Mgr Morerod dément avoir voulu détruire des dossiers d’abus

Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), est accusé dans une lettre adressée à Mgr Joseph Bonnemain, évêque de Coire, d’avoir brûlé des documents dénonçant des abus sexuels. Mgr Morerod dément la chose, expliquant s’être uniquement débarrassé du courrier confidentiel adressé à son prédécesseur, Mgr Bernard Genoud, sans en connaître le contenu. Courrier qu’il ne pouvait légalement pas ouvrir.

«Une tempête dans un verre d’eau». C’est ainsi que Mgr Morerod décrit à cath.ch la polémique venant de surgir au sujet d’une prétendue destruction de dossiers sensibles à l’évêché de LGF, destruction qu’il n’a du reste jamais cachée. L’affaire vient d’une lettre récemment adressée par une femme (A-L.V.) à Mgr Bonnemain, en sa qualité de directeur de l’enquête préliminaire canonique lancée par le Vatican contre des membres de la Conférence des évêques suisses (CES).

Accusations de dissimulation

La procédure, dont l’existence a été révélée par le Sonntagsblick en septembre dernier, a été déclenchée suite à la dénonciation de l’abbé Nicolas Betticher, officiant dans le canton de Berne. Le prêtre a transmis à Rome de présumés cas de dissimulation d’abus sexuels visant Mgr Morerod, Mgr Alain de Raemy, évêque auxiliaire de LGF, et Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion. Mgr Jean Scarcella, Père-Abbé de St-Maurice, a été, lui, dénoncé pour un cas présumé de harcèlement sexuel. Il a quitté ses fonctions en septembre dernier.

Mgr Morerod et Mgr de Raemy sont a priori concernés par «l’affaire Frochaux». L’abbé Paul Frochaux, ancien curé de la cathédrale de Fribourg, avait avoué, en 2020, un abus sexuel sur une personne mineure commis en 1998. Mgr Morerod avait alors été accusé d’avoir eu connaissance de ce fait et de l’avoir passé sous silence. Deux enquêtes, dont l’une indépendante, avaient conclu en juillet 2020 que l’évêque n’était pas au courant de la gravité des faits.

Des documents sensibles mis au feu?

La destruction de documents sensibles vient donc s’ajouter aux accusations de dissimulation visant l’évêque. Dans sa lettre, A.-L.V. relève un entretien qu’elle a eu avec Mgr Morerod le 18 novembre 2015. La femme était venue proposer des services thérapeutiques destinés aux prêtres du diocèse. Mgr Morerod n’y a pas donné suite. Mais A.-L.V affirme dans sa lettre: «Dans la discussion, Mgr Morerod m’avoue avoir brûlé un carton rempli de dénonciations, sous prétexte qu’elles étaient adressées à Mgr Genoud et que cela ne le concernait pas.» La lettre de la thérapeute a été envoyée à Mgr Bonnemain en tant que directeur de l’enquête canonique, ainsi qu’à plusieurs médias. Le portail alémanique kath.ch a notamment relayé son contenu le 10 novembre 2023.

Mgr Morerod avait certifié dans le quotidien La Liberté du 14 septembre qu’il n’y avait pas eu de destruction de dossiers dans l’évêché de LGF au cours des 20 dernières années. Ce serait donc pour dénoncer ce «mensonge» qu’A.-L.V. aurait décidé de rendre la chose publique.

Pas de révélation

Interrogé par cath.ch, Mgr Morerod dément cependant catégoriquement avoir prononcé la phrase reportée par A.-L.V. La femme aurait mal interprété ses paroles. L’évêque lui aurait simplement raconté avoir brûlé deux cartons contenant des lettres adressées à Mgr Bernard Genoud, évêque de LGF de 1999 à 2010.

«A.-L.V. ajoute dans cette lettre (si cette lettre est la même que celle qu’un journaliste m’a récemment fait suivre, relève Mgr Morerod) que je lui aurais dit qu’un prêtre (c’est faux, car c’était un laïc) m’avait demandé si je n’avais pas pensé que ces lettres pouvaient contenir de l’argent: la question vient précisément de l’ignorance du contenu». L’évêque assure qu’il n’y a, en rapport à cela, aucune révélation et qu’il parle ouvertement de cette action depuis des années. «Ce n’est pas un scoop!» lance-t-il. Il en aurait même fait part à un parterre de journalistes dans le cadre de «l’affaire Frochaux» ainsi qu’à des victimes. Le dominicain affirme avoir ordonné la mise au feu des cartons sans même avoir ouvert les lettres.

Mgr Morerod a agi dans le respect de la loi

Mais aurait-il dû le faire afin de vérifier que certaines ne contenaient pas des dénonciations d’abus sexuels? Les cartons détruits contenaient du courrier estampillé «confidentiel». «Mgr Morerod aurait ainsi été dans l’illégalité s’il avait ouvert le courrier», note Laure-Christine Grandjean. Elle mentionne ainsi l’article 179 du Code pénal, qui stipule: «Est puni quiconque qui, sans en avoir le droit, ouvre un pli ou colis fermé pour prendre connaissance de son contenu». Un principe qui se retrouve dans la Constitution suisse (art. 13). La seule personne qui a le droit d’ouvrir un courrier fermé est celle à qui le courrier est adressé. «Il ressort aussi des dispositions légales qu’un courrier non ouvert adressé à un défunt ne peut pas être archivé», précise la porte-parole. Des éléments confirmés au diocèse par un avocat. (cath.ch/arch/kath/rz)

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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