Kinshasa: L’Assemblée extraordinaire des évêques condamne «l’agression étrangère»

Pour des élections libres et démocratiques et un dialogue national

Kinshasa, 9 novembre 1998 (APIC) Les évêques catholiques de la République Démocratique du Congo, réunis en Assemblée extraordinaire – beaucoup n’ont pu participer aux travaux en raison de la guerre -, ont sévèrement condamné l’ »agression

étrangère » dont est victime leur pays. Dans une déclaration publiée lundi à l’issue de leur réunion, ils ont réclamé des élections libres et démocratiques ainsi qu’un « gouvernement d’union nationale ».

Les évêques se sont entretenus avec le président autoproclamé Laurent Désiré Kabila, auquel ils ont soumis un plan en huit points. Ils lui demandent de ne pas faire passer ses propres intérêts par la force des armes. Pour pacifier le pays, il faut mettre sur pied une armée bien formée, lancer le dialogue avec tous les groupes sociaux du pays, organiser des élections libres et démocratiques et former un gouvernement d’union nationale. Les évêques souhaitent encore l’organisation d’une conférence internationale pour chercher des solutions pour l’ensemble de cette région en crise du continent africain.

Les évêques congolais estiment que « ce n’est un secret pour personne que notre pays a à souffrir d’une agression étrangère, qui a donné une dimension énorme à la guerre », en allusion à la rébellion militaire du 2 août dernier soutenue par le Rwanda et l’Ouganda. « Nous ne voulons pas que l’on nous impose des dirigeants qui servent les intérêts étrangers », relèvent-ils encore.

Reflet d’une situation politique désastreuse et d’une insécurité grandissante: la 23e Assemblée « ordinaire » des évêques a pris un caractère « extraordinaire ». Motif: trop d’absents et quorum pas atteint. A cause de la guerre qui fait rage dans la partie orientale du pays, beaucoup d’évêques ont en effet été dans l’impossibilité de rejoindre Kinshasa.

Confiscation du pouvoir par quelques-uns

Dans un communiqué publié à Kinshasa, les évêques s’expriment d’abord sur la guerre et ses conséquences.  » Pour eux, il n’est point de doute que des pays étrangers ont agressé la République Démocratique du Congo, pour des intérêts qui leurs sont particuliers. Avec le peuple congolais, « les évêques disent ’non’ à l’agression, ’non’ à une nouvelle guerre, car elle a des conséquences désastreuses innombrables sur la vie sociale et économique ».

A propos de la situation interne, les évêques rappellent que « le ver qui ronge le haricot est à l’intérieur même du légume » (proverbe congolais), pour mettre en garde contre « la confiscation du pouvoir par quelques-uns ». D’où, insistent les évêques, « l’urgence des négociations entre les fils de la République Démocratique du Congo, à distinguer de la négociation avec les étrangers (les pays voisins), pour former un peuple fort, parce qu’uni, vivant en harmonie, fier de sa diversité ethnique et de ses choix politiques multiples ».

Engagée au service du peuple

L’unité du pays n’est pas négociable, relèvent encore les prélats, qui dénoncent le plan visant la balkanisation de la République Démocratique du Congo. Constatant que « les agents de l’Eglise catholique sont souvent victimes dans cette guerre », l’épiscopat tient à assurer l’opinion que « l’Eglise demeure engagée au service du peuple et contribuera dans les limites de sa mission à la reconstruction du pays et à l’avènement d’un Etat de droit, et pourquoi pas en s’insérant activement dans l’Assemblée Constituante ouverte à toutes les forces vives du pays « .

Fixée pour ce mois de novembre, la 23e assemblée plénière de la Conférence épiscopale du Congo a été anticipée d’une semaine pour permettre aux évêques de se retrouver le 4 novembre. « A cause de la guerre qui fait rage sur la partie orientale de la République Démocratique du Congo, beaucoup d’évêques ont éprouvé d’énormes difficultés et ont été dans l’impossibilité de rejoindre Kinshasa ».

Constitution pour le Congo: les Eglises consultées

L’Eglise catholique a par ailleurs été associée au projet de Constitution du pays, indique le ministre de la Justice Mwenze Kongolo. La Commission des réformes institutionnelles de la République Démocratique du Congo, que préside le ministre Kongolo, a par ailleurs procédé à la distribution du projet de Constitution de la 3e République à 55 groupes d’opinion identifiés comme tels par cette commission.

Les groupes d’opinion ont 15 jours pour se concerter et enrichir le projet de Constitution pour des amendements et des réflexions. Les 55 groupes dits d’opinion retenus sont tous des organisations de la société civile. Les partis politiques, toujours officiellement suspendus, sont exclus de la liste. Les cinq premiers groupes signalés sont l’Eglise catholique, représentée par la Conférence épiscopale et par le cardinal Etsou, archevêque de Kinshasa, l’Eglise du Christ, la Communauté Islamique, l’Eglise kimbanguiste et l’Eglise orthodoxe. On relève en outre la présence des Facultés catholiques, de l’Université Protestante du Congo, de l’Université kimbanguiste, de la Conférence des Eglises Indépendantes , du Conseil de l’Apostolat des Laïcs Catholiques du Congo et du Ministère Laïc protestant (Milapro). (apic/dia/cip/kna/pr/be)

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