Un test pour la réconciliation

Bosnie: Le pape Jean-Paul II samedi à Sarajevo

Rome/Sarajevo, 11 avril 1997 (APIC) La visite pastorale à haut risque du pape Jean-Paul II ce week-end à Sarajevo est considéré par l’Eglise catholique comme un véritable test pour la réconciliation entre les diverses nationalités peuplant la Bosnie-Herzégovine. Dans cette ville symbole qu’il visitera les 12 et 13 avril, le pape entend lancer un double appel : solidarité avec tous ceux qui ont souffert de ce conflit; espoir dans la reconstruction et la convivialité multi-religieuse et multi-ethnique.

L’intérêt pour ce voyage, souvent annoncé et reporté en dernière minute en septembre 1994 pour des raisons de sécurité, est très grand: un bon millier de journalistes se sont fait accréditer pour assister à cet événement dans la capitale bosniaque, annonce le Ministère bosniaque des Affaires étrangères à Sarajevo. Le pape sera accueilli samedi par deux des trois membres de la Présidence collégiale: le président de la Présidence, le musulman Alija Izetbegovic, et le président de la Fédération croato-musulmane, le Croate Kresimir Zubac. Le Serbe Momcilo Krajisnik s’est fait excuser pour des raisons de sécurité, mais il rencontrera le pape dimanche, de même que les deux autres membres de la Présidence collégiale. D’après le bureau de la présidence, aucun hymne national ne sera joué lors de l’arrivée du pape, Zubac et Krajisnik l’ayant refusé. De même aucune garde d’honneur n’accueillera le pape, selon les officiels de Sarajevo.

On craint également de part et d’autre que le grand rassemblement au stade de Kosevo ne se transforme en manifestation nationaliste; des affiches annonçant la visite du pape ont déjà été arrachées, parce qu’elles présentaient des symboles croates. Le pape devrait mettre toute son énergie et sa diplomatie en œuvre pour éviter que des manœuvres de milieux nationalistes jettent une ombre sur son message de réconciliation et de convivialité entre les diverses communautés religieuses et ethniques.

D’ailleurs différents gestes symboliques ont été prévus pour éviter de blesser les communautés non catholiques. L’esprit dans lequel Jean Paul II entreprend cette visite à haut risque est celui d’une solidarité avec la Bosnie tout entière; pour bien marquer cette volonté, le pape remettra dimanche le Prix International de la Paix Jean XXIII doté de 50’000 dollars à quatre organisations humanitaires présentes sur le terrain pendant la guerre: l’œuvre d’entraide catholique «Caritas», musulmane «Merhamet», orthodoxe serbe «Drobotvor» et juive «Benvolencjia»

Une paix au goût amer

Si l’Eglise catholique n’a pu que se réjouir de la fin du conflit en Bosnie-Herzégovine, elle reste toutefois insatisfaite sur deux points principaux: les accords de Dayton ont consacré le fait accompli de la politique de purification ethnique; les catholiques se trouvent aujourd’hui marginalisés et réduits à l’état de peau de chagrin dans les régions sous souveraineté serbe et subissent aussi des pressions dans les zones dominées par les musulmans; ces derniers sont à leur tour victimes des extrémistes et des nationalistes croates là où ils tiennent le haut du pavé, en particulier à Mostar.

Dans ce contexte, et dans les conditions toujours difficiles de la vie à Sarajevo, on ne s’attend pas à voir des foules nombreuses lors du déplacement du pape, bien que l’on attende tout de même 60’000 fidèles dimanche pour la messe dans le célèbre stade de Kosevo. La sécurité des foules sera assurée dans la ville, mais elle sera moins évidente pour les groupes qui souhaiteraient venir de loin. On considère par exemple qu’un seul bus venant de Banja Luka ou de Mostar serait déjà un succès. La «Republika Srpska», qui a promis par la voix de sa présidente Biljana Plavsic que les catholiques vivant sur son territoire (essentiellement d’origine croate) pourront rentrer chez eux après être allés voir le pape, devront tout de même s’acquitter d’un «droit de douane» de 70 marks allemands, payable en devise

Non aux exigences des «nationalistes déchaînés»

Le parlementaire européen Karl Habsbourg, président du mouvement paneuropéen d’Autriche, est intervenu auprèès du Parlement européen pour exiger l’abandon de cette taxe qui est contraire à la libre circulation de tous les citoyens sur tout le territoire de la Bosnie-Herzégovine prévue dans les accords de paix. Il a qualifié de violation manifeste du droit à la liberté religieuse le fait que des «nationalistes déchaînés aient l’intention d’abuser de la situation pour faire du Saint-Père une source d’impôt».

La présence du pape et ce qu’il représente à Sarajevo constituent d’ores et déjà un succès d’organisation et de dialogue entre des communautés encore en conflit ouvert il y a peu. En ce sens, cette visite est considérée comme un test de réconciliation. Parmi les personnes présentes dans la cathédrale figureront des femmes qui furent violées pendant la guerre. Cette situation a valu à plusieurs d’entre elles, notamment chez les musulmanes, d’être exclues de leur communauté. Pour ne pas alourdir un souvenir aussi cruel, les organisateurs du voyage ont préféré ne pas constituer de groupe repérable de ces prsonnes. (apic/cip/imedia/kna/kap/be)

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