Congo : Message des évêques du Kivu
Goma 7 octobre 1998 (APIC) A qui profite cette guerre ? La question est posée par les évêques du Kivu dans un message daté du 1er octobre et adressé à un peuple congolais qui ne sait plus où il en est et qui croire car « l’horizon de l’entente est bouché ». Mais que faire ? La réponse des évêques adressée aux belligérants aux fidèles et à tout le peuple » tous concernés et impliqués de mauvais et de plein gré « , est celle du Christ à Simon Pierre : » Remets ton épée au fourreau » (Jn 18,11).
Réunis en séance extraordinaire à Goma en raison de la gravité des circonstances les évêques du Kivu ont jugé urgent et obligatoire d’adresser un message pastoral. Les évêques demeurent surpris que le pays » revive une fois de plus la guerre dont les mobiles ne sont pas clairs » : pourquoi cette guerre, à qui profite-t-elle ? que faire pour y mettre fin ?
Une guerre annoncée
Les évêques jettent un regard sur la situation désastreuse du peuple un peuple : infrastructures économiques et sociales démolies, fermes détruites, écoles fermées . » Et pire encore on oppose les ethnies entre elles : on parle de minorités et de majorités. Ces conflits servent de base pour provoquer et organiser la guerre. Depuis la guerre de libération en 1996-97, la paix la sécurité la justice n’ont pas été vécues spécialement dans la province ecclésiastique du Kivu. Il n’est pas surprenant qu’une nouvelle guerre y ait pris naissance à cause du mécontentement du peuple des conflits et de la méfiance réciproque entre des responsables politiques voisins. «
Surtout cette guerre » retarde le processus démocratique qui devrait nous conduire vers un état de droit et mettre fin à l’arbitraire du pouvoir et à un flottement dans l’administration. Il est donc urgent d’asseoir une léégalité mieux fondée et non pas issue d’une guerre de conquête du pouvoir ou d’un coup d’état. «
Le message évoque les tueries les destructions les recrutements forcés de mineurs « Des enfants d’une même famille sont envoyés dans des camps adverses pour se combattre. » La mort n’épargne personne : soldats et civils, adultes et enfants, Congolais et étrangers » qu’on distingue parfois difficilement les uns des autres « , tous sont » victimes de la violence aveugle et systématiquement organisée « . Et » tout effort de dialogue, de tolérance de fraternité est sérieusement compromis. Rien de bon de solide de permanent ne peut alors se mettre sur pied dans la République démocratique du Congé qui risque de devenir bientôt le champ de bataille de plusieurs nations et puissances « .
Le règne de la rumeur
Pour gagner l’adhésion du peuple les belligérants répandent des informations contradictoires constatent les évêques : « Chacun voudrait convaincre le peuple et gagner fallacieusement ou par ruse à sa cause le plus grand ombre d’adhérents possible. Surgissent alors des querelles et des discussions sur la voie des ondes entre les différents antagonistes. La rumeur devenue l’unique source d’information engendre la peur et la méfiance.
Certains n’ont que le désir de gouverner seuls ou avec des partenaires choisis de façon sélective arbitraire et égoïste. Ils n’acceptent pas le partage du pouvoir acquis ou à conquérir. En conséquence les acteurs potentiels de cette guerre sont nombreux. Chacun estime que sa propre cause est la seule défendable et digne d’entraîner l’adhésion du peuple. Les alliances se font et se défont suivant les intérêts du moment.
La paix sans délai et sans condition
Des solutions ? Le plus urgent paraît aux évêques « d’élever fort la voix et d’adresser la parole aux belligérants aux fidèles ainsi qu’à tout le peuple » qui sont » tous concernés et impliqués de mauvais ou de plein gré dans cette situation « , pour demander l’arrêt immédiat de la guerre. Toutes les formes de racisme et d’exclusion qui se manifestent dans cette guerre ajoutent-ils portent atteinte au plan de Dieu aux droits fondamentaux de l’homme et handicapent l’action de l’Eglise catholique.
Dans la dernière partie du message les évêques rappellent l’ordre donné par Jésus-Christ » le vrai libérateur » à Simon Pierre qui avait dégainé son épée et frappé le serviteur du grand-prêtre pour défendre la vie de son Maître : » Remets ton glaive au fourreau » (Jn 18é11) – c’est le titre du message. Un ordre qui « garde toute sa portée pour toutes les personnes et tous les pays engagés dans cette guerre » Les évêques invitent chacun à » prendre son courage à deux mains » pour mettre fin à la violence. » Réagissons ensemble concluent-ils par un effort accru de solidarité pour accomplir le bien. Le Seigneur notre Dieu marche avec tous les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté. Que sa paix règne dans nos cours et chez tous les peuples ! » (apic/cip/mp)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/congo-message-des-eveques-du-kivu/