Haïti : Assassinat d’un religieux canadien
Rome, 2 décembre 1998 (APIC) Bernardin Hudon, 62 ans, religieux canadien des Frères des Écoles chrétiennes de Ploërmel, a été tué à coups de machette dans la nuit du 27 au 28 novembre à son domicile de La Vallée, dans le diocèse de Jacmel, en Haïti.
Selon l’agence missionnaire du Vatican Fides qui donne la nouvelle mercredi, l’assassin se serait caché dans le bâtiment, car on n’a retrouvé aucun signe d’effraction. Il aurait attaqué le religieux vers 23h alors que celui-ci, seul dans le bâtiment de sa congrégation, dormait déjà. Il aurait été frappé à la tête et au thorax. On ignore le mobile du crime, car rien ne semble avoir été volé. « La seule et douloureuse certitude, c’est qu’un nouveau nom s’ajoute au martyrologe contemporain de l’Eglise », écrit mercredi » L’Osservatore Romano « .
Le Frère Hudon enseignait à l’école locale gérée par les Frères des Écoles chrétiennes, un institut voué à l’éducation des jeunes et qui compte en Haïti 12 communautés et 58 membres.
En 1997, 68 membres de l’Eglise catholique (prêtres, religieux, religieuses et séminaristes) ont été assassinés en Haïti, et déjà une quinzaine en 1998.
Mgr Miot : Haïti un pays à la dérive
« Il faut dire la vérité sur la gravité de la situation », déclarait il y a une semaine au journal » La Croix » Mgr Serge Miot, archevêque coadjuteur de Port-au-Prince, de passage à Paris. Nommé il y a un an pour remplacer Mgr François Wolff Ligondé, écarté en raison de ses positions politiques, Mgr Miot décrivait une situation « totalement bloquée » : Haïti n’a plus de Premier ministre depuis 16 mois, le conseil électoral, qui devait organiser les élections, n’a pas été nommé, et » le Parlement, issu d’élections manipulées, n’a quasiment voté aucune loi « .
L’archevêque est en lien avec une « Initiative patriotique de la société civile » récemment constituée, qui regroupe un certain nombre de pasteurs protestants, mais pas d’hommes politiques, et il souhaite que des catholiques la rejoignent. » Mais après trente ans de duvaliérisme, la démocratie est encore balbutiante. Et certains ont intérêt à laisser pourrir la situation « , déplore-t-il
Le 3 août dernier, le pays avait déjà été secoué par l’assassinat du Père Jean-Pierre Louis, un proche de Mgr Miot, qui « dérangeait le pouvoir en place », dit-il. La population a manifesté à plusieurs reprises et continue de demander justice.
En attendant, le chômage atteint 70 % de la population et les sectes prolifèrent : près du grand séminaire de Port-au-Prince, on ne dénombre pas moins de 32 temples. Dans beaucoup de bidonvilles, il n’y a plus aucune présence catholique, si bien que les catholiques rejoignent les temples. Pour Mgr Miot, la priorité est de former les laïcs, mais aussi de créer des paroisses dans les bidonvilles de la capitale.
« Il nous faut trouver de nouvelles formules, a confié l’archevêque à ’’La Croix’’. Les communautés ecclésiales de base (les ’’TKL’’) sont une forme de réponse. Elles ont redémarré dans presque tous les diocèses, souvent en changeant de nom – on les appelle désormais ’’petites fraternités ecclésiales’’ -, mais c’est le même dynamisme. Le gouvernement a profité du coup d’Etat pour les disperser, croyant que c’était des lieux politiques. Mais les évêques les encouragent. C’est notre principale réponse à la multiplication des sectes. » (apic/cip/imed/cx/mp)
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