Jean Paul II fête ses 20 ans de pontificat

APIC Dossier

La longue marche d’un pape venu de l’Est

Pierre Rottet, Agence APIC

Fribourg/Rome, 13 octobre 1998 (APIC) Le 22 octobre 1978, soit 6 jours après avoir été élu par ses pairs (109 cardinaux électeurs au second jour du Conclave, le 16 octobre), Jean Paul II était intronisé à Rome. Il devenait ainsi le premier pape polonais et, surtout, le premier pape non Italien depuis Adrien VI (1522-1523). 20 ans de pontificat seront ainsi accomplis jeudi 22 octobre. Tout un pan de l’histoire de l’Eglise universelle, en route vers le troisième millénaire. Ce cap de l’an 2000, le pape entend bien le franchir au gouvernail de la barque de Pierre. Notre dossier.

Le 263e successeur de saint Pierre rejoint ainsi les 12 papes à avoir régné plus de 20 ans, de saint Pierre, en personne, en passant par saint Léon Ier, le Grand (29.IX.440 – 10.XI.461), Pie IX (21.VI.1846 – 7.II.1878), ou encore Léon XIII (3.III.1878 – 20.VII.1903). Diminué à la suite de l’attentat du 13 mai 1981, Jean Paul II est encore affaibli par les 5 interventions chirurgicales opérées depuis sur sa personne, mais aussi et surtout le «syndrome de nature extra-pyramidal» – selon le terme du Vatican, qui peut certes signifier la maladie de Parkinson, mais aussi d’autres maladies neuronales -. Le pape n’en continue pas moins d’exercer le rôle qui est le sien, à la tête de l’Eglise catholique universelle. Cela alors même que des voix, inquiètes de sa santé, se font entendre ici ou là pour demander sa démission, peu probable estiment les observateurs. Dans l’histoire de la papauté, un seul pape a démissionné: Célestin V, sur le trône de Pierre du 29 août au 13 décembre 1294.

«Jean Paul II a fait beaucoup de choses. Son rôle dans l’histoire dépasse largement les frontières de l’Eglise. Mais il arrive qu’à un moment, face à la vie qui avance et donc à la mort qui approche, on réagit davantage par la peur dans l’exercice de son mandat. Il s’agit là d’un réflexe naturel dû à l’âge ou à la maladie», relève le Père Hubert Niclasse, prieur provincial des dominicains de Suisse.

Multiples facettes

L’»athlète de Dieu», comme d’aucuns aimaient à le qualifier au début de son pontificat passe aujourd’hui davantage pour un «serviteur souffrant». C’est aussi peut-être comme cela que les jeunes l’ont perçu lors des Journées mondiales de la Jeunesse à Paris, en juillet 1997. Comme un témoin. Sans doute ont-ils décelé là une attachante sincérité dans le discours de l’homme vieillissant et fatigué. Même si nombre de jeunes ont davantage applaudi le chanteur que la musique, pour reprendre une image souvent décrite.

Auteur d’une nouvelle biographie de Jean Paul II, Mieczyslaw Malinski, prêtre et écrivain polonais témoigne: «Je le connais depuis 1940. Karol était dans sa jeunesse quelqu’un d’une endurance incroyable. En sport, et notamment en natation, il était le plus fort de tous. Lorsque je le rencontre, je suis frappé. Il était le plus fort et il marche maintenant comme un enfant. Mais lorsqu’il prend place et que nous parlons ensemble, il est cependant toujours le même: Intelligent avec des idées larges, des formulations précises. Il n’est pas simple de montrer sa propre faiblesse. Cela aussi est un don. Je n’avais pas soupçonné qu’il le possédait aussi. Il n’a pas honte de sa faiblesse. Je lui ai dit un jour: «souris donc un peu lorsque les gens te photographient. Ne montre pas que tu souffres». Il m’a répondu : «Dois-je mentir?» Dans sa souffrance aussi, il reste authentique. Les gens le sentent et lui manifestent leur sympathie».

La personnalité de Jean Paul II ne laisse pas indifférent. Homme aux multiples facettes, il est marqué par sa «polonitude», produit de cette catholicité polonaise profondément croyante et militante. Il est profondément «homme de son siècle», dans sa confrontation avec les idéologies nazie et communiste, comme avec la pensée néo-libérale, oublieuses du sens de l’homme.

Deux tendances pastorales…

Deux tendances pastorales se chevauchent chez Jean Paul II, déjà perceptibles dans ses orientations d’archevêque de Cracovie: progressiste à mains égards et conservateur tout autant. Progressiste en matière sociale, il veut que sa pastorale, efficace en Pologne, soit étendue au monde entier. Conservateur dans le domaine de la morale individuelle, il est partisan d’un christianisme populaire sentimental propre à l’âme slave.

Mais sa vision de l’Eglise ne sera pas toujours partagée par les théologiens. Ses distances avec la théologie de la libération, qu’il soupçonne de développer une vision influencée par le marxisme, lui seront constamment reprochés. Comme lui est reproché le renforcement de la sphère d’influence de l’Opus Dei sous son pontificat. La nomination d’évêques conservateurs pour succéder à des prélats progressistes, le renforcement du centralisme romain s’accordent mal avec les aspirations d’une bonne partie du peuple catholique, qui espère plus d’ouverture de Rome.

Tourné vers le dialogue interreligieux

L’image de Jean Paul II qui rencontre à Assise, en 1986, les principaux leaders spirituels des grandes religions et des confessions chrétiennes situe mieux que de longs discours la volonté du pape de favoriser le dialogue entre croyants. Le Rassemblement d’Assise a sans doute encouragé les Eglises locales à s’engager davantage dans une démarche interreligieuse qui, jusque là, était surtout menée par le Saint-Siège. Pour Mgr Marcello Zago, secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, Assise a rendu visible l’esprit du dialogue dans la mission affirmé par Vatican II. Ses 20 ans de pontificat sont d’ailleurs marqués par des gestes spectaculaires envers les autres traditions croyantes, le judaïsme surtout, mais aussi le bouddhisme, l’islam et les autres confessions chrétiennes. Son souci du dialogue œcuménique le conduira le 30 novembre 1979 à rencontrer le patriarche œcuménique Dimitrios Ier, à Constantinople, puis à Cantorbéry, le 29 mai 1982, l’archevêque primat de la Communion anglicane, Robert Runcie. Le 11 décembre 1983 à Rome, il sera le premier pape à prêcher dans un temple protestant dans le cadre d’une rencontre oecuménique avec la communauté évangélique luthérienne de Rome.

Le rapprochement avec le judaïsme, constamment prôné par Jean Paul II, a pris une dimension nouvelle le 13 avril 1986, lorsqu’iI est allé prier dans la grande synagogue de Rome, avec le grand rabbin de Rome, Elio Toaff. Selon Tullia Zevi, ancienne présidente de l’Union des communautés israélites d’Italie, aucun pape n’a condamné autant l’antisémitisme. Le retentissement du geste de Jean Paul II fut planétaire. Sa volonté d’ouverture est encore marquée par sa visite au Conseil œcuménique des Eglise, à Genève, le 12 juin 1984.

Deux ombres, et de taille, dans sa quête de dialogue œcuménique: le frein, mis avec les anglicans, après l’accession des femmes anglicanes à la prêtrise, et surtout, le gel dans les relations avec Moscou. En témoigne les rendez-vous manqués avec le patriarche orthodoxe Alexis II. Les rencontres pourtant annoncées entre ce dernier et le pape se sont soldées par autant d’annulations. La question «uniate» – les Eglises catholiques de rite oriental unies à Rome – divisant toujours autant catholiques et orthodoxes.

Avec et pour la jeunesse

La mission, la défense de la famille et le droit à la vie ont souvent été au centre des préoccupations du pape, comme la jeunesse d’ailleurs. Jean Paul II est en effet l’initiateur des Journées Mondiales de la Jeunesse. Des rassemblements qui attirent une foule de jeunes tous les deux ans, dans une grande ville d’un des cinq continents. Les JMJ de Paris, dernières en date avant celles de Rome, en l’an 2000, ont attiré plus d’un million de garçons et de filles venus du monde entier.

L’engagement du pape en faveur du désarmement, sa condamnation de la guerre du Golfe, mais aussi de l’embargo économique exercé contre l’Irak et Cuba, sa préoccupation pour les plus pauvres et pour le problème de la dette du tiers monde sont autant d’éléments généralement salués. Moins comprise, en revanche, a été la nomination d’un nonce apostolique en Haïti, alors que la communauté internationale se refusait à reconnaître le régime militaire. L’acte du Saint-Siège est ainsi passée dans l’opinion comme un soutien aux militaires haïtiens responsables du putsch contre le président Aristide. Moins comprise aussi le déplacement d’Evreux de Mgr Gaillot. Sans parler de l’affaire Haas, plus proche de nous.

115 pays en 84 voyages

Jean Paul II le pèlerin, c’est aussi 134 voyages à l’intérieur de l’Italie, mais surtout 84 à l’étranger, pour 115 pays visités sur les cinq continents. Si les visites pastorales du pape à l’étranger ne passent généralement pas inaperçues, quelques unes ont pesé dans l’histoire, comme sa visite en Pologne, son pays d’origine, du 2 au 10 juin 1979, où encore celle effectuée à Cuba, en début de cette année. Son séjour au Chili du dictateur Pinochet, du 1er au 6 avril 1987, restera par contre le plus contesté, à une époque où la plupart des pays européens et sud-américains avaient politiquement isolé le Chili. La même impression s’est dégagée en Argentine (1982), alors qu’il avait rencontré le général Galtieri à la Casa Rosada, au grand dam des Grands-Mères de la Place de Mai.

Jean Paul II a visité 31 pays en Europe, 39 en Afrique, 2 en Amérique du Nord, 24 en Amérique du Centrale et du Sud, 19 en Asie. La Pologne et la France, en comptant l’île de la Réunion, sont les deux seuls pays à avoir été visités à 7 reprises. Les Etats-Unis l’ont été 6 fois contre 2 pour la Suisse, le 15 juin 1982 et du 12 au 17 juin 1984. Evoquée à plusieurs reprises, une visite pastorale en Russie n’est sans doute pas pour demain. Jean Paul II devra en outre avoir davantage que de la patience avant de pouvoir fouler le sol chinois.

On estime à près de 1,1 million le nombre de km parcourus durant ses voyages: 27 fois la circonférence de la terre ou 2,7 fois la distance entre la terre et la lune. En 20 ans, Jean Paul II a passé un peu plus de 501 jours hors d’Italie, prononçant près de 2’200 discours officiels.

Jean Paul II, c’est encore la publication de 13 encycliques, y compris la dernière, «Fides et ratio» (»Foi et raison»), dont «Redemptor hominis», la première, publiée en 1979 sur la mission de l’Eglise et le destin de l’homme; «Sollicitudo rei socialis» (1988), «Centesimus annus» (1991), et «Laborem Exercens» sur le développement des peuples, le travail de l’homme et les questions sociales, «Veritatis Splendor», sur quelques questions fondamentales de l’enseignement moral de l’Eglise, «Ut unum sint», sur l’engagement œcuménique et le magistère de Pierre. C’est encore la publication d’une dizaine d’exhortations apostoliques post-synodales, d’autant de Constitutions apostoliques, de 37 Lettres apostoliques et de 19 «Motu proprio». C’est encore la promulgation du nouveau Catéchisme. Enfin, Jean Paul II a présidé 12 Synodes d’évêques, 5 ordinaires, 1 extraordinaire et 6 spéciaux.

En quelques chiffres

Durant son pontificat, des relations diplomatiques avec 64 pays ont été établies pour la première fois – dont Israël – avec des échanges de nonces et d’ambassadeurs. Des relations diplomatiques, suspendues pour différentes raisons, ont été rétablies dans six pays durant la même période. Selon des sources vaticanes, en 20 ans de pontificat, Jean Paul II a eu des entretiens avec 550 chefs d’Etats au Vatican et dans leur pays et 36 d’entre eux se sont rendus en visite d’Etat au Vatican.

Chiffres encore: En 20 ans, le pape a procédé à 805 béatifications et à 280 canonisations, dont les deux dernières, Mgr Stepinac et Edith Stein, passablement controversées. A titre de comparaison, l’ensemble des papes durant ce siècle a procédé à 123 béatifications et canonisations confondues.

Jean Paul II a en outre convoqué 7 Consistoires durant lesquels il a créé 159 cardinaux. Actuellement, le collège des cardinaux compte 157 membres, desquels 128 ont été créés par Jean Paul II. En 20 ans de pontificat, le pape a nommé plus de 2’500 évêques, sur les quelque 4’500 dans le monde. (apic/pr)

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