L’archevêque d’Ayacucho se déclare affecté par le l’issu de la prise d’otages à Lima

Rome: Mgr Cipriani, reçu par le pape

Graves soupçons sur son rôle d’intermédiaire

Rome, 26 mai 1997 (APIC «J’ai longtemps espéré que la grâce de Dieu touche le coeur des personnes du MRTA et les pousse à mettre fin à une entreprise si violente», a déclaré lundi sur les ondes de Radio Vatican l’archevêque d’Ayacucho, Mgr Juan Luis Cipriani, membre de la Commission des garants, dans l’affaire des otages du MRTA dans la résidence de l’ambassadeur du Japon. Après 126 jours, cette prise d’otages s’est achevée le 23 avril dans le sang, avec le massacre de 17 personnes, dont les 14 membres du commando.

Mgr Cipriani, se trouvait à Rome où il a été reçu par Jean-paul II le 23 mai. Le 15 janvier dernier, l’évêque avait reçu l’autorisation du Vatican pour assurer auprès des otages un rôle moral et spirituel, en accord avec les preneurs d’otages du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) et le gouvernement du Pérou. Pour l’évêque, il est difficile de dire si une solution pacifique était encore possible: «J’avais un rôle essentiellement pastoral» souligne-t-il. «Comme pasteur de l’Eglise, j’ai cherché une solution pacifique à la prise d’otages, de façon à épargner les vies humaines»

De graves soupçons pèsent cependant au Pérou, notamment, sur le rôle que Mgr Cipriani aurait joué, «déterminant pour l’action militaire du gouvernement», laisse-t-on entendre dans les milieux de défense des droits de l’homme. Interviewé par l’APIC au lendemain de l’action sanglante du 23 avril, César Hildebrandt, l’animateur de «En Persona», l’un des programmes de TV politico-économico-culturel les plus écoutés au Pérou, déclarait: «Mgr Cipriani est l’ami très proche du président Fujimori. Il a été chargé par le gouvernement de collecter les informations de l’intérieur de la résidence pour les transmettre aux services de renseignements».

C. Hildebrandt confirmait en outre que l’archevêque d’Ayacucho avait eu une réunion peu de jours avant l’assaut des forces armées avec le président Fujimori et des militaires de haut rang. «C’est sans doute durant ces cinq heures que les derniers préparatifs et détails de l’opération ont été mis au point».

Accusations à peine voilées

Selon certains médias péruviens et étrangers, des micros et tout un matériel qui a ensuite permis le déroulement de l’opération ont été transportés à l’intérieur de la résidence. Or, observait-on alors à Lima, seuls les membres du CICR et Mgr Cipriani ont pu approcher les otages et les ravisseurs durant les dernières semaines. Une accusation à peine voilée, compte tenu de l’aveu de l’ambassadeur de Bolivie, retenu dans la résidence avec ses 71 compagnons d’infortune, affirmant avoir été mis au courant de l’opération 10 minutes avant les événements, prévenu par un otage au courant de l’opération.

Questionné sur la possible implication du CICR pour favoriser l’assaut, le porte parole du CICR à Genève, Ruben Ortega, démentait en ces termes: «Si quelqu’un a joué les intermédiaires et averti l’un ou l’autre otage de l’opération qui se montait, ça n’est en tout cas pas le CICR». Mgr Cipriani alors? «Par exemple», avait répondu laconiquement Ruben Ortega,

Des accusations auxquelles ne répond nullement l’archevêque d’Ayacucho, qui affirme sur les ondes de Radio Vatican qu’»au fil des jours je m’étais pris d’affection aussi pour les membres du commando, surtout les plus jeunes d’entre eux».

«Je considérais déjà ce groupe un peu comme une famille, poursuit l’évêque, et quand l’épisode s’est conclu de façon violente, avec la mort de toutes ces personnes, ce fut comme perdre des frères, des parents très chers. Je me sentais proche d’eux, mais je leur rappelais que les armes et la violence ne conduisent nulle part».

Encore aujourd’hui, l’évêque se dit éprouvé: «Je ressens une forte douleur, avoue-t-il, mais je ne peux oublier que les Tupac Amaru ont commis une erreur, un délit très grave, à savoir la séquestration de personnes innocentes».

Selon les premiers témoignages recueillis sur place au lendemain de l’assaut, plusieurs membres du commando ont été abattu froidement, alors qu’ils avaient levé les bras pour se rendre. (apic/imed/pr)

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