Inde: Le gouvernement a ouvert une enquête sur le viol de quatre religieuses catholiques
New Delhi, 2 octobre 1998 (APIC) Près de 4000 chrétiens indiens ont manifesté samedi dans les rues de la capitale indienne New Delhi pour réclamer la liberté religieuse et de meilleures conditions sociales. Dans un mémorandum adressé au gouvernement, ils réclament notamment l’accès au travail pour les chrétiens des basses castes exclus des emplois réservés, sous prétexte que leur religion ne connaît pas le système de castes. Ils protestent également contre les violences dont ils sont victimes de la part des fanatiques hindous.
Le gouvernement indien a ouvert une enquête sur le viol de quatre religieuses catholiques le 23 septembre dernier à Bhandaria, dans l’Etat du Madhya Pradesh, a annoncé pour sa part le Ministre de l’Intérieur Lal Krishna Advani. Advani, hindou de tendance radicale, est membre du parti nationaliste Bharatiya Janata (BJP) au pouvoir en Inde. Les agressions qui se multiplient contre les chrétiens indiens sont le fait de fondamentalistes hindous liés au BJP.
Des fanatiques hindous prônent la purification ethnique
Les attaques de couvents, autodafés de bibles, profanations et incendies d’églises, violences physiques contre des prêtres, sont le résultat d’une campagne menée par des mouvements fondamentalistes hindous qui prônent une « purification ethnique » visant les chrétiens. Ces groupes justifient l’utilisation de la violence pour parvenir à leur but.
Le parti nationaliste hindou au pouvoir entretient des rapports troubles avec les organisations extrémistes comme le Vishwa Hindu Parishad (VHP), le Bajrang Dal et le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), qui militent ouvertement pour l’hindouisation complète de l’Inde. Le VHP a tenté de justifier les attaques contre les minorités chrétiennes et musulmanes du pays en affirmant qu’elles sont une présence négative qui opèrent contre les intérêts hindous.
Les fanatiques hindous ont détruit la mosquée historique d’Ayodhya en décembre 1992, provoquant des affrontements sanglants qui ont fait plus de 2’000 morts. Ils ont juré de débarrasser l’Inde de « ceux qui cherchent à faire du prosélytisme parmi les hindous et diffusent des sentiments anti-hindous dans leurs écoles ». Ces jours derniers, le Bajrang Dal a réclamé que les missionnaires chrétiens reçoivent officiellement l’ordre de quitter l’Inde.
Face à ces menaces, les chrétiens se mobilisent et protestent publiquement. La semaine dernière, une délégation catholique formée de Mgr Alan Basil de Lastic, archevêque de New Delhi, Mgr Vincent Michael Concessao, évêque auxiliaire de Delhi, et John Dayal, porte-parole de l’organisation catholique laïque « All India Catholic Union » (AICU), a été reçue par Lal Krishna Advani, lui-même lié aux nationalistes hindous. Sur requête de la délégation catholique, Advani a demandé au leader du VHP de condamner la violence, sans succès.
Les chrétiens, « des forces anti-nationales »
Mais quand le BJP a pris ses distances, critiquant la ligne du mouvement fondamentaliste, le VHP a fait volte-face, condamnant à son tour les violences anti-catholiques. Le VHP considère que les récentes violences contre les missionnaires catholiques sont le résultat de « la rage de la jeunesse nationaliste contre les forces anti-nationales ». Le secrétaire central du VHP, Baikunth Lal Sharma Prem, ex-parlementaire, a déclaré sur un ton de défi que « les actes de violence sont la réponse directe de la religion hindoue à la chrétienté pour les tentatives de conversion opérées par les prêtres chrétiens », rapporte vendredi l’agence de presse vaticane FIDES. « Les chrétiens n’ont aucun droit de rester en Inde », a déclaré pour sa part le leader fondamentaliste Surendra Kumar Jain. Il soutient la destruction des églises de l’ancienne Goa, en affirmant qu’elles ont été construites sur les ruines des temples hindous aux temps de la colonisation portugaise.
Malgré l’agitation anti-chrétienne menée par des groupes fanatisés, le dialogue interreligieux se poursuit sur le terrain entre la communauté chrétienne et les hindous. A l’occasion de la fête hindoue de Diwali et le 129ème anniversaire de la naissance de Gandhi (le 2 octobre 1869), l’AICU a diffusé un communiqué remerciant les millions d’hommes et de femmes de bonne volonté qui ont dénoncé la violence contre les chrétiens.
L’intégrisme hindou renaissant prétend vouloir protéger l’héritage culturel de l’Inde védique. Il voit le christianisme – pourtant présent en Inde depuis les premiers siècles – comme un produit importé de l’Occident qui porte en lui la modernisation de la culture et des mœurs. La culture occidentale met également en péril l’ordre ancien, et pourrait favoriser la libéération des castes les plus basses de la société indienne ou la promotion de la femme, relève FIDES.
« Les chrétiens hors de l’Inde! »
C’est dans ce cadre idéologique anti-occidental qu’est né le mouvement « Les chrétiens hors de l’Inde! », une tendance qui n’est pourtant pas partagée par la grande majorité des hindous. La minorité catholique indienne compte quelque 16 millions de fidèles (1,7% de la population), avec à leur tête un patriarche, 23 archevêques, 126 évêques (parmi eux trois cardinaux), plus de 16’000 prêtres et 73’000 religieuses. Plus des deux tiers du clergé et des religieux proviennent des régions méridionales du Kerala et du Tamil Nadu. Les missionnaires étrangers sont quelque 1’600. Les dispositions législatives « anti-conversion » adoptées ces dernières années par certains Etats sous la pression des nationalistes hindous, ont eu des répercussions négatives sur les activités pastorales et les services sociaux de l’Eglise en Inde. (apic/fides/kna/be)
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