Inde: L’Eglise indienne outrée par les manœuvres de diversion du ministre de l’Intérieur
New Delhi, 16 décembre 1998 (APIC) Cible d’attaques de plus en plus fréquentes des fondamentalistes hindous, l’Eglise indienne est outrée par les manœuvres de diversion du ministre hindou Lal Krishna Advani. Censé protéger les minorités chrétiennes en Inde, le ministre fédéral de l’Intérieur prétend que la moitié des personnes accusées du récent viol de religieuses catholiques à Jhabua, dans l’Etat du Madhya Pradesh, sont en fait des chrétiens.
Le Forum chrétien uni pour les droits de l’homme (UCFHR) exige maintenant que Lal Krishna Advani se rétracte. Le Forum déplore les tentatives du ministre de discréditer les chrétiens. Quatre religieuses clarisses avaient été victimes d’un viol collectif le 23 septembre. La semaine dernière, Lal K. Advani a affirmé devant le parlement que « des 24 accusés dans l’affaire du viol des religieuses, 12 appartiennent à la communauté chrétienne ». Aucun des 15 accusés déjà arrêtés par la police et identifiés par les victimes n’est chrétien, réplique John Dayal, président de l’UCFHR, dans une missive adressée au ministre de l’Intérieur du gouvernement dirigé par la coalition pro-hindoue du BJP (Bharatiya Janata Party).
Le leader du mouvement extrémiste hindou RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh – Corps National des Volontaires) a utilisé « le même mensonge flagrant » que le ministre de l’Intérieur en déclarant que les chrétiens eux-mêmes étaient responsables d’atrocités comme le viol collectif des religieuses. Lundi, des responsables du RSS ont répété ces accusations au cours d’une conférence de presse à Nagpur, leur quartier général dans le centre de l’Inde. L’UCFHR dénonce la politique de discrédit du RSS à l’égard des 23 millions de chrétiens du pays, que les extrémistes hindous qualifient de « corps étranger ».
Mgr George Anathil, archevêque d’Indore, diocèse où se trouve Jhabua, a déploré lui aussi que des fonctionnaires civils et des responsables politiques veuillent faire retomber sur
les chrétiens la responsabilité du viol des religieuses clarisses. « Nous sommes surpris de la réponse du gouvernement aux crimes de Jhabua: au lieu d’enquêtes sérieuses, on cherche tout d’abord à nier l’évidence des faits, puis de nier la complicité d’éléments publics et l’indifférence de la bureaucratie officielle, pour faire retomber finalement la faute sur les chrétiens. Le ministre de l’Intérieur et ses fonctionnaires semblent avoir oublié la série récente d’actions anti-chrétiennes dans différentes régions du pays ».
Une centaine d’agressions anti-chrétiennes en 1998, plus que ces 50 dernières années
Le Forum œcuménique des Eglises indiennes, présidé par l’archevêque catholique de Delhi, Alan Basil de Lastic, voit « à l’évidence une tentative concertée pour faire dévier l’attention de ce crime déplorable en insinuant que des chrétiens sont impliqués dans l’agression de leurs propres religieuses ». Le Forum des Eglises a organisé le 4 décembre dernier une grande manifestation nationale de protestation à travers tout le pays pour dénoncer les attaques de plus en plus fréquentes des fondamentalistes hindous. Ces milieux sont soupçonnés d’être à l’origine de la plupart des actes de violence – on en dénombre déjà près d’une centaine cette année, plus que pour l’ensemble de ces 50 dernières années – contre des cibles ecclésiales.
Le 4 décembre, les chrétiens indiens ont fait grève en portant des insignes de deuil et défilé pacifiquement dans les rues. La protestation s’est déroulée dans les plus grandes villes, mais aussi dans les petits centres, les diocèses et les paroisses se sont mobilisés ou se sont réunis pour prier. A Delhi, 20’000 personnes ont marché vers le Parlement. A la tête de la manifestation, Mgr Alan de Lastic, archevêque de Delhi, et l’évêque protestant, le révérend Karam Masih, représentant du Conseil national des Eglises en Inde. Un député a apporté au « Forum » qui organisait les manifestations un message de Sonia Gandhi, qui l’assure de son plein appui pour la bataille des minorités.
Les écoles chrétiennes et musulmanes dans le collimateur
Les organisation politiques et religieuses hindoues continuent à mettre sous pression les écoles chrétiennes et musulmanes, dans le but d’imposer l’orientation culturelle et religieuse hindoue sur l’éducation, avec le slogan « un peuple, une nation, une culture ». A l’occasion d’une rencontre organisée par les jésuites fin novembre, 45 instituts d’éducation de New Delhi, chrétiens et musulmans, ont fondé un Forum pour les écoles dirigées par les minorités religieuses, pour sauvegarder leurs droits.
Le Forum arrive après l’échec de la tentative faite par le BJP de faire adopter à tous les instituts un programme d’études sur une base hindoue. Le but du parti au pouvoir est « d’indianiser, de nationaliser et de spiritualiser » le processus éducatif en introduisant dans toutes les écoles l’étude du sanscrit et des écritures hindoues. L’Institut Social Indien de Delhi, dirigé par les jésuites a vivement réagi contre cette tentative en recueillant l’adhésion des autres instituts dirigés par les minorités religieuses. « L’Inde est un pays qui respecte l’unité dans la diversité, affirme le Père jésuite Ambrose Pinto, directeur de l’Institut. Nous devons protester contre tous les tentatives d’uniformiser l’éducation selon la vision hindoue ».
Durant la première semaine de novembre, la Conférence épiscopale indienne a organisé une rencontre des éducateurs chrétiens, qui a prévu l’examen de la situation des écoles chrétiennes dans les 137 diocèses du pays. (apic/akk/fs/be)
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