La curie romaine est devenue un «organe de commandement», déplore Mgr Danneels

«La collégialité doit progresser dans l’Eglise»

Rome, 27 mai 1997 (APIC) La curie romaine est devenue un «organe de commandement» et non plus un «instrument», regrette le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, dans une interview accordée à la revue bimensuelle «Il Regno». Pour l’archevêque belge, la collégialité doit progresser dans l’Eglise. Un avis que ne partage pas le cardinal Camillo Ruini, vicaire du pape pour le diocèse de Rome et président de la Conférence épiscopale italienne.

Dans l’interview, publié dans le numéro d’avril de «Il Regno», le cardinal Danneels critique le fonctionnement des synodes, «où on a guère le temps d’aller au fond des choses», et l’excès de documents romains que très peu lisent. Il regrette surtout que la curie romaine soit devenue un «organe de commandement» et non plus un «instrument», et ajoute qu’il serait opportun de créer autour du pape «une sorte de conseil de la couronne» qui l’aiderait à prendre ses décisions.

«La Repubblica»: un «réquisitoire sévère»

L’interview du cardinal Danneels, recueillie à la mi-avril et publiée à la fin du mois, n’avait suscité aucune réaction particulière dans la presse jusqu’à sa publication dans l’édition du 25 mai du journal «La Repubblica», note un rédacteur de «Il Regno». C’était au lendemain de la dernière assemblée plénière de la Conférence épiscopale italienne, où l’organisation de l’institution était l’un des thèmes abordés.

En Italie, seule «La Repubblica», deuxième tirage de la presse, a repris le texte de l’interview du cardinal Danneels, suivi par «L’Unità», qui lui a consacré quelques lignes.

«La Repubblica» oppose les deux cardinaux, parlant d’un «réquisitoire sévère» du cardinal Danneels, résumé par ce titre: «La curie a trop de pouvoir. Elle ne peut se substituer au pape». Invité par le journal à réagir, le cardinal Ruini, tout en précisant qu’il n’a pas lu le texte de l’interview, répond qu’à ses yeux le problème ne se pose pas en ces termes.

Un instrument du pape, sans plus

Pour le cardinal Danneels, la curie romaine a cessé d’être un instrument pour devenir «un organe de commandement qui assume en partie l’autorité du pontife». «La curie, déclare-t-il, doit rester dans son rôle: instrument du pape et rien d’autre. Elle ne doit pas aller au-delà. Je comprends que le pape ne puisse pas tout suivre. Il voyage. Il prend soin des Eglises. Il ne peut donc pas suivre tout le complexe administratif, mais il doit empêcher que d’instrument la curie ne devienne un organe de commandement».

«Il serait intéressant, ajoute-t-il, qu’autour du pape existe une sorte de conseil de la couronne composé de six ou sept évêques ou cardinaux qui assumeraient la fonction de conseillers.» Ceux-ci seraient choisis parmi ceux «qui ne remplissent aucune fonction au sein de leur Conférence épiscopale respective», pour «leur stature» et non «pour le fait qu’ils ont des responsabilités ou qu’il occupent des places au sommet». Aux yeux de l’archevêque de Malines-Bruxelles, «la collégialité doit progresser dans l’Eglise, en particulier parce qu’il y a aujourd’hui davantage de possibilités de communication. On devrait tenir plus de consultations sérieuses à l’intérieur de l’épiscopat». Ne serait-ce, poursuit-il, que pour éviter la production d’une somme de documents du Vatican «sur tous les sujets, l’éducation des enfants, la catéchèse, ou pour ceci ou ça».

Mgr Ruini: et les cardinaux ?

Le cardinal Ruini, ne voit pas pourquoi il faudrait créer un «conseil de la couronne», puisqu’»il existe déjà les cardinaux». Concernant la collégialité dans l’Eglise, il note que c’est «une requête qui revient de temps à autre». «En Italie, ajoute-t-il, nous faisons l’expérience d’une collaboration très intense avec le pape. Je ne peux pas connaître la situation des autres pays sur ce point».

Pour le cardinal italien, les deux grandes priorités de l’Eglise ne sont pas là. Elles sont, à l’extérieur, «celle du rapport avec la culture contemporaine», et, à l’intérieur, «le défi essentiel de vivre intensément la foi biblique à notre époque, c’est-à-dire notre attitude devant l’appel à la sainteté». (apic/cip/imed/pr)

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