Malaisie: l'enseignement de Hadiths à l'école publique fait débat

La première organisation interreligieuse en Malaisie a dénoncé la mise en œuvre d’un nouveau module par le ministère de l’Éducation. Ce dernier recommande les enseignements des «Hadiths» dans les écoles publiques du pays, ce que le conseil considère comme «anticonstitutionnel», rapporte le site Églises d’Asie.

La première organisation interreligieuse en Malaisie, le Conseil consultatif malaisien du bouddhisme, du christianisme, de l’hindouisme, du sikhisme et du taoïsme (MCCBCHST), a dénoncé la mise en œuvre récente, par le ministère de l’Éducation nationale, d’un module recommandant les enseignements des «Hadiths» dans les écoles publiques du pays. Pour le conseil interreligieux, cette nouvelle mesure est «anticonstitutionnelle», rapporte le site Eglises d’Asie.

«Les ›Hadiths’ font clairement partie de la religion de l’islam. Il semble qu’il n’y ait aucune provision dans notre Constitution fédérale [FC] qui autorise de tels enseignements islamiques dans les écoles publiques. Cela peut très bien être mis en place dans les écoles religieuses islamiques», a souligné le conseil interreligieux.

Dans un communiqué, l’organisation a déclaré que l’application du module portant sur «les 40 Hadiths de l’imam Al Nawawi» viole la liberté religieuse censée être garantie par la Constitution, parce qu’elle épouse totalement le mode de vie islamique, selon une information publiée le 23 août par le quotidien local Malay Mail. L’imam Al Nawawi (1230-1277) était un dignitaire religieux, juriste et érudit islamique né d’origine syrienne, auteur de plusieurs ouvrages interprétant les Hadiths – recueils de paroles et d’actes relevant de la communication orale selon la tradition musulmane, lus et pratiqués dans de nombreux pays islamiques.

Contraire à la constitution

Selon le Conseil consultatif malaisien, la Constitution fédérale autorise chaque personne à pratiquer sa propre religion, et empêche de la contraindre à prendre part à tout culte ou acte religieux autres que le sien, tandis que la mise en place du module sur les 40 Hadiths transmettrait non seulement les valeurs des enseignements islamiques mais aussi «les fondamentaux religieux» de l’islam.

Le groupe a également souligné que l’article 12(2) de la Constitution précise que «chaque groupe religieux a le droit d’établir et maintenir des institutions pour l’éducation des enfants selon sa propre religion». «Ainsi, les 40 Hadiths peuvent être enseignées dans les écoles religieuses islamiques, mais ce serait anticonstitutionnel de le faire dans les écoles publiques», a insisté le groupe. De plus, a-t-il ajouté, l’article 12(3) dit qu’«aucune personne ne peut être forcée de recevoir des instructions ou de prendre part à tout acte cultuel ou à toute cérémonie d’une religion autre que la sienne».

La Malaisie est un pays majoritairement musulman comptant environ 34 millions d’habitants. Selon le recensement national de 2020, les musulmans représentent près de 63,5 % de la population, pour 18,7 % de bouddhistes, 9,1 % de chrétiens, 6,1 % d’hindous et environ 9 % d’autres groupes religieux dont les animistes, les confucianistes, les taoïstes, les sikhs, les bahaïs et des mouvements chrétiens comme les Témoins de Jéhovah et les Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Mormons).

Des observateurs remarquent que ces derniers temps, les groupes extrémistes et les partis politiques islamistes en Malaisie poussent de plus en plus à imposer une forte identité islamique dans le pays. Le PAS (Parti islamique malaisien), un parti conservateur islamiste, a émergé comme force politique majeure après les élections générales de 2022 et les élections parlementaires de 2023. Le PAS a remporté 43 sièges sur 222 au Parlement fédéral, et il fait partie d’Alliance nationale (Perikatan Nasional, PN), la coalition au pouvoir. Le parti a élu des parlementaires et des élus locaux dans huit des 13 États du pays. (cath.ch/eda/bh)

Rédaction

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