Amérique Centrale: Caritas tire les leçons de l’ouragan Match
Bruxelles, 18 décembre 1998 (APIC) Les ravages provoqués début novembre par l’ouragan Mitch en Amérique centrale ne sont pas seulement due à des causes naturelles, estime Caritas Internationalis. Pour les responsables de l’organisation catholique, les dégâts été décuplés par des structures de pauvreté.
Il s’agit donc un problème structurel et écologique à long terme. Pour que la reconstruction ne soit pas une restauration de la société d’hier, ce qui ne ferait que renforcer la pauvreté de demain, Il faut soutenir les efforts des pauvres.
Tel est le l’axe principal du projet que Caritas Internationalis s’est donné pour l’Amérique centrale, où ses animateurs locaux sont appelés à jouer aux côtés des pauvres, un rôle décisif dans les années à venir pour conforter la société civile, a souligné à Bruxelles le secrétaire général de Caritas Internationalis, le Français Luc Trouillard.
« Pauvres mais intelligents ! »
Mitch n’a paru « naturel » qu’à des observateurs éloignés et à des journalistes distants. Sur le terrain, les pauvres se savaient déjà « sinistrés » d’avance. Au Honduras, par exemple, il manquait déjà 700’000 logements avant l’ouragan. Le million d’habitations détruites ou endommagées par Mitch ne fait qu’aggraver une catastrophe déjà présente : inscrite dans les structures sociales et l’organisation économique, qui ont préécipité la pauvreté du plus grand nombre au seul profit d’une infime minorité.
« Mais le peuple est près à s’engager. Il s’agit donc de l’appuyer, pas de faire tout à sa place « , commente un responsable de la Caritas hondurienne. « C’est là que nous plaçons notre espérance pour l’avenir. Dans le concret, il s’agira donc d’encourager diverses formes d’économie solidaire : des coopératives, des silos communaux, des petits magasins. Avec le recul, nous voyons désormais la catastrophe comme un défi, comme une occasion favorable: allons-nous enfin miser sur une économie sociale ? «
Il faut s’attaquer au problème structurel d’avant Mitch. Et ce problème a une extension internationale. Le désastre écologique avait commencé avant Mitch à cause de l’exploitation intensive des terres et de la déforestation. Il risque de s’aggraver demain si, faute de soutien, les pauvres sont contraints de s’installer dans la montagne, sans souci de protéger les sources qui s’y forment. Mais comment en vouloir aux pauvres de chez noussi on ne change pas un modèle d’exploitation de l’environnement à l’échelle internationale ? «
» Une urgence permanente «
Dans les cinq ans à venir, Caritas estime à 500 millions de dollars les dons privés qu’elle engagera pour la reconstruction de la société civile au Honduras, au Nicaragua, au Guatemala et au Salvador. « Dans l’histoire de notre réseau, c’est un effort d’envergure inégalée », constate son secrétaire général Luc Trouillard. « L’action sur les structures de pauvreté est d’une urgence permanente. C’est pourquoi Caritas continue d’appuyer les demandes d’annulation de la dette extérieure des pays pauvres, tout en plaidant pour la transparence sur l’usage des fonds qui seront dégagés par la remise des dettes. »
30 millions de dollars ont déjà été débloqués en Amérique centrale pour les quatre pays les plus touchés par la catastrophe. Coordinateur pour le Honduras et le Guatemala, Pablo Martín Calderon (Caritas Espagne) s’explique sur les critères retenus pour accepter tout plan de réhabilitation.
Sept critères ont été retenus : « La priorité doit être donnée aux plus pauvres. L’action envisagée doit viser à améliorer leurs conditions de vie (logement, santé, production, éducation). Elle doit promouvoir la participation des gens, et non les maintenir dans la dépendance. Elle doit mobiliser et renforcer la société civile, y compris par la participation ecclésiale. Elle doit s’accompagner de réflexion et d’analyse, afin de dégager des propositions pour agir sur les causes structurelles des dégradations de l’environnement et de la pauvreté généralisée. Elle doit s’élaborer en concertation avec les pouvoirs publics, sans lesquels il ne sera pas possible, notamment, de contrôler les prix et d’obtenir des terrains pour le logement. Elle doit enfin être transparente, tant dans le développement du programme que dans la gestion économique et financière. » (apic/cip/mp)
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