«Les miracles – Un défi pour la science ?»
L’enquête du sociologue belge Pierre Delooz relance la question
Bruxelles, 25 mai 1997 (APIC) Trente ans après avoir étudié la manière dont l’Eglise catholique élève des fidèles à la gloire des autels, le sociologue Pierre Delooz avoue qu’il reste «perplexe» devant les «miracles». A cause des faits mêmes, auxquels sa nouvelle enquête l’a confronté. Son nouveau livre en fournit pour la première fois la liste. Plusieurs sont racontés. L’énigme est relancée dans «Les miracles – Un défi pour la science ?»
Avant de proclamer qu’un chrétien du passé est «saint», l’Eglise catholique y regarde à deux fois. Elle passe d’abord au crible le témoignage de vie évangélique laissé par le défunt. Puis elle enquête sur le rayonnement actuel du saint et en exige des signes forts et identifiables: un «miracle» au moins doit être attribuable à l’intercession du futur «bienheureux» et un autre «miracle» est requis pour le reconnaître «saint», le «canoniser». «Rome n’accueille donc pas les miracles à bras ouverts», note le sociologue. Les faits font l’objet d’une véritable enquête judiciaire. Des experts sont associés au débat critique. Les dossiers peuvent être consultés. Le livre de P. Delooz répertorie ainsi 1200 cas, dont un millier de guérisons, dont le Vatican a reconnu le caractère «miraculeux» au cours des cinq derniers siècles. Il s’agit toujours de faits exceptionnels, qui demeurent «inexplicables dans l’état actuel de nos connaissances».
Un Dieu «bouche-trou ?»
L’Eglise invoquerait-elle l’hypothèse «Dieu» tant que la science n’a pas d’explication ? Ce Dieu «bouche-trou» a pu être brandi autrefois dans un contexte de polémique. Mais les procès de béatification et de canonisation ne visent pas à fournir une impossible «preuve» de Dieu: ravaler Dieu au rang des causes explicables serait d’avance passer à côté de lui. Qualifier un fait de «miracle», donc de «merveille» de Dieu, ce n’est pas l’expliquer mais l’interpréter comme «signe» dans la foi. Aussi l’enquête exigée par Rome consiste-t-elle avant tout à vérifier qu’un fait s’est bien produit, que les théologiens pourront ensuite qualifier de «miraculeux». Mais le fait renseigné est-il sûr ? Est-il bien attesté ? Pierre Delooz, qui a passé en revue de multiples faits examinés dans les dossiers ecclésiastiques, constate: «Peu de phénomènes historiques sont aussi sûrs, aussi bien attestés ! L’institution romaine, qui souhaite être crédible, n’a aucun intérêt à admettre des entourloupettes !».
Des faits, mais quels faits ?
La plupart des faits «miraculeux» retenus par Rome sont des guérisons. Et s’il s’agissait de guérisons spontanées ? Et si l’on s’était trompé de diagnostic ? Et si la guérison s’expliquait par l’influence du psychisme ? Toutes ces questions ont intrigué le sociologue. Résultats de l’enquête: de rares erreurs de diagnostic n’invalident pas un millier de cas. Quant à parler de guérison «spontanée», autant dire «inexpliquée!» P. Delooz a même examiné des cas, où les bénéficiaires des «miracles» en livrent un récit «halluciné». A supposer même que telle guérison soit liée à une «hallucination» ou à une «régression psychique» momentanée, comment se fait-il qu’il y ait de telles «hallucinations bénéfiques» qu’elles conduisent à des guérisons durables d’un cancer, par exemple ? Les miracles, observe P. Delooz, sont «embarrassants pour la religion», Ils sont aussi «embarrassants pour la science» qui, «dans le cadre de ce que l’on a fait de la science», ne trouve pas et souvent même ne cherche pas d’explication à des faits pourtant clairement répertoriés. «Mais faut-il s’en tenir à une science qui tend à se débarrasser de faits porteurs d’affirmation de sens ? Le miracle n’invite-t-il pas la science et ceux qui la font à élargir leurs horizons ?» Ce livre laisse la question ouverte. (apic/cip/pr)
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