«L'Église doit changer», relève le pape François

« L’Église doit changer (…) dans sa façon de proposer une vérité qui ne change pas« , insiste le pape François dans un nouvel entretien à la journaliste argentine Bernarda Llorente, de l’agence Telam. Il revient également sur les tensions internationales, évoquant une nouvelle fois la « guerre mondiale par morceaux«  qui endeuille l’actualité.

Cet entretien avec e pape François, diffusé le 16 octobre 2023, avait été enregistré à la fin du mois de septembre, avant l’ouverture du Synode et l’offensive du Hamas sur Israël.

Interrogé sur le sens du Synode actuel, le pape s’inscrit dans la filiation de Jean XXIII, qui, en lançant le Concile Vatican II, « avait une perception très claire : l’Église devait changer », et s’engager « en faveur de la dignité des personnes ». Il rappelle que ces évolutions doivent se vivre sans rupture avec le passé, mais au contraire en prenant soin des « racines ». « Nous avons tous une tradition, nous avons tous une famille, nous naissons tous avec la culture d’un pays, une culture politique », insiste François. 

Le pontife argentin rappelle la nécessité de l’engagement de l’Église auprès de toutes les réalités humaines. « Dieu s’est fait homme, il ne s’est pas fait théorie philosophique », explique François, qui martèle que tous les croyants sont des « représentants de Dieu », et non pas seulement le successeur de Pierre.

« Le Seigneur est un bon ami, il me traite bien. Il prend beaucoup soin de moi, comme il prend soin de nous tous », explique François, interrogé sur sa vie de prière. « Les trois qualités les plus convaincantes de Dieu sont la proximité, la miséricorde et la tendresse », assure-t-il.

Le pape au Pôle Sud?

Interrogé sur ses voyages importants qu’il lui reste à accomplir, le pape mentionne son Argentine natale, mais parle aussi de la Papouasie Nouvelle-Guinée, programmée avant la pandémie.

Avec une certaine ironie, le pape élargit les perspectives à l’Océanie : « Quelqu’un me disait que si je vais déjà en Argentine, je devrais faire une escale à Rio Gallegos, ensuite le Pôle Sud, atterrir à Melbourne et visiter la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Ce serait un peu long », confie avec humour le pontife argentin. En 2013, il avait expliqué l’Australie ne serait pas une destination prioritaire de son pontificat, puisque ce pays avait été visité par Benoît XVI lors des JMJ de Sydney en 2008.

Cette évocation du Pôle Sud fait aussi écho aux revendications territoriales de l’Argentine sur une partie de l’Antarctique et sur les îles de l’Atlantique faisant partie de son plateau continental, notamment les Malouines (Falkland), un archipel qui fut l’objet d’une guerre avec le Royaume-Uni en 1982.

Le pape précise que « de nombreuses invitations » lui parviennent pour des voyages, mais que sa réponse dépend de « l’intuition du moment ». « Ce n’est pas quelque chose d’automatique. Chaque décision est originale, unique », explique-t-il.

Dénonciation des « clowns du messianisme »

Interrogé sur l’expansion des forces d’extrême-droite – sans mention directe du candidat populiste Javier Milei, qui pourrait remporter l’élection présidentielle en Argentine dont le premier tour se tient ce dimanche 22 octobre -, le pape dénonce les hommes politiques qui se transforment en « clowns du messianisme », en capitalisant sur un malaise social. 

Il invite à transformer les crises en opportunités pour « grandir ». Les crises peuvent prendre la forme d’un labyrinthe, mais selon qu’elles impliquent « une personne, une famille, un pays ou une civilisation », elles peuvent « faire grandir » si elles sont « bien résolues ». « La crise doit être assumée et surmontée, mais toujours vers le haut », insiste François, qui rappelle qu’au contraire « les grandes dictatures » naissent d’une « illusion » favorisée par un climat d’indifférence.

Face à ceux qui lui reprochent d’être « communiste » – une insulte notamment portée par le candidat Javier Milei – le pape rétorque qu’il s’appuie sur l’Évangile et sur la Bible. « Déjà dans l’Ancien Testament, le droit hébreu demandait de prendre soin de la veuve, de l’orphelin, et de l’étranger », explique-t-il. 

Le risque toujours actuel de l’esclavage

Face aux tentations de « la paresse et de l’oisiveté », le pape François souligne la dignité du travailleur austère, qui « gagne le pain à la sueur de son front, que ce soit une sueur matérielle ou intellectuelle ». Mais tout travail se mène « avec des droits », sinon court le risque de l’exploitation ou de l’esclavage, avertit le pape. 

Il mentionne également les nouvelles formes d’aliénation induites par le développement des nouvelles technologies, notamment avec l’intelligence artificielle. « Quand les changements sont accélérés, les mécanismes d’assimilation n’ont pas suffisamment de temps, nous terminons en étant esclaves », avertit François. Il se dit néanmoins ouvert au « progrès » scientifique, à condition que l’homme garde la maîtrise de ces outils.

Mentionnant une nouvelle fois « la guerre mondiale par morceaux » qui endeuille le monde, François martèle la nécessité d’un principe de « sécurité universelle », qui puisse s’appliquer partout. Il explique que de nombreuses guerres sont liées à des logiques d’exploitation et à des enjeux territoriaux plus que culturels. Le pape mentionne une nouvelle fois la persécution de la minorité musulmane rohingya par l’armée birmane, menée selon lui au nom d’une « domination de type élitiste, comme d’une humanité supérieure ».

Le cardinal Pironio, un papabile argentin

« Nous avions l’idée d’un pape argentin avec Pironio », révèle François, qui rendait souvent visite à son compatriote argentin lorsqu’il venait à Rome. Le cardinal Eduardo Pironio (1920-1998) fut notamment président du Conseil pontifical pour les Laïcs, de 1984 à 1996, sous le pontificat de Jean-Paul II. 

« Je me souviens que sa figure était mal aimée par une branche fermée et traditionaliste de l’épiscopat argentin, qui prétendait que sa nomination pourrait nuire à l’Église. C’est lui qui a inventé les Journées mondiales de la jeunesse, il a fait tant de bien à l’Église », précise François, en expliquant que l’étude d’un miracle pourrait amener à sa béatification d’ici à la fin de l’année.  (cath.ch/imedia/cv/mp)

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