« Ma conscience est pure »
Zagreb, 2 octobre 1998 (APIC) La béatification par le pape Jean Paul II du cardinal croate Alojzije Stepinac, le 3 octobre, aura lieu jour pour jour 52 ans après sa condamnation à 16 ans de réclusion en 1946, à l’issue d’un procès-spectacle, mis en scène par le régime communiste de Tito. A l’heure où la béatification du chef de l’Eglise croate suscite la controverse à cause de son soutien à la Croatie indépendante des Oustachis, l’agence autrichienne Kathpress a ressorti des archives les déclarations de Mgr Stepinac lors de son procès.
Conscient dès le départ du caractère fabriqué de son procès, l’archevêque de Zagreb choisit de ne pas se défendre. Pendant les débats, la plupart du temps, Mgr Stepinac ne répondit pas aux questions du procureur. Mais à la fin du procès, le 3 octobre, le prélat prononça un discours qui illustre particulièrement bien son attitude pendant et après la guerre. En 1992, 32 ans après sa mort, le parlement croate vota sa pleine réhabilitation. Extraits :
« A toutes les accusations élevées contre moi dans ce tribunal, je réponds : Ma conscience est pure à tous points de vue, même si les personnes présentes trouvent cela risible. Je ne chercherai pas à me justifier moi-même, je ne ferai pas appel non plus contre le jugement. Je suis prêt à souffrir non seulement les moqueries, la haine, l’humiliation, mais aussi à chaque instant la mort, précisément parce que ma conscience est pure. […]
Depuis 17 mois le combat est mené contre moi dans la presse et l’opinion. Depuis 12 mois je subis pratiquement un internement au palais archiépiscopal. […]
Je suis accusé d’avoir « rebaptisé » des orthodoxes. C’est une fausse qualification, car qui a été baptisé un jour ne peut pas être rebaptisé […]
Persona non grata chez les allemands comme chez les Oustachis
Je n’étais pas « persona grata » ni chez les Allemands, ni chez les Oustachis […] Le peuple croate a décidé pour un Etat croate par une décision populaire. J’aurais été un vaurien si je n’avais pas ressenti les pulsations de mon peuple croate qui était esclave dans l’ancienne Yougoslavie. Il n’était pas permis aux Croates d’obtenir un avancement dans l’armée ou d’entrer dans le service diplomatique, sauf s’ils changeaient de foi… Ce fut la vraie raison et l’arrière-fond de mes lettres et de mes prédications.
Tout ce que j’ai dit sur le droit du peuple croate à la liberté et à l’indépendance est en accord avec les principes de base des Alliés définis expressément à Yalta et dans la Charte de l’Atlantique. Si d’après ces décisions, chaque peuple a droit à l’indépendance pourquoi la refuse-t-on au peuple croate ? Le Saint-Siège a constamment souligné que les petits peuples aussi ont droit à la liberté. Un évêque catholique peut-il ne dire aucun mot à ce sujet ? […]
J’ai été attentif à la volonté de mon peuple et je le serai toujours. Vous m’accusez d’être un ennemi du peuple et du gouvernement. Dites-moi s’il vous plaît qui représentait pour moi le pouvoir en 1941. Etait-ce le putschiste Simovic à Belgrade ? (le 25 mars 1941, la Yougoslavie s’était liée à l’axe Berlin-Rome. Deux jours plus tard il y eut un putsch à Belgrade et la Yougoslavie s’en retira. ndlr) Etait-ce le « gouvernement traître » à Londres (le gouvernement royal en exil. ndlr) comme vous le qualifiez ou était-ce le vôtre dans les forêts, ou bien était-ce celui de Zagreb? Pour moi vous représentez le pouvoir depuis le 8 mai 1945. Pouvais-je en même temps vous suivre vous dans les forêts et ici ceux de Zagreb ? » […]
Aucun prêtre, aucun évêque n’est sûr de sa vie
« Le procureur a relevé qu’il n’y a nulle part autant de liberté de conscience que dans cet Etat. Je me permets d’apporter quelque faits qui prouvent le contraire: 260 à 270 prêtres ont été tués par le mouvement de libération populaire … Nos écoles catholiques qui furent construites au prix de tant de sacrifices ont été prises… Notre presse que vous avez ici tellement attaquée n’existe plus… Point plus remarquable encore : aucun prêtre, aucun évêque n’est sûr de sa vie, ni la nuit, ni le jour… Dans les livres scolaires vous affirmez au mépris de toutes les preuves historiques que Jésus n’a jamais vécu. Vous devez le savoir, Jésus est Dieu ! Nous sommes prêts à mourir pour lui ! […]
Le Christ est la première pierre du christianisme. Vous vous engagez pour les orthodoxes. Je vous le demande, comment pouvez vous vous représentez l’orthodoxie sans le Christ?. C’est absurde.
D’après votre vision, le matérialisme représente le seul système économique, mais cela signifie en même temps éliminer Dieu et le christianisme. Au cas il où n’y a rien d’autre que la matière, alors nous vous remercions aussi d’une telle liberté. […]
Finalement je désire encore dire quelques mots sur le parti communiste, mon vrai accusateur. Nous n’avons rien contre le fait que les ouvriers des fabriques aient davantage de droits car cela correspond aux encycliques du pape. Nous n’avons rien à redire à de justes réformes. Mais les adhérents au communisme doivent admettre une chose: S’ils sont libres de prêcher et de propager le communisme, le droit doit aussi nous être reconnu de faire connaître nos positions et de leur donner une réponse. En cas de bonne volonté, on peut parvenir à une compréhension. […]
Pour ce qui concerne ma condamnation, je n’ai pas besoin de grâce, ma conscience est tranquille ». (apic/kap/mp)
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