Mgr Alan Basil de Lastic dénonce l’inaction du gouvernement

Inde: Nouvelle attaque contre un couvent de religieuses dans l’Etat d’Haryana

New Delhi, 12 novembre 1998 (APIC) Une trentaine d’hommes ont attaqué le couvent de la congrégation des clarisses franciscaines du village reculé de Jhajjar, dans l’Etat indien de l’Haryana, près de New Delhi, a révélé jeudi à l’APIC Mgr Alan Basil e Lastic. L’archevêque de la capitale indienne dénonce une nouvelle fois l’inaction du gouvernement indien, incapable de mettre un terme à ces agressions ciblées.

La Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CBCI) parle pour sa part de « conspiration insidieuse et criminelle de la haine et de l’intolérance » visant les chrétiens. La CBCI dénonce, dans une circulaire envoyée aux responsables des 137 diocèses indiens, des attaques « appuyées par des groupes politiques au pouvoir avec la complicité de la machine étatique ». Une centaine d’incidents plus ou moins graves ont été enregistrés depuis le début de l’année en Inde.

Cet incident survient après de nombreuses autres attaques contre des couvents chrétiens par des militants fondamentalistes hindous, qui se sont soldées dans certains cas par des viols et des agressions physiques. « Cette fois-ci, les sœurs n’ont pas été blessées physiquement, mais elles sont effrayées », a-t-il déclaré. L’attaque a eu lieu à 55 km au nord de Delhi. Mgr de Lastic, président de la CBCI et chef des 16 millions de catholiques indiens, s’est rendu sur les lieux mercredi, dès qu’il a appris l’attaque.

Depuis deux ans, les religieuses sont actives dans le travail social auprès des pauvres du village, en organisant les femmes des basses castes exploitées par les hautes castes. Les assaillants ont menacé Sœur Daisy et Sœur Litzy, toutes deux âgées d’une trentaine d’années, et les ont enjointes de quitter immédiatement le village, « faute de quoi elles devraient subir les pires conséquences ».

Manque de volonté du gouvernement du BJP de protéger les minorités

Mgr de Lastic considère que cette nouvelle attaque – les sœurs ont été sauvées du pire par l’intervention décidée d’un groupe de femmes du lieu – est un mauvais présage: « Il est inquiétant de voir que les gens ont commencé à attaquer les chrétiens pour n’importe quel prétexte. Cette tendance, qui est nouvelle, a son origine dans le manque de volonté du gouvernement de prendre les mesures appropriées contre les responsables des dernières attaques contre les chrétiens ».

Journée nationale de protestation le 4 décembre prochain

Depuis que le parti de tendance hindouiste Bharatiya Janata Party (BJP) dirige le pays, dès mars dernier, les Etats de l’Ouest et du Nord de l’Inde ont enregistré de nombreuses attaques visant des objectifs chrétiens. Malgré les protestations des chrétiens, la police est souvent restée inactive.

En signe de protestation, 60 écoles et collèges chrétiens ont fermé mercredi leurs portes dans la ville méridionale de Bangalore et plus de 10’000 chrétiens, dont des étudiants, sont descendus dans la rue pour dénoncer les agressions dont sont victimes les chrétiens du Nord de l’Inde. Plusieurs diocèses ont organisé de telles manifestations à travers tout le pays.

Le 4 décembre prochain, déclaré par les 22 millions de chrétiens indiens Journée nationale de protestation, une campagne sera lancée à l’occasion de l’ouverture de la session d’hiver du parlement indien. La campagne est organisée sur une base œcuménique par le Forum Chrétien Uni pour les Droits de l’Homme dans le but de rappeler au gouvernement de « la plus grande démocratie du monde » l’obligation qui est la sienne de « protéger les droits des chrétiens dans une Inde pluraliste et démocratique ».

Grèves, manifestations et brassards noirs

Dans les 137 diocèses indiens, en accord avec les autres Eglises chrétiennes, un jour de jeûne et de prières sera mis sur pied à travers tout le pays, accompagné de la fermeture des quelque 10’000 institutions chrétiennes d’éducation (écoles, collèges) que compte l’Inde. Les chrétiens travaillant dans l’administration sont invités à ne pas se présenter à leur poste « en signe de protestation » et à rejoindre les manifestations des Eglises. Les hôpitaux appartenant à l’Eglise resteront ouverts, mais les employés porteront un brassard noir.

La manifestation œcuménique veut attirer l’attention sur les menaces que font peser sur la minorité chrétienne (2,34 % de la population sur 980 millions d’Indiens, dont 83% d’Hindous) les militants extrémistes hindous qui veulent libérer le pays de « l’influence étrangère ». (apic/akk/be)

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