Chili: L’Eglise catholique chilienne n’interviendra pas dans la plainte pour le Père Jarlan
Santiago, 9 novembre 1998 (APIC) L’Eglise catholique chilienne n’interviendra pas dans la plainte pour assassinat déposée contre l’ex-dictateur Augusto Pinochet par le frère du Père André Jarlan, selon des sources de l’épiscopat chilien citées par l’agence catholique latino-américaine ACI. Faisant référence à Pinochet, l’archevêque de la capitale chilienne, Mgr Francisco Javier Errazuriz, a réclamé de son côté le pardon et la compréhension à l’occasion d’une messe célébrée dimanche à Santiago.
En raison des tensions actuelles à l’intérieur de la société chilienne à propos du sort de Pinochet, l’archevêque de Santiago a déclaré que l’on doit s’en remettre au jugement de Dieu dans cette affaire. L’Eglise souhaite «pardon et véracité pour tous», a-t-il lancé. De leur côté, les organisations de défense des droits de l’homme rappellent que le pardon exige d’abord le repentir sincère. Elles soulignent que Pinochet non seulement n’a jamais demandé pardon pour ses crimes, mais qu’il les a revendiqués avec arrogance au nom de la «lutte contre le marxisme-léninisme et communisme». De plus, pour échapper aux foudres de la justice, il s’est arrangé une auto-amnistie sur mesure qui lui évite de rendre des comptes devant les tribunaux chiliens.
Au Chili, la justice militaire classe l’affaire, les assassins sont libres
Rappelons que le Père Jarlan, un prêtre français de 44 ans, était abattu d’une balle dans la nuque le 4 septembre 1984 alors qu’il lisait la Bible dans sa maison de la «poblacion» de la Victoria, à Santiago. Son frère Georges a récemment déposé plainte auprès du Parquet de Paris par l’intermédiaire de son avocat, Me William Bourdon.
André Jarlan a été tué alors que se déroulait une manifestation nationale contre la pauvreté et les injustices croissantes au Chili sous la dictature du général Pinochet (1973-1990). Deux policiers en uniforme, formellement reconnus et mis en cause par des témoins, firent l’objet d’une enquête. En janvier 1996, onze ans après les faits, la Cour Suprême chilienne avait cependant estimé que les accusations portées contre ces deux policiers ne comportaient pas d’éléments suffisamment probants pour les condamner.
A l’époque, la mort du Père Jarlan avait eut un grand impact sur le plan national, ainsi que parmi les communautés chrétiennes de l’étranger qui suivaient de près les événements du Chili. A Santiago, plusieurs communautés et groupes de base organisèrent une veillée de prière à la mémoire du prêtre français, tandis que la nouvelle de sa mort violente se répandait de ville en ville. En divers endroits, les gens sortis dans la rue allumèrent des bougies à sa mémoire. Le jour des funérailles, le cortège qui traversa les rues de Santiago avait des allures à la fois de cri de tout un peuple vers le ciel et de protestation populaire contre les violations des droits humains.
La mort du Père Jarlan aurait, selon divers observateurs, incité la Conférence des évêques chiliens à une action plus décidée en faveur des droits humains et à des prises de positions plus fermes et plus fréquentes pour une solution globale des problèmes du pays. Une orientation qui, selon eux, n’a pas été sans influencer l’»Accord National» qui amena le président P. Aylwin au pouvoir en 1989.
En 1985, une enquête civile avait désigné l’auteur de l’assassinat, le carabinier Lionel Poveda, et le chef de son détachement, mais l’affaire fut classée par le tribunal militaire. En janvier 1996, le jugement de la Cour Suprême ne souleva pas un élan d’indignation aussi fort que la mort du Père Jarlan. Ce qui inquiéta certains commentateurs chiliens ou latino-américains, qui rapprochaient ce verdict de plusieurs autres cas antérieurs, où des membres du pouvoir politique ou judiciaire furent innocentés malgré des preuves accablantes.
Le quartier de La Victoria où est mort le P. Jarlan a été le premier en Amérique Latine à organiser une «prise de terrain collective», avant de devenir un foyer de la résistance à la dictature. Georges Jarlan et sa sœur Henriette, qui s’y sont rendus l’an passé pour rencontrer la Commission des droits de l’homme, dans l’espoir de faire rouvrir l’instruction, y ont reçu un accueil exceptionnel, rapporte le quotidien français «La Croix». Ils ont été touchés de voir combien la mémoire de leur frère y est fidèlement entretenue. La maison du P. Jarlan, dont la chambre est intacte, est devenue un lieu de pèlerinage. (apic/cip/cx/aci/kna/be)
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