Suisse: Jean Claude Huot défend la Consultation œcuménique

« On ne peut pas séparer l’Evangile et les problèmes du monde »

Berne, 22 novembre 1998 (APIC) Jean-Claude Huot, secrétaire de la Commission Justice et Paix des évêques suisses est membre du groupe d’animation de la Consultation oecuménique. Il est à ce titre un des responsables de sa diffusion en Suisse romande. Pour lui la consultation commence vraiment à porter du fruit. Patience et engagement renouvelé sont nécessaire pour atteindre l’objectif fixé.

APIC: 117 réponses à la consultation sont arrivées jusqu’à présent à Berne. C’est peu. Ce nombre est insuffisant pour constituer un échantillonnage représentatif…

Jean-Claude Huot : Oui pour l’instant le nombre de réponses est faible. Mais on constate que la démarche a démarré très fort avec les commandes. Au mois d’octobre et novembre beaucoup de rencontres, de débats de discussions ont lieu autour de la consultation. La vague des réponses ne fait donc que commencer.

Nous ne cherchons pas à avoir un échantillonnage d’une étude sociologique. Mais j’espère que nous aurons plusieurs centaines de réponses pour pouvoir se faire une idée de ce qui se vit et se réfléchit. Le nombre de manifestations démontre qu’il y a vraiment quelque chose qui s’est mis en route. En fait cela dépend beaucoup des dynamiques locales et de sensibilités des personnes.

APIC: Un des problèmes constatés est l’absence de répondant du côté de l’économie…

J.C.H.: Nous, organismes d’Eglises avons encore un pas à faire pour apprendre à mieux connaître les réalités économiques et les problèmes auxquels sont confrontés les responsables d’entreprises. Je remarque qu’il y a tout de même des personnes des milieux économiques qui s’expriment sur la consultation, le président de l’Association suisse des banquiers, le responsable de la Fédération patronale de Suisse romande et divers chefs d’entreprises. Il s’expriment de façon positive ou de manière plus critique. Dans de nombreuses rencontres, des responsables économiques sont invités à participer. Il ne faut pas attendre trop de réponses spontanées, mais aller les chercher. Nous devons susciter le débat.

APIC: Pour le croyant ordinaire, les 30 pages du texte de bases apparaissent trop longues et trop difficiles…

J.C.H.: Plusieurs personnes me l’ont fait remarquer. Quelqu’un me disait encore hier: « nous avons besoin d’une alphabétisation à l’économie dans nos milieux. » C’est peut-être vrai. Il ne suffit pas d’entendre les mots-clés ou les slogans qui circulent dans les médias sans avoir la capacité d’en faire une analyse critique et d’en comprendre les enjeux et la vision de l’homme qui est derrière. On en est en phase d’apprentissage pour affronter cette dimension de la réalité.

APIC: Pourrait-on dire alors que le processus est aussi important que l’objectif final de la publication d’un document ?

C’est ce que nous avons dit dès le départ. Le processus lui-même, la dynamique de débat sont des buts en soi. Beaucoup de gens apprécient que les Eglises osent affronter ces problèmes-là. Cette discussion sort les Eglises d’elles-mêmes. La tendance est souvent de faire de grandes discussion internes aux Eglises. Nous posons de notre côté une problématique qui touche le monde dans lequel nous vivons. C’est une manière de sortir de nos préoccupations « domestiques »

APIC: L’Eglise catholique possède déjà une longue expérience de la réflexion sur les thèmes sociaux. Dans cette démarche œcuménique on semble parfois craindre de la mettre en avant ?

J.C.H.: Effectivement c’est une difficulté du travail œcuménique. Côté catholique nous avons l’enseignement social de l’Eglise issue d’une tradition plus que centenaire. Certains regrettent qu’elle ne soit pas plus présente en tant que telle dans la discussion. Je retiens deux choses: il n’est pas exclu de revenir de manière plus explicite dans une phase ultérieure de la démarche sur nos bagages catholiques et protestants. En outre le plus important est-il de faire référence à telle ou telle encyclique ou d’essayer de mettre en pratique le contenu de ces textes ? L’essentiel est d’être attentif au questions sociales dans la vie quotidienne des paroisses ou des mouvements.

APIC: Pas mal de voix se sont fait entendre pour critiquer parfois durement le texte de base.

J.C.H.: Le document en tant que tel est un outil de travail. C’est une base de discussion destinée à disparaître. L’objectif n’est pas de défendre ce texte. Une approche de la réalité comme celle que nous avons tentée est évidemment partielle. Nous ne pouvons pas dire toute la vérité sur l’ensemble de la problématique. Nous avons essayé de poser quelques questions à partir d’une clé de lecture. Je suis prêt à reconnaître qu’il manque beaucoup de choses par rapport à l’approche des femmes, les étrangers ou autres.

Il y a aussi une critique de type idéologique qui dit les Eglises ne comprennent rien à l’économie et sont arrogantes de vouloir en parler. D’un côté cela me réjouit parce qu’il faut un débat de fond sur ce qu’est la justice sociale dans notre société. Dès lors on ne peut pas être d’accord sur tout et avec tout le monde.

APIC: D’autres affirment Ce n’est pas un problème de société, c’est un problème de foi..

J.C.H.: Comment puis-je séparer ma foi de ma vie sociale ? On ne peut pas séparer l’annonce de l’Evangile et la spiritualité de la confrontation avec les problèmes du monde, avec le fait que des gens meurent de faim ou vivent dans la misère aussi ici en Suisse. Cela doit nous interpeller. C’est dans la relation donc dans la vie que se joue la présence ou l’absence de Jésus-Christ.

APIC: C’est la première fois qu’une telle démarche a lieu sur le plan œcuménique. Est-ce nouvelle étape pour le dialogue œcuménique ?

J.C.H. : Sur un plan œcuménique nous sommes en train de franchir une marche d’escalier. Mais quand on gravit une marche on peut glisser et se casser la figure. J’espère que la Consultation oecuménique sera une occasion d’approfondir la collaboration œcuménique mais les expériences sont très diverses d’une Eglise à l’autre avec des structures de pensée différentes. Les responsables ecclésiaux de part et d’autre n’ont pas encore vraiment appris à accepter ces différences. Il y a heureusement un œcuménisme de terrain qui se poursuit. (apic/mp)

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