Montée de l’antisémitisme en Russie
Moscou, 12 novembre 1998 (APIC) Le primat de l’Eglise orthodoxe russe, le patriarche Alexis II, a condamné le 10 novembre les déclarations antisémites d’un parlementaire communiste. Ce dernier s’en est pris aux juifs en les rendant responsables de la crise économique et politique du pays, au cours d’une manifestation tenue récemment à Moscou. Cette condamnation reflète une préoccupation croissante face à la montée de l’antisémitisme en Russie.
Un député communiste siégeant à la Douma (Parlement), le général Albert Makashov, a rendu responsables les «zhidy» – terme péjoratif désignant les juifs – de la crise économique et politique du pays. «Je les arrêterais tous [les juifs] et je les enverrais dans l’autre monde», a-t-il lancé lors d’un rassemblement. Des parties de son discours ont été reprises à plusieurs reprises par la chaîne de télévision nationale.
«L’Eglise orthodoxe russe s’oppose à toute tentative de susciter des préjugés «pour des motifs nationalistes ou religieux. Tous les efforts visant à provoquer la discorde déstabilisent la paix fragile dans notre société, et sont inadmissibles», déclare Alexis II.
Selon plusieurs agences gouvernementales, les remarques du général Makashov pourraient en principe entraîner une action légale, mais son immunité parlementaire le protège de toute poursuite.
La semaine dernière, principalement en raison du soutien de parlementaires communistes, la Douma n’a pu faire passer une résolution réprimandant le général pour ses remarques. Certains commentateurs voient en cette réticence une tendance du parlement dominé par les communistes à s’orienter vers un nationalisme dangereux. L’influence communiste s’est considérablement développée depuis que le président Boris Eltsine, affaibli par de graves problèmes de santé, a abandonné une partie de son pouvoir au profit du nouveau Cabinet, nommé en septembre.
Question particulièrement complexe
Les déclarations du général Makashov et le refus du parti communiste de se distancier de ses remarques ont aussitôt provoqué la vive réaction des médias. Des politiciens libéraux allant même jusqu’à réclamer l’interdiction du parti communiste…
La question des relations avec les juifs et le judaïsme est très complexe pour l’Eglise orthodoxe russe. Même si les responsables de l’Eglise font preuve depuis quelques années d’ouverture et de tolérance à l’égard des religions historiques non-chrétiennes, certains groupes très conservateurs de l’Eglise orthodoxe continuent d’exprimer des vues antisémites.
En 1991, le patriarche Alexis II, qui s’était exprimé devant des rabbins à New York, avait fait face, à son retour en Russie, aux accusations d’un groupe extrémiste de l’Eglise – aujourd’hui dissous – qui lui reprochait de promouvoir une «hérésie judaïque». Des politiciens nationalistes comme le général Makashov se considèrent souvent comme des chrétiens orthodoxes, qui défendent l’Eglise comme symbole de la Russie.
A la différence de certaines Eglises occidentales qui, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, font acte de repentir pour les torts causés aux juifs, l’Eglise orthodoxe russe n’a jamais estimé qu’elle avait eu une responsabilité dans la shoah. En fait de ombreux orthodoxes nationalistes estiment que l’Eglise a été victime de la persécution exercée par les communistes dont un certain nombre étaient d’origine juive. Si la violence contre les juifs a été condamnée par l’Eglise orthodoxe, le judaïsme est encore souvent décrit dans des sermons comme une force anti-chrétienne. (apic/eni/pr)
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