Et si le Christ revenait de jour?

Il y a une statistique qui ne manque pas de me faire réfléchir chaque fois que je la lis. Dans presque tous les cas: plus un pays est riche, plus la pratique religieuse et la foi y diminuent.

Évidemment, une explication pourrait surgir rapidement pour rendre compte de ce phénomène. Mammon, la divinité de l’argent détournerait les hommes du culte du vrai Dieu comme l’Évangile le souligne clairement (Lc 16, 1-13). Cela n’est évidemment pas faux et on souligne aujourd’hui moins qu’hier les dangers, pour la vie spirituelle, de la recherche effrénée de l’enrichissement individuel.

Cependant, si on regarde dans les détails, l’enrichissement dont il est question dans les statistiques mentionnées au début concerne aussi l’accès à la santé et à l’éducation. Bref, plus les conditions de vie d’une population sont bonnes, plus cette dernière semble vouloir se passer de Dieu. Ces chiffres mériteraient d’être détaillés et approfondis. Il faudrait aussi voir comment cette richesse acquise par certains l’est au détriment des autres. Par ailleurs, ces données concernent toutes les religions du monde et pas seulement le christianisme. Mais elles ne doivent toutefois pas manquer de nous interpeller.

Savons-nous évangéliser le bonheur? Savons-nous regarder les situations où, objectivement, les choses vont bien comme des manifestations de la présence de Dieu dans la vie de personnes que nous rencontrons? «Vous allez bien aujourd’hui et vous avez tout ce que vous voulez?… mais vous reviendrez me voir quand un drame aura surgi dans votre vie et vous vous rendrez compte alors que vous avez besoin de Dieu!».

«Sachons évangéliser tous les moments de notre vie et celle des autres,  les mauvais comme les bons»

Voilà le sinistre credo qui habite certains pseudo-évangélisateurs aigris. Ces derniers n’annoncent pas une bonne nouvelle mais souhaiteraient, au fond, entraîner les autres dans le même mal-être qu’ils traînent eux-mêmes. Imperméables aux joies de cette terre, ces sinistres prophètes n’attendent qu’un hypothétique bonheur dans l’au-delà.

Hypothétique car Dieu ne promet sa joie qu’à ceux qui attendent de Lui le centuple dans la vie éternelle mais se laissent rejoindre par ce qu’Il offre dès ici-bas comme un avant-goût du Royaume. Dieu promet le bonheur aux pauvres de cœur, pas à ceux qui se complaisent dans une insensibilité à toutes joies. Bien sûr, il ne faudrait pas tomber dans les écueils de ce qu’on appelle les «théologies de la prospérité» qui lient opulence matérielle et élection divine. Mais sans sombrer dans ce travers, quel discours proposé à des sociétés qui vont globalement bien?

Le Christ nous invite à la vigilance dans les Évangiles. Vigilance à éviter que nos cœurs ne s’appesantissent dans la débauche (Lc 21, 34-35) et l’attachement immodéré à ce monde (Lc 21, 5-11). Mais vigilance aussi à garder le cœur et les sens suffisamment en éveil pour savoir reconnaître Celui qui seul est le Bon et qui vient à nos rencontres à travers ce que nous recevons en cette vie.

Il nous faut veiller de jour et de nuit. De nuit, quand l’épreuve nous assaille… Mais aussi de jour, c’est-à-dire quand «tout va bien» pour apprendre à y voir Celui qui est la source de tout bien. Sachons évangéliser tous les moments de notre vie et celle des autres,  les mauvais comme les bons. Le Christ viendra à l’heure où nous n’y penserons pas… Et si c’était de jour, quand tout va bien?

Jacques-Benoît Rauscher

6 décembre 2023

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