Un théologien qui a marqué l’évolution religieuse post-conciliaire

Fribourg: Le Père Gutiérrez, docteur honoris causa de l’alma mater friburgensis

Fribourg, 16 novembre 1998 (APIC) L’Université de Fribourg a honoré lundi 16 novembre le prêtre péruvien Gustavo Gutiérrez. Dans le cadre de son traditionnel « Dies academicus » placé sous le thème de l’internationalité, sa Faculté de théologie a décerné le doctorat honoris causa au « père de la théologie de la libération ».

Premier à l’applaudimètre lors de la remise des distinctions académiques, le prêtre péruvien était honoré en compagnie de trois autres lauréats distingués respectivement par la Faculté des lettres, la Faculté des sciences et la Faculté de droit. Il s’agit de l’Argovien Peter Lindegger, spécialiste du Tibet, engagé auprès des réfugiés tibétains en Suisse et co-fondateur de l’Institut et du monastère bouddhiste tibétain de Rikon/Tösstal (ZH); du Fribourgeois Pierre Ecoffey, directeur de l’Etablissement cantonal d’assurances des bâtiments (ECAB), récompensé pour son engagement en faveur de l’environnement et la prévention des dangers naturels, et du professeur danois Ole Lando, président de la Commission européenne du droit européen des contrats.

Parmi les autres prix académiques, le Prix Leuba pour l’œcuménisme a été attribué à l’assistant pastoral Daniel Denis, à Payerne, pour son mémoire de licence intitulé « Vraie et fausse réforme dans l’Eglise d’Yves Congar, O.P. ».

Impulsion décisive au projet conciliaire d’une Eglise des pauvres

Dans sa laudatio, le Père Adrian Holderegger, doyen de la Faculté de théologie, a rappelé que le théologien péruvien a influencé le développement post-conciliaire: « Sa pensée et son action, qui visaient une Eglise des pauvres et une Eglise pauvre, ont marqué l’évolution religieuse de ces trente dernières années… » Gustavo Gutiérrez, estime-t-on à Fribourg, par son engagement sur le terrain et ses recherches théologiques, a donné une impulsion décisive au projet conciliaire d’une Eglise des pauvres, contribuant ainsi à la crédibilité accrue de l’Eglise dans la situation dramatique du continent latino-américain.

Gutiérrez fait partie des théologiens de la libération restés critiques envers eux-mêmes et ouverts au dialogue et qui ont discuté de façon approfondie des objections soulevées par l’enseignement de l’Eglise et les théologies de diverses orientations. Ses études sur l’évêque dominicain Bartolomé de las Casas, défenseur des Indios d’Amérique latine, jouissent d’une grande renommée et rattachent étroitement le nouveau docteur honoris causa à la tradition spirituelle de la Faculté de théologie de Fribourg. Pour le Père Holderegger, distinguer ainsi le théologien de la libération représente également un engagement pour la Faculté fribourgeoise. Noblesse oblige!

Pas de conflit actuellement avec les instances romaines

La mise au cause de l’orientation du théologien péruvien lors de la première Instruction romaine sur la théologie de la libération en 1984 s’est vite avérée « une tempête dans un verre d’eau », affirme-t-on à la Faculté de Fribourg: « Gutiérrez n’a jamais reçu une communication officielle du Vatican dans laquelle ses travaux théologiques ont été critiqués; il n’a jamais non plus été formellement mis en demeure de discuter ses positions avec des représentants du Vatican ». Il est d’ailleurs toujours resté disposé à dialoguer et a lui-même relativisé sa théologie quand il a déclaré en 1985 que l’on ne devrait pas « absolutiser » la théologie de la libération. Notons qu’à l’occasion de son 70e anniversaire, un Symposium de trois jours aura lieu à l’Université de Fribourg en présence du « Padre Gutiérrez » au printemps 1999.

Outre les allocutions du professeur Paul-Henri Steinauer, recteur de l’Université – réélu pour un deuxième mandat, jusqu’en 2003 – les participants ont pu entendre l’intervention du Conseiller fédéral Arnold Koller, qui a plaidé pour que l’Université reste un havre de liberté scientifique, liberté d’apprentissage, d’enseignement et de recherche, qui appartiennent aux droits fondamentaux de l’homme et qui doivent par conséquent apparaître de façon explicite dans la nouvelle Constitution fédérale. L’Université, qui ne doit pas chercher à plaire à tout prix aux puissants de la politique et de l’économie et garder distance et indépendance, ne peut toutefois pas rester enfermée dans sa tour d’ivoire. « Il faut un partenariat entre l’Université, la société, l’économie et l’Etat », a-t-il souligné.

Le recteur avait encore invité le Conseiller d’Etat fribourgeois Augustin Macheret, président de la Conférence universitaire suisse, qui, évoquant la refonte en cours de la législation fédérale sur l’aide aux universités et aux hautes écoles, a brisé une lance en faveur du maintien de la péréquation: « Est-il besoin de souligner que cet élément péréquatif, dont nous bénéficions actuellement dans le système en vigueur, est important pour une Université dont les étudiants (plus de la moitié sont des femmes) proviennent pour plus de 62% d’autres cantons suisses et pour 16% de pays étrangers? »

Notons qu’au cours de l’homélie de la messe du « Dies academicus » qu’il présidait, Mgr Ivo Fürer, évêque de St-Gall, a plaidé pour une certaine diversité de modèles dans une Eglise catholique romaine au centralisme exagéré, marquée depuis le XIIIème siècle par l’unification du droit canon, ce qui n’a pas été sans provoquer parfois des développements problématiques. (apic/be)

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