Une commission sera-t-elle suffisante pour éviter l’hémorragie ?

Harare: Les Eglises orthodoxes menacent de quitter le COE

Harare, 14 décembre 1998 (APIC) Les Eglises orthodoxes se retireront-elles du Conseil œcuménique des Eglises (COE) ? Déjà l’Eglise géorgienne s’est retirée l’an dernier et celle de Bulgarie vient d’envoyer sa lettre de démission. Le COE met toute son énergie pour éviter une telle cassure jugée catastrophique pour l’œcuménisme. Pour empêcher un départ massif, les délégués de la Huitième Assemblée réunie depuis le 3 décembre à Harare au Zimbabwe, ont accepté samedi la création d’une commission spéciale chargée d’étudier précisément les relations entre orthodoxes et COE.

Les griefs des orthodoxes de datent pas de hier. Ils ont souvent exprimé leur désaccord avec le système de décision du COE. Ils ne veulent plus du système en vigueur où 51 % des membres emportent des votes qui reflètent majoritairement des préoccupations occidentales et protestantes. L’envoyé spécial du quotidien romand «Le Temps» à Harare, Cyril Dépraz, estime que la fracture est autant religieuse que culturelle, en relevant l’opinion scandalisée d’un délégué orthodoxe: «On ne parle pas ni de Marie, ni de la vénération des saints ou des icônes au COE. Par contre, on discute de savoir, suite à une demande d’adhésion d’une Eglise nigériane, si le clergé peut être polygame!».

Il est vrai que ces dernières années, les Eglises orthodoxes, pour la plupart d’Europe orientale et bénéficiant de libertés nouvelles depuis la chute du communisme, ont multiplié les critiques à l’égard des Eglises de l’Ouest et des organisations œcuméniques. Ces critiques portent principalement sur le libéralisme au sein des Eglises protestantes. Ces remarques négatives, adressées à la structure du COE, ont encore été exacerbées par l’afflux, ces dernières années, de missionnaires, et par l’influence de la culture de l’Occident dans ces anciens pays communistes majoritairement orthodoxes. Des critiques semblables ont été faites aussi à l’égard de l’Eglise catholique.

La commission suffira-t-elle à calmer les esprits?

La commission spéciale créée samedi devrait se constituer rapidement, mais le nombre exact de ses délégués n’est pas encore connu. Cette commission sera-t-elle suffisante à calmer les esprits? Rien n’est moins sûr. Au risque d’exaspérer Konrad Raiser, secrétaire général du COE, qui au mois d’octobre dernier s’était rendu tout spécialement à Istanbul pour s’entretenir de cette crise avec le patriarche œcuménique Bartholomée, le chef de la délégation russe à l’Assemblée d’Harare, Hilarion Alfeyef, s’est écrié: «Nous envisageons toujours de quitter le COE, si nous n’arrivons pas à une proposition satisfaisante. Après la création de cette commission samedi, nous ne sommes qu’au milieu de la crise, mais il y a de la lumière au bout du tunnel.»

La délégation russe souffle donc le chaud et le froid pour obtenir le maximum de concessions de la part du COE. Mais ce dernier peut-il, au risque de mécontenter d’autres Eglises membres, donner un poids exagéré aux pressions – certains parlent déjà de chantage – des Eglises orthodoxes?. (apic/lt/eni/ba)

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