’assistance sociale, tirant par-là l’oreille des hommes d’affaires, mais plus de bien-être et de stabilité pour les commerçants. Le slogan «stabilité et bien-être», déjà inscrit dans la «Joint Declaration», et réaffirmé dans la «Basic Law», devient le leimotiv des politiques de Londres et de Pékin vis-à- vis de Hong-Kong. En 1995, Pékin instaure une alliance puissante entre un pouvoir pseudo-social, mais des plus rudes, et une structure capitaliste très perfectionnée. Désormais et pour faire admetre ses positions, Pékin n’aura plus besoin de se servir d’idéologie, mais simplement de l’effet persuasif du mirage de la richesse. Ses porte-parole ne sont plus seulement les membres du Parti, mais aussi des industriels, des banquiers et des entrepreneurs de la colonie.

Le 9 avril 1997, par l’intermédiaire de Tung Chee-Hwa, Pékin met en garde: Hongkong, dit la Chine, risque d’être utilisée par des puissances étrangères afin d’influencer la Chine. Des lois restrictives sur les partis politiques seront alors élaborées par Pékin, qui accordera plus de pouvoirs à la police. Ces derniers mois, les journalistes occidentaux ont été mis en garde contre la tentation de critiquer la Chine, ou de soutenir l’indépendance de Taïwan ou du Tibet.

Quelle liberté religieuse ?

L’univers religieux de Hong-Kong est très diversifié. Les religions traditionnelles des Chinois (taoïsme, bouddhisme et confucianisme) regroupent 98% de la population. La communauté catholique locale compte 250’000 fidèles, Les protestants sont au nombre de 10’000. On qualifie généralement de «bonne» la cohabitation des différentes communautés religieuses.

Toutes les religions ont des relations avec le monde social. L’Eglise catholique en assume la plus grande part dans ses rapports avec les écoles, les hôpitaux, les hospices, etc… Nombre de personnalités importantes dans le monde de la politique et de la culture, ont été marquées par une influence catholique. Parmi ces dernières, on trouve le démocrate Martin Lee, le premier secrétaire des finances Donald Tsang et le vice-gouverneur Anson Chan.

Le massacre de Tienanmen a été pour les catholiques de Hongkong une sorte de réveil, suivi de deux réactions. Beaucoup ont décidé d’émigrer à l’étranger, au Canada et aux Etats-Unis, tandis que d’autres ont accepté un engagement social plus profond. 40% des membres du Mouvement Démocratique sont des catholiques, surtout des jeunes. Une enquête menée l’an dernier montre que plus de 47% des catholiques refusent l’autorité de Pékin, à cause de la corruption des gouvernants chinois et du non-respect des droits de l’homme. Une attitude qui tranche avec l’optimise affichée résolument par l’évêque coadjuteur de Hongkong, Mgr Zeng, qui déclarait dans une récente interview qu’»un pays deux systèmes» était en fait une bonne formule. «D’un côté, nous sommes heureux de faire à nouveau partie de la Chine, puisque nous sommes chinois et que cette terre a toujours appartenu à la Chine. D’un autre côté, après avoir bénéficié de tant de libertés, nous allons faire partie d’un pays gouverné par des communistes. Et ceci provoque des inquiétudes», résumait Mgr Zeng.

Une Nation, deux systèmes de religion ?

Pour Pékin, le mot d’ordre est de rassurer. En juin 1996, Ye Xioawen, directeur du Bureau chinois pour les Affaires religieuses, a rencontré les responsables religieux de la colonie, et a assuré que la Chine ne voulait pas changer le style de vie de Hongkong. En échange, il a demandé que la colonie ne prétende pas non plus influencer la mentalité du continent, mais au contraire y mette en pratique, y compris dans les affaires religieuses, le slogan «Une Nation, deux Systèmes». Pas si simple toutefois, compte tenu du fait que l’Eglise catholique est une communauté qui entretient des relations internationales, avec ses propres règles pour ses rapports entre et avec ses fidèles, les plus importantes d’entre elles étant constituées par les relations avec le pape à Rome. La Chine a officieusement fait savoir qu’elle n’interviendrait pas dans la nomination des évêques de Hongkong, et qu’elle n’empêcherait pas les relations des catholiques de Hongkong avec le Vatican. Comme pour prévenir les problèmes, le Saint-Siège a nommé, en novembre 1996, deux évêques à Hongkong, tous deux experts dans les relations avec la Chine. Il s’agit de Mgr Joseph Zeng, Coadjuteur, et de Mgr John Tong, auxilaire.

Un autre problème risque e créer des heurts: les rapports avec l’Eglise en Chine. Les catholiques de Hongkong souhaitent avoir des rapports avec leurs frères et soeurs des Eglises officielle et non officielle (»clandestine», «souterraine»). Depuis deux ans au moins, Pekin a lancé une campagne très dure pour éliminer l’Eglise «clandestine», plusieurs évêques sont actuellement emprisonnés en Chine, ou en résidence surveillée. Des centaines de fidèles ont été arrêtés pour avoir assisté à la messe en-dehors des endroits officiellement autorisés et contrôlés par la police; des sanctuaires nationaux, comme celui de Dong Lu, ont été fermés aux fidèles.

Les services d’éducation la culture

Autre interrogation: les propriétés de l’Eglise à Hongkong et les services sociaux de cette même Eglise. Pourra-t-on encore éduquer et aider les handicapés et les jeunes après le Ier juillet ? La Basic Law le garantit. Compte tenu de l’interprétation libre des lois faite par Pékin, n’y aura-il pas tentative de restreindre la liberté religieuse ? De nombreuses écoles de Hongkong donnent l’hospitalité à des communautés chrétiennes; leurs halls et salles de gymnastique se transforment en lieu de culte le dimanche, pour cause de pénuries d’églises. Cela sera-t-il toujours possible ? Y aura-t-il encore de la place dans les programmes scolaires pour l’enseignement de la religion ? Au stade actuel, Pékin a indiqué qu’elle souhaitait changer les programmes et les livres d’histoire, en leur donnant de surcroît une interprétation plus «patriotique», ou marxiste, en insistant notamment sur les guerres de l’opium, ou encore sur les plaies dues du colonialisme? La Chine ne voudra-t-elle pas changer aussi les livres de religion comme cela se fait dans ce pays, où domine l’interprétation matérialiste de la religion. ? Les nouvelles propositions de lois constituent une mise en garde aux organisations religieuses, qui ne doivent ni s’intéresser à la politique, ni recevoir de contributions financières de l’étranger. Ainsi une organisation chrétienne qui parlerait de politique ou recevrait des aides de l’étranger pourrait-elle se retrouver dans l’illégalité si on découvrait, dans son budget par exemple, qu’elle reçoit des contributions de l’étranger……

Conséquences: les Eglises et Institutions qui, jusqu’à présent, recevaient des aides finacières du Vatican, d’Institutions ou d’Eglises vont peut-être au devant de grosses difficultés. Tout comme les prêtres, missionnaires et groupes qui s’intéresseraient de trop près à la politique, qui risquent d’être considérés comme «des instruments au service d’un gouvernement étranger».

Beaucoup de questions restent ouvertes, beaucoup d’incertitudes aussi, dont celle de savoir si Hongkong saura rester autonome à l’avenir, contre une seule certitude: après 156 ans de gouvernement britannique, après l’heure de minuit du 30 juin 1997, le territoire entrera dans une nouvelle ère. (apic/fides/aa/pr)

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