Même s’ils sont parfois un peu durs en paroles,

Suisse: Le nonce apostolique Karl-Josef Rauber sur la situation de Eglise en Suisse

les Suisses sont attachés dans l’amour à leur Eglise

Lucerne/Berne, 12 mai 1997 (APIC) Les catholiques suisses sont parfois un peu durs dans leurs paroles, et aussi intraitables dans leurs revendications, mais cependant attachés dans l’amour à leur Eglise, écrit le nonce apostolique Karl-Josef Rauber, qui quittera la Suisse en juin prochain à destination de Budapest. C’est la raison pour laquelle, constatant cet amour de l’Eglise, il n’a «pas de gros soucis pour l’avenir de l’Eglise en Suisse».

Dans une contribution publiée dans la dernière édition de la «Schweizerische Kirchenzeitung», organe officiel des diocèses de langue allemande, Mgr Rauber fait un tour d’horizon global de l’Eglise catholique en Suisse, en bon connaisseur de la complexité suisse. Il fut en effet, sur proposition de la Conférence des évêques suisses, désigné en juin 1991 par le pape Jean Paul II comme délégué pontifical pour examiner la situation dans le diocèse de Coire divisé par la présence à l’évêché de Mgr Haas, avant d’être nommé nonce apostolique à Berne en mars 1993.

La relation avec l’Eglise universelle est d’une importance vitale

Comme nonce, Mgr Rauber relève avoir toujours attiré l’attention sur le fait que la relation avec l’Eglise universelle, ainsi qu’avec le pape et le Saint-Siège, est également d’une importance vitale pour l’Eglise. En se ralliant au Concile, on peut certes parler de «pluralité dans l’unité», mais on doit dans ce cas souligner fortement l’unité. Il affirme plus loin qu’en Suisse également, c’est l’Eglise catholique qui est présente, et pas une Eglise nationale qui doit accepter, ne lui en déplaise, d’être en quelque sorte dirigée de l’extérieur. «Ce serait certainement néfaste – et je suis sûr qu’aucun catholique suisse n’aimerait vraiment cela – si le cordon ombilical avec l’Eglise universelle était obstrué».

Rien de dépréciatif sur la Suisse

De ce point de vue, cela paraît naturellement inquiétant que du côté catholique également, l’on considère comme Eglise la paroisse seule, que tout ce qui se trouve au-dessus soit rejeté comme «centres de pouvoir» ou que l’on regarde ces unités supérieures et intégrantes que sont le diocèse, la Conférence des évêques et l’Eglise universelle «de façon pour le moins méfiante». Ainsi, la méfiance empêche le dialogue constructif, notamment avec Rome. Un dialogue qui serait tout à fait possible «avec de la patience et en se mettant à la place de l’autre».

Mgr Rauber relève que certains considèrent, à tort, que Rome ne voudrait que mettre au pas des Suisses «contestataires» et ne ferait preuve d’aucune sorte de compréhension pour leur situation et les difficultés qui en découlent parfois. «Je n’ai jamais entendu, durant toute mon activité à Rome – et cela fait tout de même 14 ans – aucun jugement dépréciatif sur la Suisse, ni sur les Suisses, ni sur la situation ecclésiale ici», souligne Mgr Rauber. Le nonce demande de la compréhension pour le fait qu’il est extraordinairement difficile pour Rome de répondre aux attentes de si nombreux pays, aux mentalités, convictions, orientations et développements si différents.

Le souhait d’introduire dans l’Eglise le plus grand nombre possible d’éléments et de comportements démocratiques, qui sont tout à fait justifiés dans les domaines de la vie politique et sociale «n’est pas sans danger», met en garde le nonce apostolique. L’Eglise n’est certes pas une monarchie, et ne doit pas non plus l’être, relève Mgr Rauber, mais ce n’est pas non plus un pur organisme démocratique, même si elle accepte aussi des formes synodales et connaît des procédures collégiales.

Dans l’Eglise et dans les relations entre membres de l’Eglise, il doit y avoir tout aussi bien le dialogue et la confiance que les directives et l’obéissance. C’est pourquoi, pour le nonce, il n’est pas indiqué d’»imposer» à l’Eglise, comme le voudraient parfois certains professeurs de théologie, des modèles démocratiques pour en quelque sorte être reconnu comme un cas particulier (»Sonderfall»). Dans l’Eglise, il ne doit y avoir ni séparatisme individualiste ni uniformisation, mais une authentique pluralité dans l’unité.

Les risques d’une assimilation sans protection au protestantisme

Parmi les risques que court l’Eglise catholique en Suisse, le nonce mentionne le danger d’une «assimilation sans protection» à l’Eglise réformée. Sans vouloir pour le moins du monde critiquer l’Eglise réformée – «pour laquelle j’ai une grande estime» – et sans s’en prendre au dialogue œcuménique positif qui a lieu actuellement, Mgr Rauber tient à préciser que de nombreux points, qui paraissent aller de soi pour l’Eglise réformée, ne peuvent sans autre être repris par les catholiques. Et de citer notamment le mariage des ministres, l’accès des femmes aux ministères, les problèmes qui ne sont pas réglés par une doctrine générale, mais qui relèvent de positions individuelles, comme l’homosexualité, la drogue, le divorce, le remariage, la contraception, l’avortement, l’euthanasie…

Consciemment ou inconsciemment, à la suite d’une symbiose des deux Eglises, de telles positions finissent par trouver place dans les esprits et les cœurs des fidèles catholiques. Souvent, les catholiques finissent par considérer ces positions comme la nouvelle façon de comprendre de l’Eglise catholique en Suisse. Une telle assimilation à la conception réformée se développe également là où l’on considère que l’engagement de laïcs – hommes et femmes – en tant que responsables de paroisses (Gemeindeleiter et Gemeindeleiterinnen) n’est pas simplement une solution provisoire pour pallier le manque de prêtres, mais une «alternative valide aux prêtres ordonnés». C’est visiblement déjà le cas dans certaines paroisses, remarque le nonce apostolique, et l’on aurait ainsi pratiquement franchi le pas vers la paroisse réformée.

Mais Mgr Rauber voit aussi dans l’Eglise catholique en Suisse de nombreux points positifs à relever qui, «maintenant ou plus tard», peuvent être certainement enrichissants pour l’ensemble de l’Eglise. Le nonce mentionne à ce propos l’importance de la collaboration des laïcs, un «dialogue constructif à l’intérieur de l’Eglise» ainsi que les avancées du dialogue œcuméniques depuis les années 50. (apic/job/be)

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