Béatification du pape Pie XII: L’ambassadeur d’Israël au Vatican réclame un moratoire

Une exigence « déplacée » de l’ambassadeur Aharon Lopez

Rome, 4 novembre 1998 (APIC) Par son exigence d’un « moratoire d’environ 50 ans » pour la béatification du pape Pie XII, l’ambassadeur d’Israël auprès du Saint-Siège Aharon Lopez a jeté un nouveau pavé dans la mare des relations – largement en voie de normalisation – entre le Vatican et Israël.

Du côté du Vatican, on considère cette exigence comme « déplacée » et on estime qu’il s’agit là d’une des nombreuses attaques de certains milieux juifs en réponse à l’infatigable engagement de l’Eglise catholique pour maintenir de bonnes relations avec le monde juif.

Dans une conférence de presse le 3 novembre à Rome, l’ambassadeur d’Israël auprès du Saint-Siège, Aharon Lopez, a suggéré que le Vatican « gèle » la cause de béatification du pape Pie XII pendant 50 ans, étant donné la « controverse » que cette cause suscite. Une déclaration que le Père jésuite Peter Gumpel, postulateur de la cause de Pie XII juge « pour le moins imprudente » et rejette comme sans fondement. Tous les documents sur cette époque ont été publiés.

L’ambassadeur israélien reconnaît tout d’abord qu’une cause de béatification ou de canonisation est un « prérogative absolue de l’Eglise », et que par conséquent « personne ne doit intervenir ». Il ajoute immédiatement que la cause de Pie XII a suscité une controverse, sur laquelle il refuse de se prononcer. En raison de l’existence de cette controverse, et par respect pour les survivants de la shoah toutefois, il réclame un moratoire de 50 ans pour l’avancée de cette cause. Et d’affirmer que les archives du Vatican ne sont pas encore complètement accessibles.

Mais Aharon Lopez oublie de tenir compte (tout en la mentionnant) de la publication – demandée par Paul VI – de 12 volumes d’archives concernant le Saint-Siège durant la seconde guerre mondiale. C’est l’œuvre d’une équipe d’historiens, dont le Père jésuite Pierre Blet a résumé les conclusions dans un volume en français. « Il faut attendre que tout soit accessible pour la béatification », lance l’ambassadeur d’Israël, « ce qui permettrait un jugement serein ».

La béatification ne relève pas du domaine diplomatique

Le Père Gumpel, postulateur de la cause de Pie XII, rappelant le domaine de compétence de l’ambassadeur, rétorque que la déclaration d’Aharon Lopez est « pour le moins imprudente ». « Monsieur l’ambassadeur peut dire tout ce qu’il veut, mais la cause de béatification de Pie XII n’est pas de sa compétence. Ce n’est pas un sujet de nature diplomatique mais elle dépend de la seule action pastorale de l’Eglise », a-t-il déclaré aux journalistes romains.

« Une procédure préétablie existe dans l’Eglise pour la proclamation de ses saints et de ses bienheureux », a déclaré pour sa part le P. Ciro Benedettini, vice-directeur de la salle de presse du Saint-Siège. C’est pourquoi, dit-il, la cause de béatification de Pie XII « poursuit son cours ». A propos des documents rassemblés et étudiés pour cette cause, le Père Gumpel souligne qu’ils manifestent de manière « concordante » que l’action du pape, « pendant le difficile moment de la persécution anti-juive », a été « appréciée » et a suscité des « remerciements ». En effet, en particulier à la mort de Pie XII, des personnalités juives comme Golda Meir avaient officiellement rendu hommage à l’action du pape. Le livre israélien « The last three popes and the Jews », résultant d’une compilation des archives du mémorial de la shoah à Yad Vashem, à Jérusalem, livre la même appréciation.

L’ambassadeur israélien relève que c’est le procès de Eichmann qui a déclenché cette controverse contre Pie XII. Auparavant, dit-il en substance, l’opinion publique internationale n’avait pas encore pris conscience de ce qu’avait été la shoah. Pour sa part, il refuse de faire remonter le revirement – défavorable – de l’opinion publique à l’égard de Pie XII aux accusations portées par la pièce de théâtre de l’auteur allemand Rolf Hochhut, « Le Vicaire ». Hochhut a également écrit une pièce incendiaire contre Churchill. « Il n’a rien écrit en revanche contre Staline’ », faisait remarquer l’an dernier le Père Blet, suggérant une « source communiste » à l’origine de ces accusations.

Aharon Lopez reconnaît les progrès dans les relations entre les communautés juive et chrétienne depuis la Déclaration conciliaire « Nostra Aetate » qui a ouvert dit-il, une « nouvelle ère après des siècles d’incompréhension ». Il remercie Jean Paul II pour son action personnelle, en particulier l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et le Saint-Siège. Et de rappeler que le gouvernement israélien a invité le pape à venir: « C’est à lui seul de décider ». Pour les célébrations du Jubilé de l’an 2000, ajoute-t-il, « on ne doit faire aucun lien avec la situation politique. Le Jubilé ne doit pas être pris en otage par les fluctuations du processus de paix ».

Une visite de Jean Paul II à Jérusalem suspendue aux avancées du processus de paix

Il semble, du côté du Vatican, que justement, la visite de Jean Paul II soit suspendue à l’avancée du processus de paix. A propos des déclarations de Mgr Jean-Louis Tauran à Jérusalem, au lendemain des accords de Wye Plantation, dans lesquelles le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats affirmait que l’occupation de Jérusalem Est par Israël était « illégale », l’ambassadeur a dit s’en remettre aux « canaux diplomatiques » en refusant de se prononcer.

La position du gouvernement israélien sur Jérusalem tient en deux point, a précisé l’ambassadeur: la ville de Jérusalem doit rester unifiée, et Israël garantit la « liberté absolue » de religion dans ses territoires. Il a opposé la liberté « actuelle » des pèlerins des trois religions monothéistes à la situation qui prévalait avant 1967 « où même les musulmans d’Israël n’avaient pas accès aux mosquées de l’esplanade du Temple ». Aharon Lopez admet cependant que dans « certaines circonstances », cet accès n’est pas garanti pour des raisons de « sécurité », mais toujours de façon « temporaire ». C’est-à-dire en fait lors du bouclage des territoires occupés par Israël, en particulier après des attentats, ce qui empêche à la fois les déplacements des pèlerins et ceux des travailleurs. Mais l’ambassadeur répète que le « principe de base » est la « liberté absolue de culte ». Il assure que tout sera fait pendant les célébrations du Jubilé pour faciliter la venue des pèlerins chrétiens, même provenant des pays arabes du Moyen Orient. (apic/imedia/cic/be)

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