Le Vatican va préciser sa position à l’égard de la doctrine de Luther
Rome/Genève, 21 octobre 1998 (APIC) Dans le but de surmonter les divergences subsistant entre catholiques et luthériens à propos de la «doctrine de la justification», le cardinal Joseph Ratzinger a rappelé que le Vatican examine la possibilité d’adopter une ’Déclaration complémentaire». Le président de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi en a fait l’annonce lors d’une discussion œcuménique lundi soir à l’invitation de la communauté évangélique-luthérienne de Rome.
Le cardinal Ratzinger a déclaré à cette occasion que l’Eglise catholique ne dit plus que la condamnation de cette partie de la doctrine de Luther est maintenue. Mais, a-t-il précisé, on ne peut par contre pas encore dire que cette condamnation était sans objet. Il s’est dit toutefois «confiant» que l’on parviendra à une signature de la «Déclaration commune» entre catholiques et luthériens sur la doctrine de la justification.
Lenteur du dialogue œcuménique
Relevant qu’il y avait encore beaucoup de choses à éclaircir à ce sujet, le cardinal Ratzinger a quand même précisé que cela ne signifie pas que l’Eglise catholique remette en question le consensus fondamental qui a été trouvé dans la déclaration commune publiée en juin dernier. Evoquant l’incompréhension de nombreux laïcs pour la lenteur du dialogue œcuménique, il a souligné que la patience est une «vertu œcuménique fondamentale» qui ne doit pourtant pas se transformer en «somnolence».
En effet, nombreux étaient ceux qui s’attendaient à ce que le Vatican et la Fédération luthérienne mondiale (FLM) signent cette année encore la fameuse «Déclaration commune sur la justification», à laquelle les deux côtés travaillaient depuis de nombreuses années. La doctrine de la justification a été l’un des facteurs essentiels de conflit entre Martin Luther et la papauté au temps de la Réforme. Ces divergences avaient entraîné des condamnations doctrinales réciproques. Un accord sur la justification signifierait un progrès œcuménique important.
L’un des paragraphes de la «Déclaration commune» – qui a été préparée par un groupe de travail mixte catholique-luthérien – souligne que ces condamnations ne concernent plus les doctrines luthériennes et catholiques sur la justification telles qu’elles sont présentées dans la Déclaration. La Déclaration exprime aussi un «consensus sur des vérités fondamentales de la doctrine de la justification». En juin de cette année, le Conseil de la FLM – son instance dirigeante – a approuvé la Déclaration commune et annoncé que les condamnations doctrinales prononcées dans les écrits confessionnels luthériens en ce qui concerne la justification ne s’appliquent pas à l’enseignement de l’Eglise catholique tel qu’il est présenté dans cette déclaration.
Toutefois, la réponse officielle du Vatican, publiée une semaine plus tard, avait engendré une certaine confusion et une certaine stupééfaction dans certains milieux luthériens. Dans sa réponse à la Déclaration commune, l’Eglise catholique a constaté qu’il existe «un consensus sur des vérités fondamentales de la doctrine de la justification». Mais elle a dressé une liste d’»éclaircissements» qui jettent, selon de nombreux observateurs, un doute sur la question de savoir si le Vatican est vraiment prêt à lever les condamnations doctrinales concernant les enseignements luthériens et si la FLM avait l’autorité de s’exprimer sur les questions doctrinales au nom de ses Eglises membres.
Cette «note», qui constitue la réponse catholique officielle au texte de la Déclaration commune, a été élaborée en commun accord par la Congrégation pour la doctrine de la foi, dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger, et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, présidé par le cardinal Edward I. Cassidy.
Dans une lettre rendue publique en septembre, adressée au pasteur Ishmael Noko, secrétaire général de la FLM, le cardinal Cassid explique qu’il entend clarifier les interprétations incorrectes de la réponse catholique officielle à la «Déclaration commune». Il annonce que l’Eglise catholique romaine est prête à signer «sans retard et dans sa totalité» la Déclaration.
Les «éclaircissements» indiquent les points qui exigent un dialogue plus poussé, mais ne sont pas destinés à «revenir de quelque façon que ce soit sur le consentement expressément établi sur des vérités fondamentales de la doctrine de la justification». Par ailleurs, le cardinal Cassidy a regretté que les remarques du Vatican sur l’autorité de la FLM aient «engendré certaines difficultés pour un nombre de commentateurs luthériens». Toutefois, la lettre ne clarifie pas complètement la question des condamnations prononcées au Concile de Trente.
Le dialogue n’est pas du tout rompu
Lors d’une conférence de presse le 15 octobre à Rome, le cardinal Ratzinger, répondant à une question au sujet de la Déclaration, a répondu: «Pour dissiper les malentendus, nous sommes en train de considérer une hypothèse, qui doit être naturellement approfondie: à l’acte de signature commune catholique-luthérienne de la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, on pourrait ajouter une ’Déclaration complémentaire» qui permettrait de surmonter les incertitudes surgies après juin.
Le cardinal Ratzinger a laissé transparaître l’espoir que l’idée de la «Déclaration complémentaire» dissipera les nuages soulevés par la «note» et ouvrira ainsi la voie à la signature commune de la «Déclaration commune» catholique-luthérienne. Une réunion du Comité exécutif de la FLM, en novembre, devrait examiner la voie à suivre, annonce pour sa part l’agence de presse œcuménique ENI à Genève. (apic/cic/eni/be)
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