C’est l’exemple de saint Adalbert, «qui n’acceptait pas que l’esprit du temps l’étouffe», que Jean-Paul II a proposé aux jeunes qu’il a rencontrés samedi à Hradec Kralové. Le pape leur a dit que l’Eglise a besoin d’eux, avant de lancer: «Ayez confiance da

«Il y a une indifférence totale pour cette visite dans le milieu non croyant», avoue Vojtech, 19 ans, foulard américain sur la tête. Lui-même non croyant, il est pourtant présent à la messe des jeunes célébrée par le pape samedi sur la place de Hradec Kralové, à 100 km à l’est de Prague. Son ami Ladislav, queue de cheval et boucle d’oreille, 19 ans, est par contre croyant. «Le nombre de jeunes qui se tournent vers la foi augmente, assure-t-il de son côté. J’attends de vivre ici un moment intense pour me resituer dans ma recherche spirituelle.»

«Si l’Eglise était plus attirante, il y aurait plus de jeunes ici», admet Vojtech, pour qui un tiers seulement des jeunes de son entourage se disent croyants. «L’Eglise attire surtout par ses activités et son sens de la communauté», corrige Ladislav. Pavel, 21 ans. Jeune séminariste, venu d’Olomouc, il en sait le prix: «L’Eglise doit être plus simple et plus courageuse.»

Ouverture européenne de saint Adalbert

Interrogé sur l’actualité de saint Adalbert, tous confirment l’impact de ce saint, dont le pape vient fêter le millénaire, dans la conscience collective tchèque. Ils retiennent essentiellement son «ouverture européenne». «Cette rencontre avec le pape peut aider à notre ouverture européenne», confirme Agnès, 30 ans, qui a fait 200 km pour voir le pape. Même si, pour Ladislav, «l’Europe est d’abord l’affaire des politiques».

Dépasser les frontières étouffantes de l’égoïsme

Autour d’eux, 40.000 personnes, dont 25.000 jeunes, acclament le pape, qui vient d’arriver de Prague par hélicoptère. Traits tirés et visage grave au début, le pape est très détendu par la suite, plaisantant avec la foule lors de l’homélie.

La foule est regroupée sur la magnifique place en forme de cône et aux façades baroques multicolores de Hradec Kralové. Il pleut mais les sourires sont sur tous les visages. L’évêque du lieu, Mgr Karel Otcenasek, 77 ans, ancien évêque clandestin – exceptionnellement prolongé à son poste pour la visite de Jean-Paul II -, est radieux. Dernier survivant d’une lignée de prêtres et évêques tchèques ayant connu les prisons d’Etat (il y a lui-même passé 13 ans de sa vie), il a été l’ami de Karol Wojtyla, avec lequel il a entretenu un échange épistolaire, censuré à l’époque, mais bien réel.

Dans son homélie, Jean-Paul II a encouragé les jeunes à reconnaître dans la figure de saint Adalbert, «qui n’acceptait pas que l’esprit du temps l’étouffe», une source d’inspiration pour affronter les défis actuels: saint Adalbert «vous enseigne l’ouverture aux autres. […] En dépassant les frontières étouffantes de l’égoïsme par la force de l’amour du Christ, vous serez les bâtisseurs de la nouvelle Europe et du monde de demain.»

«Soyez Eglise !»

Jean-Paul II s’est adressé aux jeunes d’une voix ferme: «Soyez Eglise ! L’Eglise a besoin de vous…, elle qui vit une étonnante reprise au milieu de tant de difficultés. […] Ayez confiance dans l’Eglise comme l’Eglise a confiance en vous.» Et de faire part aux jeunes de son expérience personnelle: «L’expérience de l’action de l’Esprit Saint m’a été transmise de façon particulière par mon père quand j’avais votre âge. Quand j’étais en difficulté, il me recommandait de prier l’Esprit Saint. Cet enseignement a guidé ma vie jusqu’à aujourd’hui. Je vous parle ainsi parce que vous êtes jeunes comme je l’étais alors. Et je vous en parle sur la base de multiples années de vie, passées dans des conditions également difficiles.»

Le pape a conclu son propos en recommandant aux jeunes le sacrement de la réconciliation – «il y a des péchés sociaux, mais, en définitive, tout péché dépend de la responsabilité d’un homme concret» -, avant de leur confier «la tâche de contribuer de façon déterminante à l’évangélisation de votre pays».

Au Château de Prague

Quittant l’ambiance très bon enfant de cette messe des jeunes, ponctuée de musique moderne et de mélodies chantées, de clins d’oeil ou de bons mots déclenchant des éclats de rire général, le pape a regagné Prague au début d’après midi. Plusieurs rendez-vous l’attendaient dans la capitale.

Tout d’abord la remise de la bulle authentique de la fondation de l’Université caroline par l’empereur allemand Charles IV, document datant de 1348 et conservé depuis au Vatican. Le pape l’a confiée à Karel Maly, son recteur, en l’honneur du 650e anniversaire de la fondation de cet institut. Jean-Paul II s’est ensuite rendu au Château de Prague (Hradcany) qui domine la ville pour rencontrer, pour la cinquième fois, le président de la République Vaclav Havel.

Solidarité avec ceux qui souffrent

Dernière étape de la journée de samedi, la rencontre très émouvante avec les malades et avec les religieux et religieuses, dans la magnifique basilique baroque du monastère de Brevnov, dans la banlieue de Prague, fondé en 992 par saint Adalbert. Un site dans le plus pur style baroque d’Europe centrale, qui fut un «centre d’irradiation du christianisme dans cette partie de l’Europe», a rappelé le pape. Aux malades, Jean-Paul II a dit la reconnaissance de l’Eglise pour la «générosité de leur don». Il les a exhortés à «offrir leur souffrance pour lesterions de la nouvelle évangélisation…, pour ceux qui sont éloignés ou qui ont perdu la foi…, pour l’augmentation des vocations sacerdotales et religieuses et pour la cause de l’oecuménisme». Devant ce public, le pape a lancé un «appel pressant aux différents responsables de la Nation pour qu’ils soient davantage sensibles et attentifs aux situations de souffrance présentes dans la société actuelle», par «une solidarité effective». L’aide aux malades et aux handicapés est en effet un des points faibles de la politique sociale tchèque, l’Etat laissant aux associations privées le soin de pallier à ces nécessités. Jusqu’ici, les municipalités y contribuaient financièrement, mais aujourd’hui la tendance est au désengagement.

Hommage aux religieux

S’adressant aux religieuses et religieux, le pape a commencé par rendre hommage aux plus anciens d’entre eux: «Vous avez enduré de grandes souffrances et humiliations durant les deux terribles dictatures, nazie et communiste. Beaucoup de personnes consacrées ont été enfermées dans des camps de concentration, incarcérées, envoyées dans les mines et aux travaux forcés.»

Beaucoup ont donné l’exemple «d’une grande dignité dans l’exercice des vertus chrétiennes, comme le jésuite A. Kajpr, le dominicain S Braito, Soeur Vojtecha Hasmandova, et tant d’autres».

Abordant les conditions nouvelles de la vie religieuse dans le pays, le pape a insisté pour que les consacrés «ne perdent pas leur âme», «vivent intensément la splendeur de l’amour», «restent toujours en communion avec les directives des autorités ecclésiastiques»: «Dans le nouveau climat de liberté qui se vit et les profondes transformations culturelles et des mentalités, la vie consacrée rencontre, sans doute plus qu’avant, des résistances et des difficultés qui peuvent êtres difficiles et démotivantes.» (apic/cip/jmg/be

APIC – INTERVIEW

L’Ambassadeur de Tchéquie au Vatican: Le Concordat avec le Vatican n’est pas une priorité

L’arme de l’esprit, pas l’arme économique

Hradec Kralové, 27 avril 1997 (APIC) Les relations entre l’Eglise et l’Etat en Tchéquie feront-elles l’objet d’un Concordat? Le correspondant d’APIC a interrogé Frantisek Halas, ambassadeur de la République tchèque près le Saint-Siège depuis 1990. L’Eglise attend une initiative de l’Etat, déclare-t-il, avant de préciser: «Pour notre part, nous hésitons plutôt sur ce dossier. Même s’il ne faut rien exclure, ce n’est pas l’affaire d’un futur immédiat.»

APIC : Qu’attend la République tchèque de cette troisième visite de Jean Paul II ?

Frantisek Halas: L’arme de l’esprit, pas l’arme économique ! Le président Havel, qui est un homme de culture, sait qu’il faut puiser dans les idées. Il a une grande perception de la puissance des faibles. Allons, pour être provoquant: que peuvent un saint d’il y a mille ans et un christianisme mourant ? Cette apparente faiblesse s’inscrit dans la vision du président Havel. Il entend utiliser la visite du Saint-Père pour renforcer l’idée d’un retour en Europe, même si pour beaucoup de Tchèques, nous n’en sommes jamais sortis.

APIC : Où en est-on dans les négociations entre l’Eglise et l’Etat à propos de la restitution des biens de l’Eglise confisqués par le passé par le pouvoir communiste ?

F.H: Nous en sommes au stade des projets et des propositions. La volonté de résoudre ces questions existe de part et d’autre, mais la question est très complexe. L’Eglise et le gouvernement tchèques sont d’accord sur un point: l’essentiel a été gagné par l’Eglise catholique avec la liberté de culte, d’enseignement et de missions dans ses différents domaines d’intervention. L’Eglise a également acquis une liberté dont elle ne jouissait pas avant l’arrivée des communistes, à savoir la possibilité de choisir ses évêques sans aucune interférence de l’Etat.

Mais ce qui reste sur le tapis des négociations est très complexe car le statut juridique des anciens biens de l’Eglise n’est pas uniforme. Les communistes ont embrouillé le droit. Certains biens, spoliés de fait, n’ont pas été confisqués sur papier. D’autres ont depuis changé de plusieurs fois de propriété. Pour ces derniers toute restitution est exclue. Nous cherchons donc à mettre au clair ce qui sera utile à l’Etat et à l’Eglise, et ce n’est pas facile. Je reçois des instructions de la part de mon gouvernement pour demander la patience du Vatican.

APIC: Où en est la négociation sur la propriété de la cathédrale Saint-Guy de Prague ?

F.H: Nous cherchons à présent une bonne formule politique qui permette de rendre la cathédrale au peuple qui l’a construite. Le slogan selon laquelle la cathédrale appartient davantage à la Nation qu’à l’Eglise n’est pas inexact. Et il n’est pas question d’exclure les Tchèques non croyants de ce bien car ils ont une grande sensibilité historique. A ce titre, le geste du cardinal Vlk, archevêque de Prague, de rendre la cathédrale à la nation est très sage.

Il nous faut à présent du temps pour trouver la bonne formule juridique pour en laisser la propriété à la Nation et l’usage religieux à l’Eglise. D’autre part, si ce bâtiment lui revenait en propriété, il faudrait des sommes énormes à l’Eglise catholique pour en assurer l’entretien.

APIC: Ces problèmes sont-ils à l’ordre du jour des discussions entre le président Havel et Jean Paul II ?

Le Saint-Père sait très bien que le Président Havel est d’une extrême bonne volonté sur l’ensemble de ces dossiers. Quant au Premier ministre Klaus, il s’est mis d’accord avec Jean Paul II lors d’une visite à Rome en janvier 1996. J’ai été le témoin direct à cette occasion d’un entretien peu formel qu’il a eu avec le Cardinal Sodano, Secrétaire d’Etat, où ce dernier a dit que la question du Concordat n’était pas indispensable en soi pour le Vatican.

Le Saint-Siège n’est pas enclin à prendre des initiatives en ce domaine. Pour parler de Concordat, il attend le premier pas de l’Etat. Pour notre part, nous hésitons plutôt sur ce dossier. Même s’il ne faut rien exclure, ce n’est pas l’affaire d’un futur immédiat. Propos recueillis par Jean-Marie Guénois (apic/jmg/be)

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