Mgr Mullor exige la démission de Mgr Lona Reyes

Mexique: Conflit entre le nonce apostolique et l’évêque de Tehuantepec

Levée de boucliers pour défendre le «Samuel Ruiz d’Oaxaca»

De notre correspondant au Mexique, Tanius Karam

Mexico, 12 octobre 1998 (APIC) Nouvel épreuve de force au Mexique entre un nonce apostolique et un évêque engagé. L’Espagnol Justo Mullor, nonce au Mexique, a demandé à Mgr Arturo Lona Reyes, 73 ans, évêque de Tehuantepec, dans la province d’Oaxaca, dans le sud-est du pays, de signer sa propre démission. L’exigence du nonce a été refusée par l’intéressé, qui jouit d’une vaste estime populaire en raison de son engagement aux côtés des pauvres et des indigènes.

Devant la levée de boucliers – manifestations et veillées de prière entre le 5 et le 7 octobre, ainsi qu’une grève de la faim organisée par les fidèles et prêtres du diocèse le 6 octobre – le nonce s’est vu dans l’obligation de faire marche arrière. Et de tempérer son exigence face à l’opinion publique.

L’organisation d’un synode diocésain – non agréé par le nonce – par celui qui passe pour être le «Samuel Ruiz d’Oaxaca», une autre région pauvre peuplée d’indigènes, semble être à l’origine de ce nouveau conflit. Dans une déclaration faite au journal «La Jornada», Mgr Lona confirme: «Par trois fois le nonce m’a demandé de signer ma démission. J’ai tout simplement refusé».

Pas nouveau

Le prédécesseur de l’actuel nonce, Mgr Girolano Prigione, avait, en 1986 déjà, demandé la démission de Mgr Lona, comme il avait exigé en vain, moins de 10 ans plus tard, le retrait de Mgr Samuel Ruiz, évêque de San Cristobal de las Casas, en raison de son engagement en faveur des pauvres et des «Indios» du Chiapas. Mgr Prigione, proche de l’ex-président Carlos Salinas, aujourd’hui dans le collimateur de la justice de son pays, avait dû, lui aussi, faire marche arrière devant le tollé suscité par cette démarche politique.

Mgr Lona n’entend pas être la «victime expiatoire» en raison des mauvaises relations entre l’Eglise et l’Etat mexicain. Selon lui la démarche du nonce est liée à la volonté de la hiérarchie de l’Eglise catholique soumise aux pressions exercées par le gouvernement.

L’inquiétude d’un sénateur

Interrogé par «La Jornada», le sénateur Sanchez Lopez fait part de son inquiétude: «Il est préoccupant de constater que le gouvernement et l’Eglise en arrivent à se coordonner pour faire pression et, dans le cas présent, retirer du service pastoral un évêque qui a consacré sa vie entière aux pauvres d’Oaxaca». Pour le sénateur, cette attitude n’aidera en rien à améliorer la situation des «Indios» de la province. «La démarche de Mullor fait partie intégrante d’un accord qui le lie avec l’Etat fédéral pour freiner la résurgence des mouvements indigénistes». Il est clair qu’il convient de lier ces faits avec ce qui se passe au Chiapas, a-t-il souligné

Face aux nombreuses réactions dans le pays, Mgr Mullor a admis avoir discuté avec Mgr Lona. Dans une déclaration faite le 10 octobre à Mexico, le nonce n’a pourtant pas vraiment démenti, se contentant d’affirmer qu’aucune demande «formelle» de démission n’avait été adressée à l’intéressé.

Une affirmation que ne prennent guère au sérieux les organisations catholiques non gouvernementales et des groupes de fidèles du diocèse, qui continuent de manifester leur soutien au prélat visé par la hiérarchie. Pour Marisa Lopez, secrétaire du Centre des Droits de l’homme «Fray Francisco de Vittoria», l’attitude de Justo Mullo est tout à fait explicable: «Il s’est allié avec les secteurs les plus durs de l’Etat».

Victime lui aussi d’un attentat

A l’instar de Mgr Ruiz, victime d’un attentat il y a une vingtaine de mois, Mgr Lona a été la cible de tueurs le 29 juillet 1995. La camionnette qu’il conduisait avait été criblée de balles. Comme l’évêque de San Cristobal de las Casas, il n’avait pas été blessé. Mgr Lona a été ordonné prêtre en 1952, et consacré évêque 19 ans plus tard, en 1971. Mgr Lona a fait de la lutte contre l’injustice, la pauvreté et le l’important trafique de drogue dans cette région une de ses priorités pastorales. Son diocèse passe pour détenir le taux le plus élevé de violations des droits de l’homme au Mexique. (apic/tak/pr)

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