« Les autorités doivent faire leur travail »
Genève, 5 octobre 1998 (APIC) Les requérants d’asile affluent toujours plus nombreux au Centre d’enregistrement de la Praille (CERA) à Genève. Tous n’y sont pas reçus. Faute de places disponibles, le CERA se décharge sur la « Casagora », située juste en face. Depuis lundi matin, les requérants se retrouvent à la rue. Le nombre de personnes concernées est estimé entre 50 et 250. La mort dans l’âme, l’Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile (AGORA) a dû fermer, faute de moyens, son lieu d’accueil. Le cri d’alarme lancé la semaine dernière aux autorités est resté sans réponse.
Lundi matin, la « Casagora », petit local de chantier de l’Agora transformé en lieu d’accueil, est désert: les personnes chargées de conseiller et soutenir les arrivants ne peuvent plus faire face à la pression des requérants qu’ils ne savent plus où diriger. Appuyée par l’Eglise nationale protestante, l’Eglise catholique romaine et l’Eglise catholique chrétienne de Genève, l’AGORA a alerté les autorités concernées, sans succès.
« Nous ne réclamons pas d’argent. Nous demandons aux autorités chargées de cet accueil de faire leur travail. Elles doivent contribuer à la mise en place d’une structure qui gère la question des requérants d’asile. Cela concerne une centaine de personnes lâchées quotidiennement à la rue. Nous avons besoin d’une coordination et nous estimons que ce n’est pas à nous de faire seuls ce travail pour assurer au minimum un logement avec garde de nuit, des repas et un service de santé », précise à l’APIC, Michel Bavarel, président d’Agora.
Les requérants sont accueillis de manière indigne et inhumaine.
L’Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile dénonce avant tout « la manière indigne et inhumaine dont sont accueillis, depuis plus d’un mois, les requérants d’asile arrivant à Genève. Après avoir subi de sérieux traumatismes dans leur pays, ils sont souvent traités à leur arrivée en Suisse sans ménagement par un personnel non formé à l’accueil et trop peu nombreux. Laissés dans l’ignorance de ce qui va leur arriver, certains sont enfermés dans un camp dont ils n’ont le droit de sortir que trois heures par jour; des membres d’une même famille sont séparés sans explications ».
Depuis début septembre, une partie des requérants qui se présentent au Centre d’enregistrement de la Praille (CERA) à Genève n’y sont pas reçus. « Faute de places »: le CERA se décharge sur la « Casagora », mobilhome de l’Agora, garé juste en face. Depuis sa fermeture lundi, les requérants se retrouvent à la rue. Le nombre de personnes concernées est estimé entre 50 et 250. L’autorité fédérale avait tenu, au printemps 1992, à assurer elle-même l’hébergement des requérants, ce qui a entraîné le démantèlement de la structure mise en place par les œuvres d’entraide genevoises.
Faute d’autre possibilité, les « Securitas », en poste à l’entrée du CERA, dirigent les requérants laissés dehors vers le local de l’AGORA. « C’est ainsi que nous avons été amenés, dans l’urgence et parce que personne d’autre ne s’en chargeait, à nous préoccuper du logement et des repas de ceux qui n’ont ni argent ni point de chute à Genève », expliquent les responsables, Jean-Pierre Zurn, aumônier, et Michel Bavarel. Les requérants peuvent manger, à midi et le soir, à l’Accueil de nuit de l’Armée du Salut et certains d’entre eux peuvent y dormir. Les autres sont conduits vers un abri de la protection civile ouvert par la ville depuis le 11 septembre.
Le futur est dans les mains des autorités
Les appels à l’aide aux autorités fédérales et cantonales, lancés par l’Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile, n’ont pas été entendus: les responsables d’Agora ont été contraints de fermer la « Casagora ». « Nous souhaitons pourtant poursuivre notre service aux requérants d’asile, mais le futur dépend des décisions des autorités. Elles parlent depuis plusieurs jours d’ouvrir quelque chose dans le canton de St-Gall. Elles seraient déjà gentilles de répondre à nos lettres; les Eglises de Genève ont aussi écrit directement à Flavio Cotti, conseiller fédéral. Nous leur disons simplement: vous avez voulu assumer cette tâche: assumez la!. Malgré ce que les autorités prétendent faire, nous, nous constatons que les gens sont encore à la rue », conclut amer le président d’Agora. (apic/com/ab)
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