L’engagement des chrétiens:

Honduras: Des chrétiens confrontés à la misère et à la fragilité de la démocratie

Un facteur décisif pour les prochaines élections?

Tegucigalpa, 9 mai 1997 (APIC) – L’engagement des chrétiens, tout comme celui des différents secteurs de la société civile, constitue aux yeux de Ramon Custodio, président du Comité pour la défense des droits de l’homme au Honduras, un facteur décisif dans l’année électorale que connaît son pays. Cet argument ne découle pas seulement de l’analyse des principaux dirigeants critiques de l’opposition. Il s’exprime aussi dans la lecture de la réalité effectuée par la hiérarchie catholique.

«L’Eglise catholique et les groupes protestants traditionnels sont des forces importantes et nécessaires à la consolidation du processus démocratique contradictoire que nous vivons», a déclaré au correspondant d’ENI, Ramon Custodio, personnalité très connue dans ce pays.

Ces secteurs développent une action très progressiste, précise-t-il. Par exemple, au sein de l’Eglise catholique, tant les groupes qui s’identifient à la théologie de la libération que la hiérarchie s’expriment en faveur de la remise de la dette extérieure, une thèse qui est devenue très populaire sur l’ensemble du continent.

En effet, Mgr Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa et président du Conseil épiscopal d’Amérique latine (CELAM), devrait intervenir auprès des institutions financières internationales pour obtenir un allégement ou la remise totale de la dette extérieure., comme l’indique un document récent de jésuites honduriens réunis au sein d’une équipe de réflexion, d’enquêtes et de communication (ERIC).

Selon les mêmes sources, le prélat catholique a présidé récemment une conférence internationale sur la démocratie et la corruption, tenue à Tegucigalpa, réunion au cours de laquelle il a réitéré ses attaques contre le modèle qui prévaut sur en Amérique latine.

Contre le modèle économique néo-libéral

La position de l’archevêque, publiée dans l’hebdomadaire «Fides», se traduit par des attaques constantes contre le modèle néo-libéral: «Jamais, selon lui, le Honduras n’avait vécu une telle situation de pauvreté, de violence et de désespoir comme aujourd’hui.»

Les chiffres les plus récents du Programme des Nations Unies pour le développement révèlent que 71 % des Honduriens vivent actuellement au-dessous du seuil de pauvreté et 55 % sont indigents, c’est-à-dire qu’ils ne disposent même pas des ressources minimales pour se nourrir. La malnutrition touche près de 40 % des enfants qui fréquentent l’école primaire et plus du quart de la population totale. L’indice des prix à la consommation a augmenté de 100 % ces trois dernières années (décembre 1993-novembre 1996). Le produit intérieur brut (PIB) par habitant s’élève, au Honduras, à 597 dollars Il vient juste avant celui du Nicaragua, qui est le plus bas de toute l’Amérique latine.

Dans ce contexte de misère croissance, estime Ramon Custodio, on sent au Honduras un vide préoccupant. De la même manière que, durant la décennie passée, mon pays a servi de base à l’agression contre les forces révolutionnaires de la région – tant au Nicaragua qu’au Salvador et au Guatemala – il est correct de se demander si le Honduras ne jouera pas le même rôle contre le processus de démocratisation en cours dans cette même région.

Pour appuyer sa réflexion, Ramon Custodio analyse trois facteurs essentiels: le pouvoir des militaires qui continuent de contrôler toutes les entreprises de sécurité privée avec un effectif de 8’000 hommes armés; l’alliance potentielle avec les militaires des pays voisins et la nouvelle force financière qu’ils représentent. Des sources dignes de foi assurent que l’armée représente le quatrième groupe financier national.

Il est donc important d’éduquer les citoyens, pour que le peuple cesse d’avoir peur des militaires et qu’il prenne conscience de sa force. C’est une tâche dans laquelle les groupes chrétiens et les organisations de défense des droits de la personne doivent jouer un rôle décisif, affirme Ramon Custodio.

Ce dernier, tout comme de nombreux opposants, envisage la possibilité de créer une force politique indépendante des deux partis traditionnels, les libéraux et les conservateurs. Par le biais des élections, un tel mouvement permettrait de renforcer la démocratie et la justice sociale. Interrogé sur la position des croyants devant une telle initiative, Ramon Custodio a répondu: «Une grande partie des chrétiens – catholiques et protestants – sont présents dans cette orientation. Néanmoins, il existe d’autres secteurs, liés à l’extrême droite nord-américaine, qui sont conservateurs et dangereux. Leur influence grandit, souligne Ramon Custodio. Elle se traduit par la croissance de sectes liées aux «télévangélistes» des Etats-Unis et a l’Eglise de Moon… Il est clair qu’au Honduras, comme dans toute la région, il existe une lutte sans pitié pour gagner du terrain.

Ramon Custodio reconnaît l’attitude responsable de l’archevêque catholique de Tegucigalpa, lorsque celui-ci critique ouvertement le modèle actuel d’ajustement structurel qui implique la polarisation sociale et la croissance de la pauvreté. (apic/eni/ba)

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