Un vent de réforme souffle sur la Garde Suisse

Rome: Les 100 jours du nouveau commandant de la Garde Suisse, Pius Segmüller

Berne, 18 novembre 1998 (APIC) 100 jours après son entrée en fonction, le 1er août, le nouveau commandant de la Garde Suisse, Pius Segmüller, a déjà fait souffler un sérieux vent de réforme sur la vénérable institution vaticane. Six mois après la tragédie du 4 mai qui a coûté la vie au commandant Aloys Estermann, à sa femme Gladys et au jeune Cédric Tornay, Pius Segmüller affiche clairement sa volonté d’aller de l’avant.

Le commandant de la Garde Suisse refuse d’emblée de s’exprimer sur les circonstances du drame du 4 mai. « Je ne sais rien. Je n’ai pas de contact avec le juge chargé de l’enquête. En tant que commandant je ne peux nullement l’influencer. Les instances compétentes du Vatican poursuivent leurs investigations qui n’ont pas encore abouti ».

Le drame du mois de mai avait jeté une lumière crue sur un certain nombre de dysfonctionnements au sein de la Garde Suisse. L’esprit de corps réputé légendaire de l’institution a été sérieusement mis à mal. On a alors dénoncé pêle-mêle, méthodes de commandement, conditions de travail, lacune de l’encadrement, vétusté des locaux, fossé entre Romands et Alémaniques.

Pour Pius Segmüller, la première tâche a été de rétablir la confiance à tous les niveaux. Le service est dur. Sans une motivation personnelle sérieuse et sans un soutien efficace, l’engagement au sein de la Garde Suisse n’est pas possible.

Si la mission de la Garde Suisse reste inchangée: garantir la sécurité du pape et assurer une tâche de représentation pour le Vatican, les méthodes doivent changer, a expliqué mercredi à Berne, le nouveau commandant. Réforme de l’organisation et du commandement, réforme de l’instruction et de la formation, amélioration de la communication interne et externe, révision des méthodes de recrutement et des critères d’engagement, sans oublier la rénovation des bâtiments sont autant de chantiers ouverts depuis l’été par Pius Segmüller.

Avec un effectif de 105 hommes à la fin de l’année, et l’éventualité de pouvoir l’augmenter encore en vue du Jubilé de l’an 2000, la Garde peut aujourd’hui assumer sa tâche dans des conditions normales pour les hommes sans devoir exiger d’eux un trop grand nombre d’heures de service. Autre innovation l’engagement dès le printemps prochain d’un officier romand, histoire de ne pas laisser le « röstigraben » se creuser encore davantage. Quant aux cadres intermédiaires, ils devraient voir leur champ de compétences élargies, en particuliers les chef de sections.

« Nous ne sommes pas une armée, mais plutôt un corps de police »

Ancien officier instructeur dans l’armée suisse et dans la police, Pius Segmüller attache une importance toute particulière à la formation. Elle doit être plus professionnelle, notamment dans le domaine de la sécurité. « Nous ne sommes pas une armée, mais plutôt un corps chargé de tâches de police dont l’engagement doit être proportionnel au danger. » Pour ce faire le commandant a dores et déjà pris des contacts tant avec le Département fédéral de la défense de la protection de la population et des sports (DDPS) qu’avec diverses polices cantonales. Verra-t-on bientôt des cadres de la Garde être formés en Suisse? « On peut le souhaiter mais cela doit encore être examiné plus à fond. »

La conduite des hommes est aussi un aspect prioritaire. Jusqu’à présent la Garde Suisse ne possédait pas de règlement de service couvrant l’ensemble des aspects de la vie des soldats. Au printemps prochain chaque garde aura à sa disposition ce texte de référence. Naguère l’avancement au sein de la Garde se faisait essentiellement à l’ancienneté. Aujourd’hui la qualité doit primer. Une évaluation personnelle poussée, suivie d’une formation spécialisée se fera dans chaque cas.

Transparence à l’intérieur et à l’extérieur

Pius Segmüller insiste aussi sur la transparence de la communication tant au plan interne qu’externe. « Chacun doit savoir exactement ce que l’on attend de lui ». L’Office d’information et de recrutement en Suisse, une nouvelle structure dirigée par Max Schaffner, ancien chef du personnel de l’entreprise SIG de Neuhausen (SH), doit permettre d’améliorer à la fois l’image de la Garde et les conditions de recrutement. A l’avenir les candidats s’annonceront à cet office et non plus directement à Rome. Chaque candidature fera l’objet d’un examen attentif avec entretien de motivation. Ce qui ne se faisait pas jusqu’à présent.

Quant aux travaux de rénovation en profondeur de la caserne très vétuste, des études préparatoires sont en cours. Aujourd’hui la situation est correcte, estime le commandant surtout après la rénovation de la bibliothèque et l’aménagement d’un local de rencontre et de détente.

Au Vatican comme ailleurs, l’argent reste le nerf de la guerre. Pour réaliser tous ces projets, on songe à la création d’une Fondation placée sous l’égide de personnalités suisses et dotée d’un capital de 10 millions de francs. Quant au salaire du commandant, le Vatican a accepté d’y mettre une rallonge d’un million de lires par mois (env. 800 francs). La Conférence des évêques suisses y participe également, ce qui fait de Pius Segmüller l’homme le mieux payé du Vatican. (apic/mp)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/rome-les-100-jours-du-nouveau-commandant-de-la-garde-suisse-pius-segmueller/