Inde: Nouvelle agression contre un couvent catholique, insécurité croissante
New Delhi, 21 octobre 1998 (APIC) Le sentiment d’insécurité dans la minorité chrétienne d’Inde s’est accru à la suite de la nouvelle agression perpétrée contre un couvent catholique de l’Etat septentrional du Pendjab. Des inconnus ont pénétré dans l’église du couvent de St-François à Kartarpur, où ils ont volé la sono et brisé le tabernacle, annonce mercredi la police indienne. La police privilégie pour l’instant l’hypothèse d’un crime de droit commun, et non pas celle d’une attaque de fanatiques hindous visant la présence chrétienne en Inde et l’engagement social de l’Eglise.
Le 4 octobre dernier, plus de 10’000 catholiques portant des badges noirs, avec à leur tête sept évêques – dont le président de la Conférence des évêques indiens Alan Basil de Lastic – et des centaines de prêtres et de religieuses, étaient descendus dans les rues de New Delhi. Les manifestants réclamaient l’égalité des droits, notamment l’accès au travail pour les chrétiens de basses castes exclus des emplois réservés et protestaient contre les « atrocités commises contre les chrétiens ».
Fin septembre, dans pas moins de cinq attaques, des églises ont été prises pour cibles. Le 23 septembre, quatre religieuses du village de Navapura étaient violées devant leur couvent par un gang d’une quinzaine de personnes, dans la région de Jhabua, dans l’Etat du Madhya Pradesh. Le lendemain, à Baghpat, dans l’Uttar Pradesh, un couvent de clarisses était à son tour attaqué et pillé. Le surlendemain, près du sanctuaire marial de Bandel, au Bengale Occidental, un autre couvent était cambriolé et une servante violée pendant que les sœurs étaient à la messe.
Une vingtaine de prêtres et religieuses assassinés depuis 1978
D’autres incidents visant des édifices chrétiens montrent que toutes ces attaques ne sont pas uniquement le fait de criminels de droit commun. Depuis 1978 en Inde, 19 prêtres et religieuses ont été tués, 15 d’entre eux dans les années 90. La plupart du temps, les meurtriers ont visé des religieux engagés dans des actions sociales en faveur des plus défavorisés, membres des basses castes ou de tribus. Jusqu’à récemment, la hiérarchie n’avait jamais admis publiquement que l’Eglise était attaquée en tant que telle.
Après la vague d’attentats de la fin septembre, l’Eglise indienne a finalement déclaré publiquement que « les chrétiens en Inde, pour la première fois depuis l’indépendance en 1947, commencent à se sentir menacés ».
Un mémorandum de l’Eglise indienne adressé fin septembre au Ministre fédéral de l’Intérieur Lal Krishna Advani soulignait le sentiment « d’insécurité » qui se fait jour parmi les chrétiens indiens. Ils sont la cible des fondamentalistes hindous liés au parti nationaliste au pouvoir BJP qui veulent débarrasser l’Inde des chrétiens, surtout des « missionnaires » engagés auprès des plus pauvres. Les chrétiens, aux yeux de ces ultranationalistes hindous – qui restent toutefois minoritaires dans le pays -, représentent des « forces antinationales » qui tentent de convertir les hindous et de détruire l’héritage national indien. Même Mère Teresa de Calcutta, révérée par une immense majorité d’Indiens, était dénoncée par les ultranationalistes hindous comme « un loup déguisé en agneau ». Ils avaient demandé en vain au gouvernement de lui retirer le « Bharat Ratna », la prestigieuse décoration qui lui avait été remise pour son engagement envers les pauvres.
Défense des intérêts des castes supérieures
Pour l’évêque auxiliaire de Delhi Vincent Michael Concessao, membre de la Commission Justice, Paix et Développement de la Conférence épiscopale indienne, il faut rechercher l’antagonisme des fondamentalistes hindous contre la minorité chrétienne – en tout 22 millions de fidèles sur près d’un milliard d’Indiens! – « dans leur engagement pour l’égalité et la justice ». « Ils dérangent les intérêts des puissants », estime-t-il.
En effet, le noyau dur des fondamentalistes hindous se recrute souvent dans les castes supérieures qui se défendent contre le « déracinement des traditions ancestrales », en fait contre la remise en question de l’exploitation des basses castes par une minorité qui se considère « de droit divin », spécialement dans le nord de l’Inde. (apic/akk/be)
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