Des points de théologie toujours en suspens

Pérou: Le Père Gutierrez à nouveau interpellé par l’archevêque émérite de Callao

Lima, 24 novembre 1998 (APIC) Le théologien péruvien Gustavo Gutierrez, récemment honoré par l’Université de Fribourg, est à nouveau dans le collimateur d’éléments conservateurs de l’Eglise du Pérou. Dans son nouvel ouvrage «Salut, mission, théologie et libération», publié lundi à Lima, Mgr Ricardo Durand Florez, ancien président de la Conférence épiscopale péruvienne, met une nouvelle fois en garde contre certaines thèses du «père de la théologie de la libération».

Mgr Durand Florez, archevêque émérite de Callao âgé aujourd’hui de 81 ans, demande au Père Gutierrez de «corriger les thèmes qui restent en suspens dans sa théologie, spécialement sa doctrine sur le salut et sur la mission de l’Eglise». Le vieil évêque jésuite a déjà écrit deux livres abordant notamment les «déviations marxistes» qu’il a pu trouver dans les ouvrages du théologien de la libération, écrit l’agence de presse catholique ACI-PRENSA à Lima. Mgr Durand a écrit son livre en réaction à des articles élogieux publiés à l’occasion des 25 ans du livre de Gutierrez «Théologie de la libération – Perspectives».

Citant Gutierrez, pour lequel «travailler… transformer ce monde, c’est déjà sauver», Mgr Durand Florez estime que ce point de vue confine au pélagianisme (au IV-Vème siècle, le moine romain d’origine anglaise Pélage a majoré le rôle de la volonté et de la liberté de l’homme, et minimisé celui de la grâce divine; sa doctrine fut condamnée par plusieurs conciles).

Une libération trop humaine…

«Il est inadmissible et erroné d’affirmer que par le conflit de la lutte des classes ou par la révolution culturelle, les être humains ont déjà le salut du Christ», ajoute l’archevêque émérite. Il reproche encore au théologien de renommée internationale de «mélanger le purement humain avec le divin» et de «faire dépendre le divin de l’humain». Et d’affirmer que les positions de Gutierrez «déforment toute la révélation sur le Salut» et qu’en outre l’on ne voit pas chez lui la gratuité du salut ou la libération de la part de Dieu.

A propos de la mission de l’Eglise, Mgr Durand Florez reproche ni plus ni moins à Gustavo Gutierrez de dire «selon le sens du texte et du contexte», que «l’Eglise a comme mission de travailler à la réalisation de l’utopie socialiste», c’est-à-dire qu’il s’agit là d’un travail «purement humain, politique et dont l’histoire de ces dernières années a montré l’échec.» L’archevêque émérite de Callao n’accepte pas non plus que pour Gutierrez, la praxis soit à la première place, la théologie venant après.

Plus de contentieux avec Rome

Si les polémiques à propos de la théologie de la libération semblaient s’être calmées depuis longtemps du côté de Rome, l’intervention de Mgr Durand Florez montre à l’évidence qu’elles sont toujours à l’ordre du jour dans certains milieux ecclésiastiques latino-américains. Pour sa part, lors de son passage à Fribourg pour recevoir le doctorat honoris causa de la Faculté de théologie de l’Université, le Père Gutierrez avait confié à l’APIC qu’il n’avait actuellement aucun contentieux ouvert à Rome avec la Congrégation pour la doctrine de la foi. (apic/aci/be)

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