Lucerne: Rencontre avec Anne-Marie Holenstein, directrice de l’Action de Carême

APIC- Interview

«Partager pour un monde solidaire»

Josef Bossart, agence APIC

Lucerne, 19 novembre 1998 (APIC) Fondée il a plus de 35 ans, l’Action de Carême (AdC) est un poids lourds parmi les œuvres suisses d’entraide. Après plusieurs années de réflexion et de discussions, l’AdC a élaboré de nouvelles lignes directrices intitulées «Partager pour un monde solidaire». Leur élaboration a suscité de longs débats sur la notion de mission aujourd’hui, sur les rapports entre travail de développement et action pastorale. Anne-Marie Holenstein, directrice de l’Action de carême depuis trois ans, répond à l’APIC.

APIC: Si vous deviez choisir aujourd’hui, est-ce vous nommeriez encore votre organisation Action de Carême ?

Anne-Marie Holenstein: Non. Nous constatons que nombre de personnes ne comprennent plus ce nom et ont de la peine à lui donner un sens. Pourtant je ne serais pas prête à en changer du jour au lendemain. Ce nom a une longue histoire et pour toute la génération qui était jeune au moment de la fondation de l’Action de carême dans les années 60, il a de profondes racines. Pour notre campagne durant la période de carême, ce nom est certainement adapté. Mais l’œuvre d’entraide dans son ensemble doit chercher un nouveau nom significatif.

APIC: Est-ce une conséquence de la perte d’influence de l’Eglise si des notions comme le jeûne et l’offrande ne sont plus comprises ?

A.M.H. : La notion d’offrande est effectivement très difficile à comprendre pour les jeunes générations. Celle du jeûne a par contre été revalorisée, également hors des cercles de l’Eglise. Le jeûne durant le carême a acquis une nouvelle valeur dans le cadre de notre campagne.

APIC: L’Action de Carême s’est dotée de nouvelles lignes directrices. Leur élaboration a duré plusieurs années. Pourquoi si longtemps?

A.M.H.: Parce que nous voulions engager un processus participatif général. Le personnel et toutes les instances ont été impliqués et il y a eu plusieurs phases de consultation. Une nouvelle génération doit toujours redéfinir sa propre compréhension dans le cadre d’une organisation. Il fallait aussi établir une charte qui soit compréhensible à l’extérieur. Cela a conduit à des mises au point qui ont parfois été longues à propos des concepts théologiques et de la peur de voir l’Action de Carême perdre de sa substance en s’adaptant au langage d’aujourd’hui.

APIC: Une perte de substance dans quel sens ?

A.M.H: Un des concepts centraux de l’Action de carême est la mission. L’AdC est née dans les années 60, à partir d’une année missionnaire. Une discussion de cette notion nous conduit à préciser ce qui est au coeur de notre action. Que signifie la mission aujourd’hui ? Nos lignes directrices rappellent que nous travaillons dans le cadre de ce devoir de proclamation de l’Evangile. L’AdC se reconnaît dans la formule «la vie en plénitude» et s’oriente sur une vision large de la tâche missionnaire de l’Eglise. Qu’est-ce que cela signifie dans la pratique ? L’AdC s’associe avec les organisation partenaires enracinées localement et avec les Eglises locales, dans le processus multiple de la libération de la personne dans son environnement économique, social, culturel et religieux.

APIC: L’Action de Carême a le courage de formuler clairement une orientation politique en parlant de la lutte contre les «structures qui créent l’injustice»…

A.M:H. Etonnamment, lors des discussions sur les lignes directrices, ce point n’a de loin pas été parmi les plus controversés. Les controverses ont porté plutôt sur le rapport entre le travail de développement et l’action pastorale. Car il y a avait des craintes que l’AdC néglige l’aspect pastoral et ne soit plus qu’une simple organisation de développement. Un point tout à fait central du débat a été bien sûr l’engagement de l’AdC en Suisse même, qui est lié aux intérêts financiers de l’Eglise catholique en Suisse.

APIC: Dans quelle mesure l’AdC doit-elle continuer à contribuer aux tâches de l’Eglise en Suisse ?

A.M.H. : Surtout à quelles tâches ? Nous avons finalement trouvé une formulation qui dit que l’AdC soutient les structures qui oeuvrent pour l’innovation, l’ouverture au sein de notre Eglise et l’épanouissement d’une spiritualité en constante recherche de renouvellement.

APIC: Aujourd’hui les pauvres sont aussi au milieu de nous. N’y a-t-il pas un certain «égoïsme naturel» qui pousserait l’AdC à s’occuper de la solidarité en Suisse ?

A.M.H. : Il y a toujours quelques donateurs qui disent: ’je ne veux pas donner pour le Sud mais pour les pauvres ici en Suisse’. Nous disons clairement: il y a des œuvres avec des missions différentes et Caritas est responsable pour la lutte contre la pauvreté en Suisse. En même temps, nous rendons attentifs au fait que le partage est quelque chose de global et une attitude fondamentale.

APIC: Le message de l’AdC passe surtout par les paroisses. Mais aujourd’hui les églises ont tendance à se vider. Comment réagissez-vous à cela ?

A.M.H. : La collaboration avec les paroisses reste comme auparavant un pilier très important de notre travail. Nous construisons cependant un second pilier en nous adressant directement aux donateurs par courrier. La mise en place de ces contacts directs est importante pour être en lien avec des personnes que nous ne pouvons pas atteindre par les paroisses.

APIC: Comment évoluent les dons à l’AdC ?

A.M.H. : Dans les années 80, sans mesures particulières, les dons augmentaient chaque année. Cette époque est malheureusement révolue. Dans les années 90, la tendance est à la baisse avec pour 1994 des rentrées très basses. En 1985, avec 26 millions de recettes, on a atteint le plus haut point de toute l’histoire de l’AdC. En 1994, ce n’était plus que 22 millions. Depuis nous avons à nouveau un peu augmenté et aujourd’hui nous oscillons entre 23 et 24 millions. Mais les conditions pour atteindre ce résultat sont nettement plus difficiles. Il faut plus d’efforts et plus d’investissements dans le marketing et les relations publiques. (apic/job/mp)

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