Le peuple kurde continue de souffrir

Fribourg: Comité d’aide au peuple kurde de Turquie

Fribourg, 4 novembre 1998 (APIC) Turquie de rêve, Turquie d’exil. Pendant que les touristes se dorent sur les plages ou visitent les sites historiques, à quelques pas de là, arrestations, tortures, assassinats et déportations restent le lot quotidien des populations kurdes. 114 personnes mortes à la suite de tortures dans les commissariats, 56 disparus, 109 assassinats perpétrés par des « inconnus » et 366 cas de tortures. Les chiffres pour 1997 de l’Association turque de défense des droits humains parlent d’eux mêmes.

Alors que l’attention internationale se focalise aujourd’hui sur le Kosovo, la question kurde n’est toujours pas réglée. Pire, sur le terrain en Turquie, la situation ne cesse d’empirer. A la répression politique s’ajoute la misère sociale. Dyarbakir compte 3’000 enfants de la rue. Patiemment le comité de l’ACAT d’aide au peuple kurde de Turquie continue son travail de soutien surtout moral. Réuni mardi soir à Fribourg, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) avait invité des témoins directs.

Pour Malik Ozden, collaborateur du Centre Europe tiers monde de Genève, les autorités turques se sont engagées dans une spirale de la violence à laquelle on ne voit aucune issue. La négation absolue de l’identité kurde interdit toute idée de dénouement politique pacifique. Aux yeux des Turcs, la solution du problème kurde ne peut être que militaire. Une tendance encore renforcée par l’accord militaire avec Israël qui donne à la Turquie un poids supplémentaire dans la région.

L’accord survenu cette année à Washington entre les deux chefs kurdes irakiens Talibani et Barzani prévoyant la tenue d’élections au Kurdistan irakien a provoqué l’ire des Turcs. Même si une clause de cet accord prévoit de chasser le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) d’Irak.

Enfin la perspective des élections anticipées en Turquie même, en avril prochain, inquiète sérieusement le pouvoir en place. Les tendances donnent largement vainqueurs le parti islamiste et le parti pro-kurde.

Autant d’éléments qui poussent à une radicalisation de la situation, parfaitement illustrée lors de la célébration du 75e anniversaire du traité de Lausanne fondant l’Etat turc. Les pressions turques ont finalement obligé le gouvernement vaudois à permettre la tenue d’une cérémonie commémorative au palais de Rumine. Les Turcs ont non seulement tout fait pour empêcher la tenue parallèle d’une conférence internationale sur le Kurdistan mais ont même prétendu inviter comme orateur à la célébration un historien condamné en France pour avoir nié le génocide arménien, s’insurge Malik Ozden.

Une Suisse officielle bien trop tolérante

L’attitude de la Suisse officielle face au problème kurde n’est pas sans inquiéter Angeline Fankhauser. La Conseillère nationale socialiste bâloise est choquée de voir comment la Turquie erxerce un chantage sur le reste du monde. Tout tourne en fin de compte autour de l’exploitation et surtout de l’acheminement du pétrole. La question kurde va se résoudre par la question du pétrole, prédit-elle.

En Suisse, certains politiciens ont fait de la limitation de l’afflux des réfugiés leur cheval de bataille, mais personne ne s’attaque au fond des problèmes. « La Confédération est ainsi sur le point d’offrir la garantie des risques à l’exportation (GRE) pour la construction d’un grand barrage, précisément au cœur du territoire kurde. Or quand on connaît l’importance de la répartition de l’eau dans ces régions… »

Yavus Bimbay, un homme de terrain

Yavus Bimbay, réfugié politique en Suisse après avoir subi la torture, a renoncé à son statut pour retourner dans son pays. Il développe aujourd’hui une série de projets sociaux à Dyarbakir pour permettre aux Kurdes de rester au pays. Avec une aide de 40’000 francs de l’ACAT suisse, il a mis sur pied la fondation « Iykav » pour la réinsertion des femmes et des enfants ayant subi la torture. Ainsi dans la société occidentale, une femme violée trouvera généralement aide et protection, en Orient elle sera rejetée, explique-t-il. Il s’agit donc non seulement d’offrir des soins médicaux, mais une aide psychologique et un travail permettant une réinsertion sociale. Le centre a été ouvert en septembre pour une trentaine de femmes et d’enfants mais il y a 250 demandes, relève Yavus Bimbay.

Autre projet social, mené à bien avec le soutien de l’œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO), la mise en route d’une boulangerie industrielle pour fournir à bas prix 20’000 pains par jour à la population locale. Comme Yavus Bimbay accomplit une véritable œuvre sociale et qu’il s’en tient strictement aux normes légales, les autorités turques n’osent pas l’inquiéter sérieusement, même s’il a été arrêté, interrogé et détenu durant quatre jours cet été. « Qui ne risque rien n’a rien ! », commente-t-il sobrement.

Quatre députés kurdes toujours en prison

Aujourd’hui quatre des huit députés kurdes au parlement turc condamnés à des peines de prison, pour leur soutien présumé à la lutte du PKK ont été relâchés. Les quatre autres, ainsi que le célèbre écrivain Ismail Besikçi, occupent toujours des cellules de la prison centrale d’Ankara. L’ACAT continuera à les soutenir en particulier en leur adressant régulièrement leur courrier.(apic/mp)

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