Le premier du genre signé au Canada depuis 100 ans

Canada: Plus de 180 responsables religieux apportent leur soutien à un traité controversé

Vancouver, 9 décembre 1998 (APIC) Plus de 180 chefs religieux de la province canadienne de la Colombie-Britannique – entre autres catholiques, baptistes, unitariens, sikhs, zoroastriens, adventistes du septième jour, musulmans et bouddhistes – viennent d’apporter leur soutien à un traité signé cet été. Ils donnent ainsi leur aval au règlement controversé des revendications territoriales du peuple Nisga’a dans le nord de la province.

Le traité, premier de son genre au Canada depuis 100 ans, a été signé en août par les chefs du peuple Nisga’a et les gouvernements de la Colombie-Britannique et du Canada. Il donne aux Nisga’a, qui sont au nombre de 5’500, quelque 2’000 kilomètres carrés de leurs terres ancestrales dans la vallée écartée et en grande partie inexploitée de la Nass, ainsi que le pouvoir de gouverner la région. L’entente comprend également des droits de pêche commerciale et des indemnisations en espèces et autres totalisant plus de 500 millions de dollars canadiens (300 millions de dollars EU).

En contrepartie, les Nisga’a renoncent à 90% de leur territoire traditionnel, ainsi qu’à leur exonération d’impôt et à d’autres protections que leur accordait la Loi fédérale sur les Indiens.

Le traité prévoit par ailleurs que les Nisga’a et le gouvernement provincial géreront conjointement une vaste réserve naturelle sur les terres de la Couronne, la Réserve naturelle de la Nass, dont la superficie est cinq fois environ celle des terres des Nisga’a.

Au début de novembre, 1’451 des 2’376 Nisga’a qui avaient le droit de voter ont accepté les conditions du traité. Le 30 novembre, le traité a été présenté à l’assemblée législative de la Colombie-Britannique, qui en délibérera pendant plusieurs semaines avant un vote libre (sans considération des appartenances politiques), au début de l’année prochaine.

Division libérale

Le traité devra ensuite être approuvé par la Chambre des communes du Canada, ce qui ne devrait pas poser de problème, car il est appuyé par le Parti libéral, qui est actuellement au pouvoir à Ottawa. Ironie du sort, au niveau provincial, le Parti libéral, qui est le parti officiel de l’opposition en Colombie-Britannique, s’oppose au traité. Son chef, Gordon Campbell, a porté l’affaire devant les tribunaux pour essayer d’imposer un référendum au sujet du processus, qu’il juge anticonstitutionnel. Il avance que le traité créerait un troisième palier de gouvernement.

Glen Clark, chef du Nouveau Parti démocratique et premier ministre de Colombie-Britannique, rejette l’argument et fait valoir qu’un référendum serait injuste, car il permettrait à la majorité de décider des droits d’une minorité. On ne sait pas encore quand le tribunal examinera la question et rendra son jugement.

Harlene Walker, pasteure et présidente de la Conférence de Colombie-Britannique de l’Eglise unie du Canada, la plus grande Eglise protestante du Canada, a indiqué que les Eglises ont commencé à appuyer le traité lors d’un grand rassemblement des chefs spirituels de la province, organisé par le premier ministre Clark, il y a 18 mois. D’autres réunions de ces chefs spirituels ont abouti à la rédaction d’un communiqué affirmant en principe le bien-fondé des revendications territoriales des Nisga’a. Ce document fut ensuite signé par les dirigeants religieux.

Rendre justice aux autochtones

Mgr Adam Joseph Exner, archevêque catholique de Vancouver, a pour sa part expliqué les raisons de son soutien: « J’ai appuyé le communiqué des chefs spirituels. Il est important de comprendre que, dans la majeure partie du Canada, les droits territoriaux des autochtones ont été éteints par des traités. Cela n’a pas été le cas en Colombie-Britannique où, dans l’ensemble, il n’y a pas eu de traités. La Cour suprême du Canada a récemment jugé que les droits ancestraux n’avaient pas été éteints. Les revendications territoriales constituent donc une affaire encore en suspens en Colombie-Britannique. »

« Je suis certainement d’avis qu’il faut avancer sur le chemin du dialogue, de la négociation et de la réconciliation, a déclaré l’archevêque. C’est pourquoi je suis en principe partisan de la négociation de traités. Si nous ne négocions pas de bonne foi, nous devrons faire face à des litiges et, bien qu’on puisse aboutir à la justice par le biais des tribunaux, ce n’est pas cela qui amènera la réconciliation… Voilà pourquoi j’appuie la négociation d’un traité pour rendre la justice aux autochtones de Colombie-Britannique. Je n’irai pas prétendre que ce traité est parfait. Mais on y est arrivé par la voie démocratique de la négociation, que les autochtones considèrent juste. A cet égard, je pense qu’il faut appuyer le traité ».

Le 30 novembre, Victoria, capitale de la Colombie-Britannique, a vu se reproduire un événement historique survenu il y a 111 ans: en 1887, les chefs Nisga’a d’alors partirent de leur territoire du nord dans trois pirogues et pagayèrent pendant un mois pour franchir plus de 1’000 kilomètres qui les séparaient de Victoria. Le Premier ministre de l’époque, William Smithe, les renvoya.

Le voyage a été répété cette année, mais, cette fois, les pirogues l’ont terminé dans le port intérieur de la ville, en face des édifices du parlement provincial. Une délégation de plus de 100 Nisga’a en costumes traditionnels, menée par le chef Joe Gosnell, s’est approchée des marches du parlement et fut accueillie « en grande cérémonie » par le Premier ministre Clark. (apic/eni/pr)

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