«L’Osservatore Romano» fait le point
Rome, 28 avril 1997 (APIC) Quelle attitude le député catholique doit-il adopter face aux «lois imparfaites» ? «L’Osservatore Romano» revient sur la question dans un article non signé qui paraîtra dans son édition du 29 avril et dans sa prochaine édition française.
Cet article, rédigé en français, est publié à l’occasion de la parution des actes d’un colloque organisé fin 1994 à Rome sur «Les catholiques et la société pluraliste. Le cas des lois imparfaites». La session a confronté des spécialistes du droit, de la morale et de la bioéthique avec une équipe pluridisciplinaire composée de théologiens, d’experts en philosophie sociale et en histoire des institutions et des «observateurs compétents de la situation morale dans le monde actuel». Son originalité, selon le journal, est qu’il était centré sur la responsabilité du législateur catholique qui, dans une société pluraliste, se trouve «associé à la préparation et au vote de lois qui ne correspondent pas totalement aux exigences de la morale chrétienne».
«L’Osservatore Romano» commence par exposer le plan «tout à fait logique» selon lequel cette «délicate question» a été étudiée: d’abord, l’avènement de la société pluraliste et les enjeux qu’elle présente; puis les leçons de l’histoire (Ancien et Nouveau Testament, Patristique); enfin, les directives concrètes qui peuvent être adressées aux laïcs chrétiens engagés dans de telles situations. La réflexion se voulant aussi «tout à fait concrète», les spécialistes ont cerné «divers aspects qui se posent actuellement à propos de l’avortement et, plus spécialement, des lois qui cherchent seulement à restreindre la période légale au cours de laquelle il est autorisé par la loi d’y recourir».
Matière à discussion
«L’Osservatore Romano» observe que dans plusieurs parlements des députés «se font les champions des solutions extrêmes» (libéralisation totale de l’avortement ou au contraire interdiction absolue), tandis que d’autres «tentent d’apaiser les esprits en favorisant une solution de compromis». Un député catholique peut-il se laisser entraîner sur cette «voie moyenne» ? Si la réponse «ne fait pas de doute dans une société fondée sur une confession chrétienne» (comme le furent encore celles héritées des traités de Westphalie), le quotidien du Vatican ajoute que la société pluraliste comprend «certains aspects nouveaux de la question dont il peut être légitime de tenir compte», comme le relève Jean-Paul II dans l’encyclique «Evangelium Vitae».
«L’Osservatore Romano» souligne ici que la fonction de l’Etat a changé dans la société pluraliste: «Tous ceux qui vivent dans une société confessionnelle partagent une même croyance; ils confient donc à l’autorité le soin de la sauvegarder en veillant au respect de certains points qui leur paraissent essentiels, comme par exemple la condamnation de l’avortement. La fonction de l’Etat est autre dans la société pluraliste puisque ses défenseurs attendent de lui qu’il permette la coexistence de croyances diverses. La société pluraliste est fondée sur le principe que le devoir de l’Etat est de créer les conditions qui permettent à chacun de chercher la vérité et d’y conformer sa vie.
A l’inverse de la société confessionnelle chrétienne dont les membres rejettent l’idée de la légalisation de l’avortement, cette question devient matière à discussion dans la société pluraliste; les uns veulent en effet obtenir la légitimation de cette pratique par la législation et d’autres l’empêcher.»
L’attitude du député catholique
L’auteur enchaîne: «L’attitude que devra prendre le député catholique au cours des débats parlementaires sur le sujet est claire s’il s’agit d’introduire le droit à l’avortement dans la législation ou au contraire de revenir sur cette concession; mais un doute peut subsister dans son esprit lorsque, par exemple, dans un pays qui a autorisé le recours à l’avortement sans aucune limite, il s’agit d’approuver une loi qui certes le restreint mais l’autorise encore sous certaines conditions.
En effet, ou bien le député catholique soutient la mesure partiellement restrictive qui sauve des vies humaines mais prend le risque d’apparaître comme favorable à l’avortement, ou bien il refuse de voter en faveur de la proposition partiellement permissive, mais alors certains le regarderont comme responsable de la mort d’innocents que les restrictions de la nouvelle loi auraient permis de sauver. On lui reprochera également la diffusion d’une insensibilité morale dans la partie de la population la moins formée chrétiennement du fait que son abstention aura permis de maintenir en vigueur une loi totalement permissive.»
«L’Osservatore Romano» relève que la situation présentée à propos de l’avortement «se retrouve chaque fois que les objectifs poursuivis par la société civile ne sont pas en plein accord avec les exigences de la morale chrétienne». Par exemple pour le paiement des impôts dont une partie est consacrée à «des activités que réprouve l’Eglise, comme la propagande anti-familiale, la course aux armements, la répression de droits sociaux ou de la liberté religieuse».
Le quotidien du Vatican conclut: «De telles questions sont devenues plus que jamais d’actualité dans la société pluraliste et, de la réponse qui leur sera apportée, dépendra le degré de participation des chrétiens à ses activités». (apic/cip/bol/pr)
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