Cheveux légèrement frisés, barbe discrète, le corps svelte d’un adolescent, un éternel pantalon blanc en lin, chemise indienne assortie, les prunelles ardentes et la démarche décidée: avec son look post-hippie, Eric Guyader n’a pas l’allure d’un missionna

Depuis neuf ans, ce « pèlerin de la Trinité » -son nom monastique- exerce, là où il se trouve ou plutôt là où on l’appelle, un apostolat auprès des déshérités: mendiants, enfants des rues, habitants des favelas, etc. Incardiné dans le diocèse d’Alagoinhas, Eric dispose d’un statut religieux: ermite-pèlerin. Il est directement dépendant de son évêque, Mgr Jaime Mota da Ferias.

Pourquoi le Brésil? « Ce sont les circonstances de la vie. Je voulais aller en Inde. C’est Dieu qui nous guide. L’Eglise du Brésil est une très belle Eglise et c’est un grand plaisir de cheminer avec elle. La réalité ecclésiale y est très perceptible et porteuse. De fait, j’ai toujours été aidé dans mes démarches auprès des pauvres, pour lesquels cette Eglise a vraiment fait l’option préférentielle. On ne m’a jamais laissé seul quand il y avait un coup dur ».

Le double héritage du moine-itinérant

Eric Guyader se considère comme « moine avant tout, dans la tradition du pèlerin russe et de saint Benoît-Joseph Labre, un double héritage fécond. » Saint Benoît, Père des moines d’Occident, écrit pourtant dans sa règle que les gyrovagues (moines allant de monastère en monastère) sont la pire espèce de moines? Cette itinérance mystique n’a-t-elle pas mauvaise presse dans notre vieille Eglise latine ? Eric explique calmement, comme pour se justifier, qu’il revendique à la fois l’héritage des Pères de l’Eglise et la tradition de l’Eglise d’Orient. Avant de préciser que saint Benoît distingue les moines-pèlerins, « hautement considérés », des gyrovagues, moines instables.

Mais comment l’homme pérégrine-il ? « Je ne frappe jamais aux portes des monastères ou des presbytères pour demander l’hospitalité. Je vais au gré des rencontres et des appels des pauvres qui sont autant d’appels de Dieu. Je réponds aussi aux appels des fraternités et autres mouvements de laïcs, ainsi qu’aux appels des évêques car l’Esprit Saint passe aussi à travers ses serviteurs. »

Ce missionnaire d’un nouveau type se dit « chrétien avant tout », à la rencontre des trois confessions. Né et élevé dans la foi catholique, il a pour père spirituel un pasteur protestant et pratique avec assiduité la prière dite « du coeur » ou prière « hésychaste », chère aux orthodoxes. « Le but est de pratiquer l’attention spirituelle afin d’être toujours fixé en Christ. Chacun doit trouver sa petite prière à répéter, si possible avec le nom de Jésus, pour accéder au lieu du coeur évoqué par les Pères de l’Eglise ».

En point de mire: un monastère au Mont Athos

L’œcuménisme, pour lui, est quelque chose de vécu comme chemin de conversion personnelle pour découvrir la foi chez l’autre, selon les paroles de l’apôtre Paul: « Laissez-vous réconcilier en Christ ». « Toutes les Eglises forment le corps du Christ qui, dans sa réalité invisible, ne peut être divisé. Il faut accéder à cette communion en Christ », plaide le pèlerin de la « Trinité ». Eric Guyader pense déjà à sa prochaine étape et confie: « Peut-être un monastère orthodoxe, sans doute au Mont Athos, berceau de l’hésychasme. Mais n’en dites-rien car ce n’est pas encore certain… ». (apic/jcn/ab)

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