Nouveaux éclairages sur la vie de Nicolas et Dorothée

Deux nouvelles publications sont récemment sorties sur Nicolas de Flüe. L’agent pastoral lucernois Stephan Leimgruber, auteur de l’une d’entre elles, en présente les grandes lignes sur kath.ch. Les nouvelles sources permettent un approfondissement de la vie de l’ermite obwaldien et un nouveau regard sur son épouse, Dorothée Wyss.

Le vernissage du livre de Stephan Leimgruber, intitulé Inspirationen eines modernen Ehepaars (Inspirations d’un couple moderne-Lucerne, Rex Verlag 2024), aura lieu le 24 mars 2024 à l’église des Jésuites de Lucerne. L’ouvrage offre notamment un panorama de l’état actuel de la recherche sur Frère Nicolas (1417-1487).

L’autre publication s’intitule Niklaus von Flüe aus 12 ältesten Quellen erschlossen (Nicolas de Flüe, vu des 12 plus anciennes sources révélées). Elle a été rédigée par Othmar Frei, l’ancien préfet de l’église des jésuites de Lucerne, décédé en 2022.

Une image «austère mais puissante»

Othmar Frei a mis à profit ses solides connaissances en exégèse biblique, alliées à l’application et à la précision qui l’ont toujours caractérisé, pour examiner les douze textes sources les plus importants et les plus anciens concernant l’ermite, relève Stephan Leimgruber. La publication sera rendue accessible sous forme numérique à partir du 11 mars 2024. 100 brochures photocopiées sont en outre consultables.

Les sources que l’auteur a analysées datent des 15e et 16e siècles. Elles révèlent «une image austère, mais aussi puissante et séduisante de la personnalité et de la vie» de Nicolas de Flüe. Il s’agit d’une étude historique très bien étayée, assure Stephan Leimgruber.

Nouvel intérêt pour Dorothée Wyss

Inspirationen eines modernen Ehepaars souligne que les études se concentrent de plus en plus sur Dorothée Wyss (1430/32-1489/90), l’épouse de Nicolas. Le pape Jean Paul II l’a qualifiée en 1984 de «sainte femme». Il a commandé des recherches biographiques sur elle par l’intermédiaire de l’archevêque Karl Rauber et de l’aumônier Josef Eberle. Les recherches du théologien saint-gallois Werner T. Huber et, plus récemment, de l’historien zurichois Roland Gröbli (2019), ont permis de mieux saisir la figure de Dorothée sur le plan historique et culturel, sur la base des sources conservées au couvent d’Engelberg (OW). De sorte que sa biographie est aujourd’hui bien connue.

Il s’est notamment avéré que Dorothée Wyss n’avait pas seulement donné son accord explicite au projet d’ermitage au Ranft de son mari, mais qu’elle assumait également la responsabilité de la maison et de la ferme familiales, avec ses fils aînés. Elle jouait également un rôle de garante de la démarche de Nicolas. On connaît le nom de pas moins de 45 visiteurs au Ranft, qui ont probablement été guidés vers Nicolas par elle, par sa famille et par les aumôniers, et qui ont participé à diffuser les opinions de l’ermite, sa théologie, ses visions, sa prière et son mysticisme, en particulier à travers son tableau de méditation.

Nicolas et Dorothée ont vécu et travaillé pendant vingt ans dans la même maison et sont restés en lien pendant vingt autres années, bien qu’ils aient suivi des chemins de vie différents. L’idéal de l’ermite doit être compris à partir de la mystique médiévale de la croix, que Nicolas a reprise et développée de manière spécifique. «Dans ce couple moderne, ils étaient profondément liés l’un à l’autre, mais ne sont pas devenus fusionnels, et ont suivi des voies différentes», explique Stephan Leimgruber. Quatre contributions sur ce thème sont développées par quatre femmes dans le livre de l’agent pastoral.

Une «pédagogie du Ranft»

Le nouveau regard porté sur Dorothée a ainsi apporté de nouvelles connaissances sur Nicolas de Flüe lui-même. L’image de l’ermite classique et solitaire ne lui correspond plus, car malgré sa pratique assidue de méditation solitaire, il entretenait tout de même de nombreux contacts.

La professeure de la Faculté de théologie de Coire Eva-Maria Faber présente une approche sapientielle (relative à la sagesse) de Frère Nicolas, le caractérisant par «sa radicalité et sa gentillesse». Dans le livre, Roland Gröbli cite et commente dix paroles authentiques de Frère Nicolas et de Dorothée. Le théologien lucernois Albert Gasser le décrit comme un saint qui a les pieds sur terre autant qu’un conseiller à l’écoute.

Une «pédagogie du Ranft» vise, selon le théologien allemand Patrick Höring, à rendre les jeunes plus réfléchis, à leur permettre de se trouver eux-mêmes et de déceler leur propre centre de foi dans leur for intérieur. La riche image méditative de Nicolas est mise en avant. La tradition de la rencontre au Ranft de l’association catholique de jeunesse Jungwacht und Blauring (Jubla), autour de Noël, est également thématisée dans l’ouvrage. Elle est présentée comme «un bel élément du travail ecclésial avec les jeunes, notamment de la préparation à la confirmation».

Bouddha et Nicolas

La publication de Stephan Leimgruber aborde en outre le dialogue entre les religions. Le judaïsme, le christianisme et l’islam possèdent en particulier une importante tradition mystique. Roland Gröbli propose des réflexions fondamentales sur le mysticisme de Frère Nicolas dans une perspective interreligieuse. Le fait que l’islam connaisse lui aussi une dimension mystique marquée, notamment à travers le soufisme, permet de relier l’expérience de Nicolas de Flüe à ce courant.

Werner T. Huber fait de son côté dialoguer l’ermite du Ranft et Bouddha, une comparaison qui mène à des réflexions fondamentales sur les pratiques mystiques dans les deux traditions. (cath.ch/kath/sl/rz)

Rédaction

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