La Consultation sur l`attitude de la FEPS entre 1933 et 1948

Suisse: Débat au sein de l’Eglise protestante suisse sur les réfugiés juifs

dévoile une lente évolution de l`indifférence à la solidarité

Berne, 8 mai 1997 (APIC) A l’heure ou le rapport Eizenstat sur l’or nazi était présenté, accablant pour les banques suisses, quelque 120 délégués des Eglises membres de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) étaient réunis à pour prendre part à une journée de . Le protestantisme suisse entendait par là s`informer sur le comportement de leurs Eglises, entre la détresse des réfugiés juifs et la politique d`asile officielle de la Suisse de 1933 à 1948. L`exposé de Hermann Kocher, auteur d`un ouvrage sur des protestants suisses, n`a laissé aucun doute sur la lenteur avec laquelle les responsables de la FEPS ont réagi face à la fermeture des frontières, sur l`hésitation de certains théologiens face à l`antijudaïsme, mais aussi sur les réelles activités d`entraide envers les réfugiés.

Pour les participants à cette journée, qui s’est déroulée le 6 mai, il s`agissait d`envisager les fondements théologiques de l`attitude chrétienne face au judaïsme, ainsi que les conséquences de cette période pour les relations futures entre les deux religions. Ils étaient venus représenter presque toutes les Eglises membres de la FEPS. Une délégation de cinq représentants de l` »Appeal of Counscience Foundation » de New York, présidée par le rabbin Arthur Schneier, s`était également invitée.

Le point fort de la journée aura assurément été l`exposé historique du pasteur Hermann Kocher, auteur du livre (Chronos Verlag, 1996). Celui-ci a tout d`abord rappelé que le chemin a été long jusqu`à ce que la FEPS entreprenne réellement une assistance aux réfugiés juifs. En 1934, elle excluait explicitement de son entraide . Il aura fallu huit ans, jusqu`en 1942, pour inverser cette mentalité.

En 1938, on craignait que, si la Suisse se montrait trop accueillante vis-à-vis des réfugiés, les autres pays européens ne se déchargent sur elle. Et si la Fédération protestante avait bien reconnu sa responsabilité envers les réfugiés, cela concernait – du moins au début – essentiellement les réfugiés de la même confession. Elle a ensuite intégré le travail en faveur des réfugiés au sein de ses activités, mais dans le cadre strict des dispositions établies par la Confédération. Et ces dispositions concevaient la Suisse comme un pays de transit plutôt que comme un pays d`asile.

Dès 1942, le président de la FEPS Alphons Koechlins plaida pour une plus grande ouverture envers les réfugiés juifs . Pourquoi un tel changement d`attitude? C`est probablement, estime H. Kocher, parce que l`on recevait alors davantage d`information sur les camps, d`abord d`Allemagne, puis dès 1943, de Pologne. Pourtant, le 13 août 1942, la Confédération ordonna la fermeture des frontières, refoulant tous les réfugiés juifs, qui n`étaient pas considérés comme politiques.

Alphons Koechlins supplia les autorités, écrivant: Il s`adressa, parfois par lettre ou même oralement, au conseiller fédéral Eduard von Steiger. Son argumentation soutenait que le ravitaillement de la Confédération était face aux drames humains. Koechlins assuma ensuite un rôle de coordination dans l`aide aux réfugiés juifs, estimant que la fermeture helvétique constituait une participation active aux agissements nazis. Il tenait cependant à une certaine retenue quant aux protestations publiques, considérant que la négociation avec les autorités était de son ressort et craignant de nuire au travail d`entraide qui était du ressort des Eglises. Il était d`ailleurs l`objet de critiques, notamment de la part du Synode de l`Eglise de Bâle en 1943. De plus, dès 1943, il pensa avoir été entendu par les autorités, ce qui ne fut manifestement pas le cas.

En conclusion de son exposé, H. Kocher a relevé que la division du travail d`entraide auprès des réfugiés était assez commune à l`époque. Cependant l`attitude hésitante du protestantisme suisse face à l`antisémitisme ne peut être niée. Cependant on peut retenir comme points positifs du comportement de la FEPS d`une part ses critiques finalement formulées, dès 1942, à l`encontre de la politique officielle, et d`autre part son rôle de coordination de l`entraide auprès des réfugiés juifs.

Vifs débats théologiques face à l`antijudaïsme

Un autre exposé, présenté par le professeur Eberhard Busch (Göttingen), a mis en lumière les hésitations des théologiens protestants face à l`antisémitisme et à l`antijudaïsme. Peu après la grande nuit de pogrom, lors de la Conférence de Wippkingen (automne 1941), Karl Barth avait affirmé que juifs et chrétiens représentaient les enfants du vrai Dieu, constituant . Pourtant en 1942, la position antijudaïque se radicalisa, arguant que si les juifs avaient rejeté le Christ, ils avaient aussi rejeté le vrai Israël et devaient donc se comporter comme , marqué par la persécution. Bien des théologiens ne purent admettre cette position et la dispute faillit mettre en péril l`oeuvre protestante d`aide aux réfugiés. Ce n`est qu`au début de 1945 que les Eglises reconnurent qu`elles avaient omis de protester contre l`holocauste: Si l`on veut reprendre le fil théologique interrompu il y a cinquante ans, déclare E. Busch, il faut premièrement reprendre les deux thèses en présence et dénoncer celle qui prétend que l`Eglise a succédé au peuple élu. Il faut deuxièmement en finir avec les malentendus et reconnaître la grâce, la justice et l`espérance dans la perspective de la participation juive. Troisièmement, il est nécessaire de prendre en compte le fait suivant: .

Rolf Bloch : chrétiens et juifs

Les participants ont encore entendu un exposé d`Alfred A. Häsler, qui a présenté les , ainsi que des témoignages, tel celui du pasteur Hans Schaffert (Zurich), qui a été confronté au difficile ministère d`être d`abord pasteur auprès de déportés dans des camps, puis auprès de leurs tortionnaires, criminels de guerre emprisonnés sur le territoire de sa paroisse, ou bien celui du professeur Ernst Ludwig Ehrlich, dont le premier souvenir d`enfant en Suisse est le tampon J apposé sur son passeport et qui a tenu à évoquer . Après un travail en groupes, il s`est avéré que cette journée pourrait déboucher sur une prise de position publique du Conseil de la FEPS.

Au moment de conclure, Rolf Bloch, président de la Fédération suisse des communautés israélites (SIG), a pris la parole pour saluer le processus de mémoire de la FEPS, dans lequel il a perçu un désir de qui ne va pas sans douleur. Il a rapproché ce processus de celui qu`accomplit le SIG lui-même. R. Bloch a conclu en disant son espoir dans cette mise à jour de leur histoire, de manière à ce que l`âme du pays ne soit pas blessée. (apic/spp/pr)

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