L’esprit dans lequel le pape effectue sa visite ne peut être interprété comme un alignement de l’Eglise catholique contre ou du côté de tel ou tel parti, catholiques croates, musulmans bosniaques ou orthodoxes serbes: c’est un soutien à la Bosnie en tant que telle. Un des gestes les plus symboliques dans ce sens sera sans doute dimanche après-midi la remise du Prix international de la Paix Jean XXIII à quatre organisations humanitaires présentes sur le terrain durant les années de guerre: la Caritas catholique, la Merhamet musulmane, la Dobrotvor orthodoxe serbe et la Benvolencjia juive.

La visite de Jean Paul II à Sarajevo le week-end prochain est sans aucun doute un des voyages auquel le pape tient le plus. Depuis le début de la guerre en 1992, le pape n’a cessé de multiplier les appels à la paix et à la coexistence pacifique et d’expri

En plus d’une somme de 50’000 dollars, chaque organisation recevra un diplôme reconnaissant l’œuvre d’assistance et de promotion humaine accomplie. Le pape veut ainsi mettre en évidence l’apport des religions au secours des populations bosniaques durant la guerre.

La Fondation du Prix international de la Paix Jean XXIII est constituée par le patrimoine du Prix Balzan décerné en 1963 au pape Jean XXIII. Elle a été instituée – les quatre mots clé de l’encyclique de Jean XXIII.

Des bâtisseurs déjà à l’œuvre

Car si le pape va trouver des ruines, des bâtisseurs sont déjà à l’œuvre. Par exemple, les Instituts religieux de formation de Bosnie. Symbole de la reconstruction religieuse du pays, les franciscains de Bosnie ont rouvert avant Pâques leur faculté de théologie de Nedzarici, près de Sarajevo, saccagée en juin 1992 par les milices serbo-bosniaques et complètement dévastée pendant les mois de siège de la capitale. , se réjouit le P. Ivan Bubalo, son doyen. La reconstruction de la faculté de Nedzarici a commencé en mars 1996. La communauté religieuse comprend actuellement 15 frères et 80 étudiants.

Ne pas > le nettoyage ethnique

Le silence des armes ne signifie pas encore la paix civile en Bosnie. Des points fondamentaux des accords de Dayton ne sont pas réalisés. La libre circulation des personnes dans tout le territoire, le retour des réfugiés dans leur localité d’origine, l’administration commune des municipalités sont encore des utopies. L’arrestation et la condamnation des criminels de guerre s’avère particulièrement difficile. De fait l’Eglise catholique du pays a dénoncé les Accords de Dayton et les élections locales de l’automne dernier parce qu’à ses yeux ce processus > la purification ethnique et renforce le pouvoir de personnes et de groupes qui ne sont pas prêts au rapprochement et à la réconciliation.

La présence de Jean Paul II se veut bien sûr aussi un encouragement direct à la communauté catholique de Bosnie. Sur les 850’000 catholiques présents dans le pays avant la guerre 450’000 ont été déportés ou ont fui. Même si le retour des réfugiés devient une réalité dans les prochaines années. l’Eglise catholique ne retrouvera certainement pas la place qui était la sienne avant la guerre. Les récents attentats contre des églises ou des institutions catholiques de la capitale bosniaque sont là pour rappeler que les haines ne sont pas éteintes. Mais pour Mgr Pero Sudar,. évêque auxiliaire de Sarajevo, les gens qui participeront à la grand-messe au stade de Sarajevo veulent faire l’expérience d’une communauté qui ne se base pas sur des slogans nationalistes, mais sur la réconciliation. Ils n’hésiteront pas à faire des déplacements difficiles ni à payer des > exigés pour traverser les régions Serbes.

Des attentes convergentes ?

Côté musulman la plupart sont heureux de cette visite du pape et beaucoup probablement feront aussi le déplacement de Sarajevo. Des délégations de villages feront le voyage en groupe avec leur maire. A l’instar des catholiques ils espèrent que la présence et les encouragements du pape permettront des progrès vers une paix qui soit plus qu’un cessez-le-feu.

Il ne faut pas oublier non plus l’aspect œcuménique de la visite de Jean Paul II qui entend bien lancer un signal aux orthodoxes serbes. Si les responsables religieux tant catholiques qu’orthodoxes ont toujours rappelé que le conflit en ex-Yougoslavie n’était pas une guerre de religion, force est de constater que les dérives nationalistes ont contaminé nombre de membres du clergé. La pratique quasi-systématique de la destruction des églises catholiques dans les zones occupées par les Serbes a laissé de profondes blessures. A Sarajevo, le pape cherchera sans doute à prononcer des paroles de rapprochement, même si une visite à Belgrade que Jean Paul II souhaite n’est pas actuellement à l’ordre du jour, du fait de l’opposition de certains évêques serbes.

Quant aux autorités politiques, elles attendent un signal clair permettant à la fois d’affirmer l’existence de la Bosnie-Herzégovine en tant qu’entité unie et d’amener la communauté internationale à augmenter son aide à la reconstruction. Les mesures de sécurité renforcées ont permis paradoxalement un rapprochement puisque les forces de police des trois groupes ethniques ont été contraintes de collaborer et de restaurer une certaine confiance.

Un voyage plusieurs fois reporté

Dès 1993, le cardinal Puljic invite le pape à se rendre à Sarajevo. Le 7 mars 1994 , Jean Paul II confirme son désir de se rendre à Zagreb, Sarajevo et Belgrade. Dès le 25 mars, à la suite d’un déjeuner avec le pape, l’archevêque de Sarajevo confirme que les préparatifs du voyage se poursuivent (il était même prévu pour la mi-juin). Mais Jean Paul II se casse alors le col du fémur fin avril et sa convalescence rend la visite impossible.

En juin le président bosniaque Izetbegovic est reçu en audience par le pape. Le 10 juin, la salle de presse du Vatican annonce publiquement le désir du pape de se rendre en Bosnie. En août arrive la confirmation du voyage à Zagreb (mais pas à Belgrade), et peut-être à Sarajevo. La nouvelle officielle tombe le 17 août: Jean Paul II ira à Sarajevo le 8 septembre et les 10 et 11 à Zagreb. Le suspense dure jusqu’au 6 septembre où un communiqué officiel annonce le renvoi pour des raisons de sécurité personnelle du pape et de la population de la capitale bosniaque.

L’espoir d’une visite persiste cependant encore quelques temps puisqu’on annonce de diverses sources des possibilités de visite à fin septembre puis encore en octobre.

Durant toute l’année 1995, le pape lui-même et le Vatican reviennent à plusieurs reprises sur son désir de se rendre à Sarajevo. On parle alors d’un voyage à Noël 1995 puis au printemps 1996. Finalement une année 1996 chargée et les ennuis de santé de Jean Paul II repousseront ce voyage jusqu’en 1997. (apic/cip/imed/mp)

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