Comment les chrétiens de Hong Kong perçoivent leur prochain rattachement à la Chine?

APIC Interview

Le Père Arotçanera: « des chrétiens parfois inquiets, mais fiers aussi d’être chinois »

Jean-Caude Noyé, pour l’APIC

Paris, 30 mai 1997 (APIC) Le Père Guillaume Arotçanera, rédacteur en chef « d’Eglises d’Asie », la revue des Missions étrangères de Paris (MEP) décrit avec nuances la situation et la réaction des chrétiens de Hong Kong avant leur prochain rattachement à la Chine. Invité par l’Association des journalistes de l’information religieuse en France, il en a profité pour évaluer l’actuelle politique religieuse de Pékin comme pour évoquer des tiraillements sérieux entre la Curie romaine et certains théologiens asiatiques.

APIC: Comment les chrétiens de Hong Kong perçoivent-ils la rétrocession de leur territoire à la Chine?

G. A.: Le prochain Congrès de la Fédération luthérienne mondiale (FLM) du 8 au 16 juillet, une rencontre qui débutera une semaine après la rétrocession de Hong Kong à la Chine, sera un test et un ballon d’essai pour mieux connaître les réactions du gouvernement de Pékin. Ce dernier a d’abord eu une attitude de rejet face au Congrès du FLM et maintenant il dit « pourquoi pas? » Quant aux chrétiens, leur attitude est quelque peu contradictoire. Le retour à la Chine les inquiète et en même temps ils en sont fiers, car l’appartenance à l’Empire britannique a représenté en son temps une immense humiliation. Le nationalisme chinois fonctionne aussi chez les chrétiens. L’inquiétude n’est pas motivée par une appréhension économique et politique à court terme, mais par les problèmes qui pourront se poser aux organisations non-gouvernementales (ONG) et aux Eglises.

Pékin a mis sur pied tout un arsenal juridique pour harceler en continu tout ce qui lui déplaît en exerçant un contrôle comme à Singapour. Le prochain gouverneur de Hong Kong veut ainsi changer la loi sur les associations. A l’évidence certains leaders politiques vont en souffrir ainsi que les Eglises, fondées sous l’Empire britannique dans un contexte juridiques des plus flous. Des écoles, par exemple, sont utilisées comme églises le dimanche. Ce « micmac » peut servir de prétexte à la Chine pour imposer ses volontés. Il faut signaler d’ailleurs l’émergence de petits groupes de chrétiens très favorables à la politique religieuse de Pékin. Il y a donc des risques de division au sein même des Eglises.

APIC: Comment voyez-vous la politique religieuse actuelle de la Chine?

G.A.: Elle a été adoptée en 1982, avec un retour au langage confucéen. L’Empereur ou le Parti communiste ont reçu une sorte de mandat du ciel, reçu d’en Haut, auquel les religions doivent se soumettre. Il est impensable qu’elles soient indépendantes. Les Eglises officielles de Chine ont accepté cette logique. Ce faisant, elles ont sauvegardé leurs institutions, leurs séminaires et leurs lieux de cultes. L’Eglise catholique officielle a ordonné 1’000 prêtres en l’espace de 10 ans. Les chrétiens dits « clandestins » au contraire refusent la logique gouvernementale et ne peuvent librement pratiquer leurs cultes. Le Vatican, prévoyant, s’est inquiété de cette politique religieuse et a nommé deux évêques à Hong Kong afin d’anticiper toute nomination arbitraire par Pékin après la rétrocession.

APIC: Cette politique est-elle susceptible de changer?

D.A: Je ne le pense pas, du moins pour le moment. Il faut bien comprendre que dans les pays de tradition confucéenne, pas seulement en Chine, tous les pouvoirs en place, par delà leurs clivages idéologiques, perçoivent l’islam et le christianisme comme menace potentielle.. Ces deux religions sont considérées avec la prétention de donner une parole globale sur la réalité humaine toute entière. A la différence du bouddhisme et de l’hindouisme, qui, partant, sont mieux tolérés. Je souligne que cela dépasse les régimes politiques. N’oublions pas d’ailleurs que les chrétiens d’Asie sont très minoritaires, sauf aux Philippines. Face à cela, les Eglises d’Asie ou bien se taisent, par peur de parler, ou alors tiennent un discours revendicatif, comme en Inde, en Corée, en Indonésie, au Pakistan ou encore un discours inattendu comme l’Eglise clandestine de Chine qui a fait circuler trois lettres pastorales centrées sur l’identité du christianisme en Chine.

APIC: Qu’en est-il du rapprochement entre le Vatican et la Chine?

G.A: Malgré le fait que plusieurs dizaines de prêtres sont encore emprisonnés en Chine, – la liste est disponible -, les négociations entre le Vatican et Pékin, ont été encouragées, surtout à l’initiative de Rome, jusqu’aux événements de la place Tien Anmen en 1989, Le Vatican s’est alors retiré. Maintenant c’est Pékin qui est demandeur pour la reprise des relations diplomatiques. Mais Rome est peu enthousiaste, surtout à cause du problème de la nomination des évêques de l’Eglise catholique clandestine. La Curie romaine ne veut pas avoir à arbitrer entre elle, et l’Eglise catholique officielle.

APIC: Dans un autre registre, que pensez-vous de l’excommunication du Père Balasurya?

G.A: Son ouvrage sur la Vierge Marie est plus l’expression d’une spiritualité personnelle, destiné au départ à un petit nombre qu’un ouvrage de théologien. Le Père Balasurya est avant tout un sociologue. Rome a voulu, en l’excommuniant, effrayer certains théologiens indiens. Dans la foulée, 20 évêques d’Inde ont été appelés d’urgence à Rome où on leur a demandé de mieux tenir leurs ouailles. Ce à quoi ils ont répondu, le plus souvent, qu’ils ne savaient pas ce que leurs théologiens écrivaient. Ce qui inquiète la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui freine des quatre fers, c’est que plusieurs théologiens asiatiques aient demandé expressément un moratoire sur les conversions au catholicisme dans le but de ne pas bloquer le dialogue interreligieux.

APIC: Quels sont les enjeux du prochain Synode pour l’Asie en 1998?

G.A: Comme tous les synodes, il n’est que consultatif. C’est d’ailleurs sa grande limite. Contrairement à ce qu’affirme le Vatican, les « lineamenta » n’ont pas été reçus avec enthousiasme en Asie. Beaucoup d’évêques ont réagi avec vigueur sur la version tronquée donnée par Rome de l’évangélisation en Asie. Un autre problème est que certaines Congrégations romaines ne veulent absolument pas que des théologiens asiatiques assistent à ce Synode qui débattra beaucoup de l’exercice de l’autorité et de l’inculturation. (apic/jcn/ba)

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