APIC-Invité

Dom Helder Camara, ancien archevêque d’Olinda Recife, au Brésil, est une des figures les plus marquantes de l’Eglise sud-américaine. Il est l’un des précurseurs de la théologie de la libération. Son engagement pour les pauvres en fait une figure hautement symbolique de l’épiscopat latino-américain. Retraité depuis 1985, âgé aujourd’hui de 88 ans, Dom Helder Camara n’en continue pas moins la lutte. Pour les agences catholiques KNA et APIC il s’exprime sur le sens de Pâques aujourd’hui.

Que signifie Pâques aujourd’hui ?

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Dom Helder Camara

Recife, 28 mars 1997 (APIC) >

Oui, la pauvreté peut et doit parfois être acceptée de bon cœur comme un don et même être offerte spontanément au Père. Mais pas la misère ! Elle provoque la révolte, elle humilie. Elle blesse l’image de Dieu que représente chaque homme. Elle blesse le droit et le devoir de l’être humain à la plénitude intégrale. Préparer Pâques signifie donc protéger contre la pauvreté honteuse et empêcher qu’elle ne conduise à la misère, à l’exclusion et à la solitude absolues.

Combien sont grands aujourd’hui les changements structurels en Amérique latine et sur les autres continents. Parmi ces changements profonds, le pouvoir de l’unique modèle néo-libéral a pris le premier rang. Ce modèle représente-t-il vraiment un nouvel ordre politique international ou ne s’agit-il pas de l’ancien désordre avec de nouveaux alliés ? Combien il serait beau qu’à côté de la grande euphorie apportée par la possibilité de voir l’économie de marché réaliser le rêve d’une société de consommation hédoniste, on puisse voir émerger un bienfait plus grand que le dépassement des disputes idéologiques : la tolérance envers les minorités, la fin de la xénophobie, l’attention aux plus faibles, un juste partage des richesses, la défense de la vie sans condition. Combien un troisième millénaire sans misère serait pascal !

Le présent ne garantit cependant pas cet avenir attendu. Pendant que la `sage’ Europe et que le peuple nord- américain pragmatique cherchent déjà de toute urgence des moyens de guérir les graves maux de l’économie de marché, les oligarchies de notre continent plongent corps et âmes dans ce credo, comme de nouveaux convertis. Un credo qui prétend être la seule idée, la seule solution, le nouveau dogme. Il s’agit de la même autosatisfaction que Jésus a démystifié et pour laquelle il a payé le prix de la condamnation à mort sur la croix. Aujourd’hui ce credo peut conduire des millions de frères et de sœurs à être exclus des biens de la terre. Cela signifie l’anti-Pâques, la crucifixion qui justement n’engendre pas la résurrection. […]

Je souhaite que notre Eglise bien aimée, sans avoir l’ambition de régner sur le cours des événements, devienne beaucoup plus servante des hommes et des femmes et les soutienne dans leurs efforts de libération. Elle doit montrer à l’homme que cette libération qui commence dans le temps ne peut trouver sa conclusion qu’à la fin des temps. Le vrai commencement. Nous serions reconnaissants à la veille Europe, avec son expérience millénaire, de venir aujourd’hui en aide en priorité aux victimes de la peur de la solitude de l’illusion.

Ce qui a valu toute la vie pour un humble serviteur de l’Evangile doit rester valable aujourd’hui, à savoir que les mots d’espoir se trouvent à la fin. Il y a encore des milliers de raisons de vivre, de continuer le travail et la lutte pour la construction du royaume de Dieu. Il reste encore beaucoup de temps pour créer les conditions de la Pâques attendue. Laissez moi croire avec saint Paul que l’histoire est > de Dieu et

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