Graves irrégularités dénoncées

Cameroun: Des religieux disent leur inquiétude sur le processus électoral

Yaoundé, 14 mai 1997 (APIC) Les membres du Réseau « Foi et Justice Afrique-Europe » de Yaoundé, composé de plusieurs Congrégations missionnaires, s’inquiètent de la manière dont se passe actuellement le processus électoral au Cameroun pour les élections parlementaires. Ils lancent un cri d’alarme dans le journal « L’Effort Camerounais » « Seule la moitié des citoyens en âge de voter est inscrite sur les listes électorales ». dénoncent-ils , alors que les élections législatives sont prévues pour le samedi 17 mai.

Il y aurait 3,3 millions d’inscrits sur une population totale de 13 à 14 millions d’habitants, dont la moitié est en âge de voter. Un certain nombre d’habitants ne présentent certes pas les conditions requises. Mais beaucoup d’autres sont exclus délibérément de l’accès au vote en raison de leur appartenance à un parti ou à une région. Des tracasseries administratives se sont multipliées pour les décourager. La faiblesse du taux d’inscription provient enfin d’un certain désintérêt: les élections sont ressenties par beaucoup comme inutiles.

Des tactiques pour empêcher certains de voter

Il est de notoriété publique que les sous-préfets et chefs de quartiers usant de « tactiques dilatoires », donnent des rendez-vous a des lieux et heures impossibles ou fictifs pour écarter les inscriptions de certaines catégories de citoyens, dénoncent encore les religieux. Ceci se pratique surtout dans les villes,. en particulier à Yaoundé et concerne des ressortissants venus d’autres régions du pays mais résidant dans la capitale depuis des années.

Des zones du pays (nord-ouest, sud-ouest et littoral), sont l’objet de tracasseries et discriminations notoires, aboutissant également à écarter certains électeurs du vote.. Dans le Nord, des jeunes ont du manifester devant le bureau du préfet pour obtenir leur carte électorale (Tokombéré, dans le Mayo Danai). Des cartes électorales n’étaient pas encore parvenues dans certaines localités du nord-ouest, et cela 10 jours avant les élections, alors que dans certaines provinces des individus ont reçu leur carte électorale depuis plus d’un mois.

Ainsi, le 17 mai, de nombreux citoyens camerounais, même inscrits, ne pourront exprimer leur opinion, faute d’avoir pu obtenir leur carte, en raison de leur appartenance à une région ou a un parti.

Des discriminations en sens inverse existent aussi: on a distribué largement des cartes électorales à des groupes de familles qui vont les porter à domicile à une certaine catégorie de citoyens, en proposant plusieurs cartes à un seul individu. On est même aller jusqu’à les proposer à un prêtre de Yaoundé, mais ce dernier a dénoncé la manœuvre en chaire.

Des accusations répétées de distribution de cartes à des non-Camerounais dans les zones frontalières n’ont pas été démenties, ni occasionné d’enquête sérieuse sur le sujet. Enfin la liste des inscrits n’a pas été pas rendue publique, ce qui annule la possibilité théorique pour l’électeur inscrit de voter même sans sa carte..

La démocratie exige la participation de tous

De telles irrégularités discréditent le processus démocratique, écrivent encore les membres du Réseau: « Foi et Justice ».. « Quelle légitimité pourra avoir une Assemblée nationale élue par une minorité de citoyens? La démocratie exige la participation de tous. Si une partie de la population en est exclue, il en résulte une indifférence et un désintérêt croissants des citoyens à l’égard du processus électoral: « A quoi bon voter, de toute façon, tout est déjà joué d’avance »., disent, désabusés, beaucoup de personnes au Cameroun. Cette « démission électorale » est grave. Si les citoyens se désintéressent de plus en plus de la « chose publique », confisquée par quelques-uns, comment peut-on prévoir un avenir meilleur pour le pays?

Plus inquiétant encore, un nombre croissant de citoyens en arrive à ne plus respecter les autorités, car à leurs yeux, elles ne sont véritablement plus crédibles.

Les auteurs de la lettre ouverte demandent en conclusion qu’au moins lors des prochaines élections présidentielles, prévues en octobre 1997, que tout le système des inscriptions électorales soit réorganisé de manière à écarter tout soupçon de fraude et à gérer le processus électoral de manière plus efficace. Il semble pour cela indispensable que les inscriptions soient confiées à une instance qui ne puisse être considérée comme juge et partie.

A cette condition seulement, on pourra espérer la fin de cette lente « hémorragie morale en train de vider actuellement le peuple camerounais de ses forces vives.

Le Réseau « Foi et Justice » Afrique-Europe comprend à ce jour 37 Congrégations missionnaires et Instituts religieux, dont un bon nombre travaillent au Cameroun. (apic/bia/ba)

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