APIC – Interview
L’historien Victor Conzemius à propos du Symposium sur l’Inquisition
« Le Christ a été lui-même victime de l’Inquisition »
Ludwig Ring-Eifel, agence APIC, Rome
Rome, 6 novembre 1998 (APIC) L’historien de l’Eglise Victor Conzemius, de Lucerne, a participé du 29 au 31 octobre au Symposium international réuni à Rome pour débattre du thème de l’Inquisition. Pour lui, il s’agit de comprendre pourquoi et comment les chrétiens et les institutions d’Eglise ont pu ainsi défiguré et renié le message du Christ. En se préparant à reconnaître cette faute, l’Eglise fait une démarche courageuse.
APIC: Les commentaires de la presse ont parlé à propos du Symposium sur l’Inquisition tenu la semaine dernière au Vatican « d’événement historique ». Partagez-vous ce jugement ?
Victor Conzemius: De telles formules témoignent souvent d’une surévaluation massive, mais dans ce cas, je crois vraiment qu’il est correct de parler d’événement historique. Car il y a cinquante ans encore, il aurait été impensable qu’un congrès de spécialistes se réunisse au Vatican et à la demande du pape pour se pencher ouvertement et sans visée apologétique sur cette époque difficile de l’histoire de l’Eglise. Pour tenter de savoir comment cette perversion du christianisme a pu se produire. Car il s’agit d’une perversion, parce que le message du Christ est non-violent.
APIC: La recherche historique actuelle condamne l’Inquisition moins sévèrement qu’autrefois. N’y a t-il pas le danger qu’un tel congrès soit compris comme un « blanchissage » des comportements coupables de l’Eglise ?
V.C.: Naturellement l’horreur face aux méfaits de l’Inquisition est relativisée par le simple fait que notre siècle a vu l’extermination de peuples entiers dans des systèmes totalitaires qui ont rejeté dans l’ombre tout le reste. En outre, l’Inquisition est le résultat d’une collaboration de l’Eglise et de l’Etat, dont l’Eglise seule ne peut pas être rendue responsable. Indépendamment de cela, ce congrès montre aussi que la vision historique antérieure purement polémique et anticléricale a été remplacée par une vision plus différenciée. Ainsi, il y a aujourd’hui un consensus pour dire que dans certaines régions, l’Inquisition a conduit à limiter les exécutions de sorcières. Elle a aussi sauvé des vies humaines. Dans les pays du Nord de l’Europe, où l’Inquisition n’existait pas, la chasse aux sorcières a duré plus longtemps que là où les procès étaient réglés et limités par l’Inquisition.
APIC: Quel sens peut avoir un acte de repentir public de l’Eglise catholique par rapport à l’Inquisition tel que le souhaite le pape pour l’an 2000 ?
V.C. : Contrairement aux historiens, l’Eglise ne peut pas se limiter à vouloir comprendre les choses selon les circonstances du temps. L’Eglise a reçu de Jésus une tâche absolue qui dépasse le temps et à laquelle elle doit se laisser mesurer. Il en ressort que dans l’histoire, elle est en même temps sainte et pécheresse, pas seulement dans ses personnes mais aussi comme institution. Pour ce qui concerne l’acte de contrition voulu par le pape, je remarque qu’il diffère des nombreuses demandes de pardon telles qu’elles sont à la mode aujourd’hui.
Il ne s’agit pas pour l’Eglise de demander pardon afin, dans une certaine mesure, de faire comme si les choses n’avaient pas eu lieu. Bien d’avantage, le pape veut que l’Eglise développe une nouvelle relation avec sa propre faute. Cela a des conséquences pour l’avenir. Finalement, derrière la demande du pape, se trouve la honte que des chrétiens et des institutions d’Eglise ont défiguré et renié par la persécution le message de Jésus-Christ. Lui-même a d’ailleurs été victime de l’Inquisition de son temps. (apic/cic/mp)
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