Chili: Le gouvernement intervient au Vatican pour la libération de l’ex-dictateur Pinochet
Sous-secrétaire des Affaires étrangères en audience chez Sodano
Rome/Santiago du Chili, 2 novembre 1998 (APIC) Alors que l’étau se resserre autour de l’ex-dictateur Pinochet – en Belgique également des procédures ont été lancées pour crimes contre l’humanité – le gouvernement chilien continue de faire le forcing pour libérer l’ancien général putschiste. Dimanche soir, le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, a reçu le sous-secrétaire chilien des Affaires étrangères Mariano Fernandez à Castelgandolfo lors d’une audience qualifiée lundi d’ »inhabituelle » par le quotidien chilien « El Mercurio ».
Rien n’a filtré sur le contenu des entretiens, ni du côté du gouvernement chilien ni du côté du Vatican, qui se contente de confirmer que l’entretien a bien eu lieu. « La salle de presse est en mesure de confirmer que le sous-secrétaire des Affaires étrangères du Chili a demandé de pouvoir informer le Saint-Siège sur son voyage en Europe et sur les entretiens qu’il a eus récemment à Madrid et à Londres à propos de l’affaire chilienne bien connue ». La déclaration laconique de la salle de presse du Vatican, non signée, est tombée lundi 2 novembre, fête des morts et pour cela jour férié au Vatican.
La salle de presse avait été interpellée par les médias sur la venue de Mariano Fernandez à Castelgandolfo et sa rencontre avec le Secrétaire d’Etat du Vatican. Fernandez est venu en Europe plaider la cause du général Pinochet. La semaine dernière, le Comité permanent de la Conférence épiscopale chilienne avait émis le souhait que l’ex-dictateur et aujourd’hui sénateur à vie soit libéré « pour raisons humanitaires ». Les organisations de défense des droits de l’homme, par contre, réclament le jugement du général putschiste pour faits de torture, assassinats, disparitions et « génocide ». Elles souhaitent que justice soit faite et que l’on sache enfin où sont enterrées les milliers de « morts sans sépulture », hommes, femmes et enfants victimes de la répression militaire ordonnée par Pinochet.
« Il s’agit d’une réunion d’information, sollicitée par le gouvernement chilien », a déclaré Mariano Fernandez au sortir de la réunion qui a duré près d’une heure. Il a ajouté que le cardinal a promis de renseigner le pape Jean Paul II sur tout le contenu de la rencontre. Le cardinal Sodano « s’est montré bon connaisseur de ce qui s’est passé au Chili, en Angleterre et en Espagne avec le sénateur Pinochet, et il m’a remercié pour le complément d’information et l’échange d’opinions sur ce qui est en train de se passer et sur les développements futurs de la situation ».
Une pétition de la « Fondation Augusto Pinochet » demande l’intervention du Vatican
Mariano Fernandez a précisé que la récolte de signatures lancée au Chili par la « Fondation Augusto Pinochet » pour demander l’ »intervention humanitaire » du Vatican en faveur de l’ex-général n’a pas été évoquée. « Le gouvernement chilien n’a demandé aucune influence ou action spécifique du Vatican, mais simplement que le Saint-Siège puisse connaître notre opinion ». Santiago est également intéressé à savoir ce que pensent les autorités vaticanes de cette affaire. Le gouvernement chilien maintient que le sénateur Pinochet jouissait de l’immunité diplomatique durant sa visite en Angleterre.
Mariano Fernandez a répété que le Chili rejette clairement le principe d’extraterritorialité, estimant que les crimes commis au Chili doivent être jugés dans le pays même, étant donné que le Chili est un Etat de droit jouissant de la séparation des pouvoirs. En réalité, les auteurs de crimes commis sur ordre de l’ex-dictateur Pinochet bénéficient d’une loi d’auto-amnistie mise en place sous l’œil vigilant des militaires eux-mêmes, tandis que les victimes réclament toujours en vain justice. (apic/com/merc/be)
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