Élections en RDC, les Églises signalent des irrégularités

Félix Tshisekedi, président sortant de la République démocratique du Congo (RDC), aurait été réélu avec plus de 73% des voix. Deux jours plus tôt, la Mission d’observateurs électoraux des Églises du pays soulignait la bonne participation électorale, tout en constatant des irrégularités dans le processus électoral.

Lors d’une conférence de presse organisée le 28 décembre 2023, la MOE a salué «les efforts»  de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le gouvernement congolais et les autres parties prenantes au processus électoral, pour la tenue des scrutins combinés du 20 décembre 2023.

Près de 24’000 observateurs déployés

Le scrutin du 20 décembre était destiné à élire, parmi 19 candidats, le président de la République pour un mandat de cinq ans, mais aussi 485 des 500 députés de l’assemblée nationale, 780 députés provinciaux et une partie des conseillers municipaux de plus 300 communes. Pour cause de conflit avec les autorités coutumières locales ou de délimitations administratives, certaines communes n’ont pas pu élire leurs conseillers municipaux.

Depuis 34 ans, il n’y avait pas eu d’élections locales dans le pays. Environ 44 millions des 100 millions de citoyens congolais ont voté cette fois. L’élection du président de la République et celles des législatives étaient organisées par contre pour la quatrième fois depuis l’Accord global et inclusif intercongolais, signé à Sun Citynter, en Afrique du Sud, le 19 avril 2022. Cet Accord a mis fin à la deuxième guerre en RDC.

La capitale de la RDC, Kinshasa | © Irene 2005/Flickr/CC BY 2.0

Une bonne participation électorale

Dans son rapport provisoire publié le 28 décembre 2023 à Kinshasa, les responsables de la MOE se sont félicités de la détermination des électeurs qui se sont mobilisés pour accomplir leur devoir civique malgré différents incidents observés dans des centres et bureaux de vote. Ils ont aussi souligné qu’«en dépit de cas de violences, des arrestations, de l’interdiction d’accès à certains Bureaux de vote et de dépouillement (BVD), les observateurs de la mission conjointe ont pu collecter des données». «Grâce au dispositif de comptage parallèle des voix qu’elle (la MOE) a mis en place, elle a constaté qu’un candidat s’est largement démarqué des autres avec plus de la moitié de suffrages à lui seul», se sont félicité les rapporteurs.

Des irrégularités à prendre en compte

La MOE a cependant documenté de «nombreux cas d’irrégularités, susceptibles d’affecter l’intégrité des résultats de différents scrutins, en certains endroits».

Jusqu’au 25 décembre, elle a reçu 42’796 rapports portant, entre autres, sur l’aménagement et l’ouverture des bureaux de vote (8788), le déroulement des opérations de dépouillement des votes (6758), le vote et la clôture des opérations de vote (6950), les incidents de vote (5407), et les résultats présidentiels (provisoires): 14’893 rapports.

Selon la MOE, «contrairement aux scrutins de 2011 et 2018, l’internet et les SMS n’ont pas été coupés» cette fois, ce qui a permis à la CENI et autres parties engagés dans les élections, d’assurer la remontée des données électorales.

Elle a néanmoins exhorté la CENI, la Cour constitutionnelle et les Tribunaux habiletés, à tirer «les conséquences de l’incidence, sur la base des calculs des résultats» pour le scrutin concerné, avant de proclamer les résultats provisoires et définitifs des différents scrutins. Il s’agit, par exemple, de la prise en compte «des irrégularités documentées». Cela «constitue un gage pour l’acceptation des résultats par le public et pour garantir au mieux la paix, la cohésion et la stabilité» dans le pays, a-t-elle estimé. (cath.ch/ibc/lb)

Ibrahima Cisse

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